Nouvelle vague de violences en Equateur

Vue aérienne de la prison Regional 8, à Guayaquil, en Equateur, le 28 mars 2024, au lendemain d'une mutinerie meurtrière (Marcos PIN)
Vue aérienne de la prison Regional 8, à Guayaquil, en Equateur, le 28 mars 2024, au lendemain d'une mutinerie meurtrière (Marcos PIN)

Touristes tués, une maire abattue par balles, mutinerie dans une prison: une nouvelle vague de violences a déferlé en Equateur, naguère havre de paix en Amérique latine, avec plusieurs tueries survenues en l'espace de quelques jours.

Huit personnes ont été tuées par balles samedi à Guayaquil, la capitale économique, dans le sud-ouest du pays. "Plusieurs individus armés à bord d'un véhicule" ont ouvert le feu sur un groupe dans la rue en fin de journée, a indiqué la police dans un communiqué.

"Deux personnes sont mortes sur le coup", poursuit le communiqué, tandis que six autres sont décédées "en raison de la gravité de leurs blessures" après avoir été transportées dans différents hôpitaux. Huit autres blessées ont été placés sous protection policière.

L'Equateur, autrefois l'un des pays les plus pacifiques de la région, est aujourd'hui sous le joug de bandes criminelles qui se disputent les routes du trafic de drogue.

Ce cycle de violence a conduit à une augmentation du taux d'homicides, qui est passé de 6 pour 100.000 habitants en 2018 à un record de 43 en 2023.

- Touristes tués par erreur -

Avant la fusillade à Guayaquil, le pays venait d'être secoué par la mort de cinq touristes, enlevés, interrogés et tués sur une plage par des trafiquants de drogue qui les avaient apparemment pris pour des membres d'un gang rival.

Deux personnes ont été placées en détention dans cette affaire.

Six adultes et cinq enfants équatoriens, arrivés dans la station balnéaire d'Ayampe, dans le sud-ouest de l'Equateur, le jeudi après-midi, avaient été enlevés le lendemain après l'irruption d'une vingtaine de personnes armées dans leur hôtel.

Les touristes ont été soumis à des "interrogatoires" et les corps de cinq adultes ont été retrouvés avec des blessures par balle sur une route voisine, a déclaré le commandant de la police locale, Richard Vaca.

Les touristes n'avaient aucun lien avec des organisations criminelles mais les agresseurs ont "apparemment pris ces personnes pour leurs adversaires", a-t-il ajouté.

Lors de l'arrestation des suspects, des fusils automatiques, des pistolets, des explosifs et des munitions ont été saisis.

Le président équatorien Daniel Noboa a exprimé sa "solidarité avec les familles" des victimes samedi sur son compte X.

"C'est un signe que le narcoterrorisme et ses alliés cherchent des espaces pour nous terroriser, mais ils n'y parviendront pas", a-t-il averti.

En janvier dernier, M. Noboa avait déclaré la nation en état de guerre à la suite d'une flambée de violence des gangs criminels qui a causé une vingtaine de morts, avec des attaques contre la presse, des explosions et plus de 200 enlèvements dans les prisons et dans les rues.

- Un maire abattu par balles -

Malgré l'état d'urgence en vigueur depuis le début de l'année, la violence en Equateur ne faiblit pas.

Vendredi, quatre personnes, dont un soldat, ont été tuées dans la ville de Manta, située sur la façade Pacifique, dans la province de Manabi.

Le week-end dernier, la maire de San Vicente, dans la même province, a été abattue par balles, un nouveau cas de violence politique. Sa mort survient après l'assassinat du candidat à la dernière élection présidentielle Fernando Villavicencio et du maire de Manta, Agustin Intriago, en 2023.

Mercredi, une mutinerie dans une prison de Guayaquil a fait trois morts et six blessés. C'est de cette même prison que s'est évadé en janvier dernier Adolfo "Fito" Macías, chef du gang criminel Los Choneros, l'un des principaux du pays.

Selon le président équatorien, l'émeute de la prison et les récentes violences "ne sont pas des événements isolés", car elles se sont produites avant une consultation populaire impulsée par le gouvernement. Sur son compte X, M. Noboa a accusé les "narcoterroristes" et leurs "alliés politiques" d'être à l'origine de la mutinerie.

Le chef de l'Etat, au pouvoir depuis novembre, a convoqué un référendum le 21 avril afin de consulter les Équatoriens sur l'opportunité de renforcer les mesures de lutte contre le trafic de drogue.

Parmi les questions posées figurent la possibilité pour les militaires de soutenir les policiers sans recourir à l'état d'urgence, l'extradition d'Equatoriens liés au crime organisé et l'alourdissement des peines pour les narco-trafiquants.

Les gangs liés aux cartels colombiens et mexicains opèrent désormais depuis les prisons équatoriennes. Depuis 2021, les affrontements incessants entre ces groupes criminels ont fait plus de 460 morts parmi les détenus.

Situé entre la Colombie et le Pérou, les plus grands producteurs de cocaïne au monde, l'Equateur est devenu il y a quelques années une plaque tournante logistique pour l'acheminement de la drogue vers les Etats-Unis et l'Europe.

vd/atm/pz