Nouvelle contrôleure des prisons, Dominique Simonnot tâchera "d'être féroce" pour se faire entendre

Anne-Sophie LASSERRE, Marie DHUMIERES
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Dominique Simonnot, nouvelle Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, pose le 20 octobre 2020 à Paris

Nouvelle contrôleure des prisons, Dominique Simonnot tâchera "d'être féroce" pour se faire entendre

Dominique Simonnot, nouvelle Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, pose le 20 octobre 2020 à Paris

Elle veut "moins de monde" en détention et des conditions dignes pour ceux qui s'y trouvent: la nouvelle contrôleure générale des prisons Dominique Simonnot ébauche dans un entretien à l'AFP ses priorités et fait la promesse "d'être féroce" pour se faire entendre.  

A 68 ans, l'ancienne journaliste du Canard enchaîné vient de quitter les bancs de salles d'audience qu'elle fréquentait depuis près de trente ans pour entamer "une nouvelle vie" en tant que Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), une vigie des droits fondamentaux. 

"Au fond, c'est un aboutissement", explique celle qui a commencé sa carrière comme éducatrice à la pénitentiaire à Nanterre, de 1978 à 1991. Une expérience "ancienne" mais qui ne l'a jamais quittée depuis qu'elle chronique la justice ordinaire, d'abord pour Libération, puis au Canard. 

Pourtant, quand le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti lui propose ce poste, Dominique Simonnot "commence par dire non". "Ca m'a quand même un peu ébranlée. J'ai réfléchi et je me suis dit +ma vieille, tu as l'âge que tu as, est-ce que deux fois dans ta vie on te (le) proposera?+", confie-t-elle. 

Au CGLPL, où elle aura la charge de défendre les droits fondamentaux dans les prisons, hôpitaux psychiatriques, centres de rétention administrative, centres éducatifs fermés et locaux de garde à vue, elle espère, comme avec ses chroniques, "faire bouger les choses". 

En premier lieu pour que les recommandations faites par cette autorité administrative indépendante ne restent pas lettre morte. L'institution n'a pas de pouvoir d'injonction et ses avis ne sont pas contraignants. 

Devant les parlementaires, Dominique Simonnot a déjà prévenu qu'elle ne voulait pas servir "d'alibi". 

L'a-t-elle aussi dit au ministre ? "Evidemment". Et que lui a-t-on répondu ? "Evidemment", sourit-elle. 

La nouvelle contrôleure générale n'entend pas "aller faire des manifs devant les ministères", mais elle "usera de tous les moyens" pour que les avis du CGLPL soient "suivis d'effet", en alertant la presse pour commencer. "On tâchera d'être féroces", assure Dominique Simonnot de sa voix rocailleuse et posée. 

- "Contrôles transversaux" - 

L'ex-journaliste devrait très rapidement faire ses premières visites de terrain en tant que contrôleure générale des prisons. 

Des maisons d'arrêt toujours surpeuplées, malgré une baisse globale de la population pénale lors du confinement, elle connaît déjà les conditions de détention indignes. "Ce n'est pas seulement les rats qui pullulent, les cafards et les vermines" mais aussi les "fenêtres cassées, les douches dégoûtantes", dit-elle. 

Au courrier reçu la veille, une détenue lui a demandé si elle avait "le droit de refuser de dormir sur un matelas par terre". "A votre avis, être à quatre dans une cellule de 8,72 m2, est-ce que c'est un traitement humain?", questionne un autre prisonnier. 

"Ce que je voudrais, c'est qu'on envoie moins de monde en prison" alors "qu'on se montre actuellement incapables de garantir des conditions dignes de détention", martèle Dominique Simonnot. 

Pour elle, le regard de l'opinion publique doit changer sur la prison, qui n'est "pas l'alpha et l'omega de la sanction". Celui de certains magistrats aussi, notamment ceux siégeant aux audiences de comparutions immédiates - l'un de ses "dadas" - "très pourvoyeuses de prison".  

Dans les colonnes du Canard, elle s'étonnait régulièrement que les magistrats se rendent peu là "où ils envoient du monde". 

Elle les appelle à changer d'approche et à s'emparer des alternatives à l'incarcération, le bracelet électronique ou la semi-liberté, "prévues par la loi et très contraignantes également". 

Afin de discuter avec les magistrats de leurs pratiques, la contrôleure générale envisage aussi "de faire des contrôles transversaux, qui iraient de la garde à vue au quartier arrivants des prisons, en passant par l'audience - un moment de privation de liberté également, puisqu'il y a le box". 

Une autre de ses priorités sera de se rendre dans les centres de rétention administrative, qui "ressemblent de plus en plus à des prisons" et qui sont "tenus soigneusement hors des yeux du public". 

asl-mdh/jt/sp