Nu comme Jésus Rencontre avec Erri De Luca

Libération.fr

Le frère jumeau est mort enfant, il y a cinquante ans : «Il était gaucher, moi non. En mémoire de lui, j’ai voulu apprendre à me servir aussi de ma main gauche. Sur mon cahier, j’écris une page avec la mienne et une autre avec la sienne. A table, je change les couverts de place. Ainsi nos mains restent jumelles.» Presque chaque page est illuminée de réminiscences dont on devine qu’elles sont celles, privées, de l’écrivain. Elles arrêtent la lecture, comme le souffle coupé ou l’émotion arrêtent l’action et la pensée. Pierres précieuses serties dans le récit, elles ne troublent en rien le déroulement de l’histoire. La Nature exposée est une histoire en effet, entendue de voix amies un soir d’été, dans une ferme de montagne, en Italie du Nord. Une histoire, avec sa trame, ses péripéties, sa fin inattendue, et ses personnages qui n’ont pas de nom : le curé, la femme, le forgeron, le rabbin, les pêcheurs, l’ouvrier algérien, le boulanger… 

Erri De Luca ne déjeune pas. Inutile de réserver une table. Il est en pull gris. Son visage est émacié, ses mains noueuses, son regard d’une infinie douceur. A 66 ans, il a le physique sec et musclé de l’alpiniste. Il parle bien le français - «après mes années militantes à Lotta Continua, je suis allé travailler chez Fiat, puis j’ai cassé des dalles au marteau-piqueur, à Milan, et enfin j’ai émigré en France, où j’ai été maçon» - mais se réjouit de pouvoir s’exprimer en italien, sa «seconde langue», après le napolitain. Il ne souhaite pas revenir sur l’affaire qui récemment a focalisé l’attention sur lui. On l’a accusé, participant au mouvement No TAV contre la ligne à grande vitesse Lyon-Turin, d’incitation à la violence. «J’ai été acquitté, il n’y a pas même eu appel. C’est fini. J’avais besoin que tout cela soit derrière moi, pour revenir à l’écriture.» Retour en force : la Nature exposée est un «récit théologique» d’une grande beauté, irradié par une sorte de pietas et de tendresse envers les petites gens, les ouvriers, les (...) Lire la suite sur Liberation.fr

En revenant, en écrivant
«Dessine-moi une meuf à poil»
Les visites médicales d’Eduardo Berti
Rendez-vous
Guillaume Musso de retour à Paris

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages