Novavax en France: pourquoi les sceptiques des vaccins ARN pourraient être convaincus

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Issu d'une technologie plus "conventionnelle", le vaccin affiche d'excellents résultats... comme ses concurrents déjà sur le marché.

CORONAVIRUS - “Le meilleur vaccin contre le Covid-19”, s’enthousiasmait dès août dernier le journal The Atlantic à propos de NVX-CoV2373. Le nouveau traitement préventif contre le coronavirus développé par la société américaine Novavax vient d’être validé pour le marché français par la Haute autorité de santé (HAS), et il est précédé par un enthousiasme certain.

Comparé à ses concurrents Pfizer et Moderna, le nouveau venu, qui lui aussi requiert une double injection (sans compter d’éventuels boosters), n’a pas à rougir. Un essai de phase 3 mené sur plus de 25.000 personnes aux États-Unis et au Mexique en 2021 donne une efficacité globale de 93% face au coronavirus, un résultat comparable avec le vaccin Comirnaty (Pfizer-Biontech).

Mais l’année passée a suffisamment familiarisé la planète avec les différences entre les variants pour que ce chiffre ne soit pas, à lui seul, rassurant. Les variants échappent plus ou moins aux vaccins, or l’étude ne détaille pas ses résultats. Pour Delta et Omicron, il faut s’en remettre à une autre étude, de phase 2 celle-là, donc sur un nombre plus réduit de patients.

Les personnes testées ont cette fois reçu un booster, une troisième dose, lors d’un essai randomisé. Là aussi, les résultats sont très bons, avec un taux d’anticorps équivalent aux vaccins déjà sur le marché, tant pour Delta que pour Omicron. Mais ces chiffres rassurants ne sont pas à eux seuls ce qui crée l’enthousiasme chez certains non-vaccinés.

Une technique éprouvée

NVX-CoV2373 n’est pas un vaccin ARN, et c’est là ce qui le rend populaire, pour de bonnes et de moins bonnes raisons. Novavax a en effet développé un vaccin dit ”à sous-unité protéique” : concrètement, cela signifie que l’on injecte dans le corps humain des protéines S, ces éléments qui se trouvent à la surface du coronavirus et qui permettent de l’identifier.

Notre système immunitaire les reconnaît alors, et développe les anticorps nécessaires pour les cibler et les détruire efficacement. Il s’agit là d’une technique éprouvée, utilisée largement dans le monde depuis les années 80, pour des vaccins protégeant contre l’hépatite B, ou encore la méningite à méningocoque.

C’est bien là ce qui rassure certains inquiets de la vaccination, rebutés par la “nouveauté” des vaccins ARN, bien que ceux-ci utilisent une technologie connue depuis les années 70 et perfectionnée dans les années 2000. Les vaccins à protéines sous-unitaires utilisent, il est vrai, une technologie plus conventionnelle que le vaccin à ARN messager.

Quant aux effets secondaires, bien connus désormais dans le cas des vaccins ARN, ils sont limités chez le nouveau venu. Le résultat est même meilleur que chez ses concurrents. 40% des patients de phase 3 ont rapporté ressentir de la fatigue après leur seconde injection de NVX-CoV2373, contre 65% pour Moderna et 55% pour Pfizer. Mieux encore, les symptômes rapportés sont moins gênants que chez la concurrence.

La proportion de cas graves est, elle, comparable à celle des vaccins ARN, c’est-à-dire très faible. Dans un essai mené en Grande-Bretagne sur 15.000 participants, seulement 0,5% a fait face à des effets secondaires “sévères”, soit autant que ceux qui avaient reçu un placebo.

Le vaccin Novavax contient pourtant un adjuvant, c’est-à-dire un produit visant à renforcer l’action du vaccin. Un système utilisé dans de nombreux cas pour les vaccins conventionnels mais qui peut susciter des allergies, ou des effets secondaires dans certains cas. L’adjuvant signé Novavax, à base de saponine, donne de très bons résultats, malgré un nom qui ne devrait pas laisser insensibles les sceptiques de la vaccination: Matrix-M. Nom mis à part, une réussite, donc. Mais le véritable avantage du vaccin Novavax pourrait bien être ailleurs que dans ses résultats cliniques. 

Peu cher à produire et stable

À l’inverse des produits de Pfizer ou Moderna qui se conservent un mois maximum dans un environnement entre 2° et 8° Celsius, le vaccin Novavax est bien plus stable... et adaptable. Il peut ainsi rester six mois dans un réfrigérateur et garder toute son efficacité. Cette résistance pourrait faire la différence, en particulier dans les pays aux systèmes sanitaires moins développés.

Mieux encore, la technologie nécessaire pour produire ce vaccin est plus accessible, ce qui signifie qu’il sera en principe plus facile à produire localement. Comme l’a déclaré au journal Nature la virologue Maria Elena Bottazzi, “c’est probablement le plus simple et le moins cher” à produire de tous les vaccins.

Cela n’a pas évité à Novavax quelques écueils douloureux, notamment pour son cours de bourse. Après avoir promis deux milliards de doses aux pays pauvres via le système Covax, l’entreprise a repoussé son engagement tout au long de l’année 2021, en raison de problèmes de mise en production. La qualité de son vaccin, à la sortie de l’usine, n’était pas suffisante aux yeux des autorités américaines. “Conventionnel” ou non, un vaccin reste un traitement de pointe.

Reposant sur une technique plus classique pour des effets comparables à la concurrence, il apparaît donc davantage comme une vraie chance pour les pays en développement, à qui le vaccin manque cruellement. Selon l’OMS, seulement 9% de la population continent africain était vaccinée contre le Covid-19 à la fin de l’année 2021.

Il reste qu’en Europe, Novavax n’inquiète pas autant que ses concurrents auprès d’une partie de la population. À l’automne 2021, un sondage mené outre-Rhin par le Ministère de la santé révélait que 56% des non-vaccinés seraient davantage prêts à l’être, si une solution plus “conventionnelle” que les vaccins ARN voyait le jour. Cette solution “conventionnelle” existe désormais, c’est un vaccin sous-unitaire contenant une protéine virale Spike, produite en laboratoire par génie génétique.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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