Nouvelle-Calédonie: le dialogue au point mort, les tensions montent

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La vente d'une usine de nickel, la principale ressource de Nouvelle-Calédonie, plonge l'archipel français du Pacifique dans la tension depuis plusieurs mois. Dernier rebondissement ce mardi : les partis indépendantistes ont fait tomber le gouvernement d'union de Nouvelle-Calédonie.

Les élus de la coalition indépendantiste du FLNKS ont envoyé une lettre de démission au président du gouvernement calédonien ce mardi 2 février. Les indépendantistes du FLNKS comptent cinq membres de l'exécutif sur onze. Leur démission, ainsi que celle de leurs suivants de liste, entraîne de facto une chute du gouvernement collégial, élu par les membres du Congrès.

La vente du joyau local, l'usine de nickel du groupe brésilien Vale, est en cause. Le dossier empoisonne depuis des mois la vie en Nouvelle-Calédonie. Les indépendantistes refusent l'offre de rachat du suisse Trafigura, ce qui reviendrait à perdre le contrôle sur cette usine et que les populations locales seront en quelque sorte dépouillées.

Coup politique

Le FLNKS démissionne à un moment clé, juste avant une réunion pour valider la vente l'usine Vale prévue mercredi. En faisant tomber le gouvernement, toute décision sur Vale est impossible, tant qu'une nouvelle équipe ne sera pas élue par l'Assemblée de Nouvelle-Calédonie. Toute décision sur l’usine est donc gelée jusqu’à la composition d’un nouveau gouvernement qui doit intervenir avant 15 jours.

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Les indépendantistes cherchent ainsi à gagner du temps et tentent de faire pression sur les autres forces politiques, mais aussi et surtout sur le gouvernement français. « L’État n’est pas un observateur, ni un arbitre, c’est un partenaire. Aujourd’hui, il y a deux partenaires dans une situation de blocage. À l’État de jouer son rôle », insiste Daniel Goa, le président du parti Union calédonienne et porte-parole du FLNKS

Dialogue au point mort

Les indépendantistes attendent notamment de savoir jusqu’à quelle hauteur l’État va entrer au capital de l’usine. Sébastien Lecornu, le ministre des Outre-Mer, a promis une « implication plus forte de l'État ». Un enjeu clé pour les indépendantistes. Mais le dossier n’avance pas.

Selon une source au gouvernement, le blocage se situerait au ministère de l’Économie. Bercy ferait preuve de « frilosité » sur de nouvelles dépenses. Dans l'entourage de Sébastien Lecornu, on rappelle la « main tendue » aux partis calédoniens pour se parler. Mais le dialogue à trois – État français, indépendantistes et loyalistes – est au point mort. Un conseiller minimise d'ailleurs le coup politique du FLNKS. « Ça reste une majorité qui bascule dans une région française », analyse-t-il.

Les loyalistes – partisans d’un maintien de l’archipel dans le giron français – craignent que le blocage institutionnel aggrave encore les tensions. Des barrages et des manifestations violentes ont eu lieu ces derniers mois, organisés par des indépendantistes opposés à la vente de l'usine Vale.

Tensions à l’approche d’un nouveau référendum

L'archipel, colonisé par la France en 1853, a connu une situation de quasi-guerre civile dans les années 1980. Les Calédoniens ne l’oublient pas. Tout est exacerbé à l'approche d'un troisième et dernier référendum d'indépendance prévu avant 2022. Lors des deux premiers scrutins, le « non » à l'indépendance l'a emporté. Mais plus que le résultat d'un troisième vote, c'est l'absence de perspective sur « l'après » qui inquiète les Calédoniens.

Pour l'instant, le processus de décolonisation lancé il y a près de 40 ans est au point mort. Certains responsables politiques vivent dans l'angoisse de connaître à nouveau des heurts entre communautés. La menace est redoutée par les loyalistes, mais aussi du côté des indépendantistes.

« On n’est plus capables de discuter. La tension est telle que j’ai peur que l’on soit à un point de non-retour et que l’on attende que le référendum décide si c’est oui ou c’est non, déplore Daniel Goa. Ça ne va rien régler. L’indépendance, ce n’est pas une victoire finale avec un vainqueur et un vaincu. Ce sont les Calédoniens qui doivent tous les jours la construire. »

Les négociations à Nouméa ne font que commencer. Le nouveau gouvernement doit être formé dans moins de 15 jours.