Nouvelle-Calédonie: les indépendantistes appellent à la non-participation au 3e référendum

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L'épidémie de Covid-19 remet-elle en cause la tenue du troisième et dernier référendum sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie prévu le 12 décembre ? Les indépendantistes appellent désormais à la « non-participation » et au report de ce scrutin crucial pour le processus de décolonisation de ce territoire français d'Outre-mer situé dans le Pacifique. Une prise de position qui suscite l’indignation du camp du non à l’indépendance.

Le communiqué est tombé au lendemain de la visite sur l’archipel du ministre français des Outre-mer Sébastien Lecornu. Les indépendantistes kanaks estiment que les conditions pour organiser une campagne référendaire sereine ne sont pas réunies en raison de l'épidémie de Covid-19 et du confinement partiel de la population de la Nouvelle-Calédonie.

Le FLNKS, le Front de libération national kanak et socialiste, met en avant depuis plusieurs jours le fait que des habitants ont peur du virus et que d’autres sont en deuil. Le FLNKS juge que la « campagne ne sera pas équitable », d'autant plus que les débats se concentrent sur le soutien de la France pour lutter contre la crise du Covid-19.

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L'autre argument avancé par les indépendantistes kanaks est le suivant :.si la consultation a lieu le 12 décembre dans ces conditions, les résultats seront contestés et cela « n'apportera pas la sérénité nécessaire pour la poursuite de discussions consensuelles sur l'avenir institutionnelle du pays ». Autrement dit, cela viendrait compromettre le processus d'autodétermination de ce territoire français d'Outre-mer, tel qu’il avait été défini par les Accords de Nouméa signés en 1998.

Pas de réaction de Sébastien Lecornu

Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu, rentré mardi à Paris, se garde pour le moment de réagir à cette prise de position du FLNKS. Son entourage répète le message que le ministre a fait passer durant son séjour sur l’archipel : en démocratie, les scrutins doivent se tenir en temps et en heure.

Pour Sébastien Lecornu, la situation épidémique est « tendue, mais tenue » et n’empêche pas en l’état la tenue du référendum dans moins de deux mois. « Ça fait plus de trente ans que le processus est engagé, ça fait plus de vingt ans que l’Accord de Nouméa a été passé, il a même été prolongé. Est-ce que cinq semaines de confinement viennent tout changer ? Je ne pense pas. Est-ce que ce virus crée des peurs, c’est certain. Eh bien, le chemin de passage, il est là […] Il faut aller jusqu’au terme du processus », a-t-il expliqué sur Radio Rythme Bleu le 15 octobre.

Pour tenter de rassurer, Sébastien Lecornu a ajouté qu’en cas de « reprise épidémique violente », un report du scrutin serait envisagé. Après avoir longtemps été épargnée, l’archipel fait face à sa première vague de Covid-19 depuis septembre. Le confinement décrété le 7 septembre a été assoupli, mais maintenu le week-end, tout comme le couvre-feu. Le taux d’incidence baisse, mais il est jugé encore « trop élevé » par les autorités. Le taux de vaccination - très faible il y a quelques semaines - s'accélère : un peu plus de la moitié des Calédoniens sont complétement vaccinés.

« Risque d’une impasse politique »

Pour les indépendantistes, le gouvernement français « s'entête » pour des raisons politiques afin de « solder l'Accord de Nouméa sous son quinquennat », donc avant la présidentielle française d'avril prochain. C'est pour cette raison que le FLNKS demande le report de cet ultime référendum après les échéances électorales françaises.

La prise de position des indépendantistes fait bondir le camp des loyalistes, ceux qui veulent que la Nouvelle-Calédonie reste française. Le groupe « Les voix du Non », qui agrège les principaux partis anti-indépendance, accuse le FLNKS « d'instrumentaliser la situation sanitaire ». Ils pensent que les indépendantistes ont en réalité peur du résultat, sachant que le non à l'indépendance l'a déjà emporté lors des deux premiers référendums de 2018 (56,7%) et de 2020 (53,3%).

Cet appel du FLNKS « risque de mettre le pays tout entier dans une impasse politique et de faire bégayer l’histoire » renchérit le parti de centre-droit Calédonie ensemble. Le groupe « Les voix du Non » annonce « le redémarrage » de sa campagne référendaire. Quel que soit le résultat de la consultation, une période transitoire s’ouvrira au cours de laquelle sera discutée, a minima, un nouveau statut pour l’archipel océanien.

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