Nouvel échec pour Lactalis, qui ne peut retirer Parlamat de la Bourse

Céline CORNU
Dans un supermarché de Milan, le 21 mars 2017

Milan (AFP) - Le géant laitier français Lactalis a essuyé mardi un nouvel échec dans sa tentative de retirer sa filiale italienne Parmalat de la Bourse de Milan, faute d'atteindre le seuil requis de 90% du capital.

Plusieurs actionnaires minoritaires, dont le fonds Amber Capital, avaient dénoncé le prix proposé, inférieur à celui du marché.

"C'est une victoire du marché, qui a de nouveau prouvé que le prix était trop bas", a déclaré à l'AFP le représentant d'Amber Capital, Arturo Albano.

Lactalis, qui contrôlait 87,74% de Parmalat, via Sofil, a lancé une OPA sur la partie qu'il ne contrôlait pas du 6 février au 21 mars, avant de rouvrir l'opération pour cinq séances boursières entre le 29 mars et le 4 avril.

Le groupe français n'a obtenu que 34,365 millions d'actions au terme de la première phase puis 706.349 lors de la deuxième, qui lui permettent d'atteindre 89,63% du capital actionnarial, encore sous le seuil de 90% autorisant le retrait de la cotation.

En effet, l'annonce de l'opération de Lactalis fin décembre avait fait bondir le titre Parmalat. Conséquence: quand l'OPA a débuté en février, l'action évoluait autour de 3 euros, avant de baisser à 2,90 euros, alors que Lactalis n'offrait que 2,80 euros.

Après quatre semaines d'opération, Lactalis s'est finalement résolu le 9 mars à augmenter à 3 euros le prix offert. Mais porté par cette augmentation, le titre est reparti à la hausse. Mardi, il s'échangeait à 3,052 euros.

"Pendant deux mois, nous avons assisté à la tentative de Lactalis de convaincre par tous les moyens les actionnaires minoritaires de remettre leurs actions, laissant présager pour eux des situations apocalyptiques s'ils n'adhéraient pas à l'OPA", mais la réponse du marché a été qu'il n'y aurait adhésion qu'avec "le prix juste", a analysé M. Albano.

- Tensions -

Selon Amber, qui détient 4% de Parmalat, le titre "pourrait valoir entre 3,8 et 4,5 euros".

Amber met en avant le contentieux avec Citigroup, auquel Parmalat réclame 1,8 milliard d'euros en l'accusant de complicité dans les événements ayant mené à sa banqueroute en 2003.

D'après ce fonds, Parmalat a aussi de fortes capacités à générer de l'argent à l'avenir avec les sociétés acquises entre 2014 et 2016 au Brésil, en Australie, au Mexique, qui lui ont coûté environ 1 milliard d'euros.

Lactalis avait pour sa part estimé que l'opération offrait "aux actionnaires une opportunité unique de monétiser leurs investissements à un niveau de prix jamais atteint en quasi 10 ans".

Il s'était offert une vaste campagne publicitaire dans les journaux italiens, en tentant de jouer sur l'inquiétude. "Evite le risque de rester actionnaire d'une société non cotée en Bourse", affirmait l'encart.

"En tant qu'actionnaire largement majoritaire de Parmalat, (le groupe) continuera, comme il l'a déjà fait depuis avril 2011 quand il en a acquis le contrôle, à valoriser la société avec une vision industrielle de long terme, en s'appuyant sur ses produits, ses marques et son réseau commercial au niveau mondial, en maintenant dans le même temps un fort enracinement industriel sur le territoire italien", a assuré Lactalis dans un communiqué mardi soir.

Le géant français - dont "l'opacité" est critiquée régulièrement par les actionnaires minoritaires mais aussi par des observateurs plus neutres - a pris le contrôle de Parmalat en 2011 via une OPA hostile, qui avait suscité un vif émoi en Italie et que Rome avait tout fait pour bloquer.

Selon un analyste, l'objectif de l'opération de retrait de Parmalat de la Bourse était de lui permettre de "gérer librement l'entreprise, sans devoir rendre compte au marché".

Depuis 2011, le groupe a en effet connu régulièrement de fortes tensions avec des actionnaires minoritaires.

"Nous espérons maintenant que l'actionnaire majoritaire gère enfin la société dans l'intérêt de tous les actionnaires et réalise le plan industriel engagé: Parmalat a investi beaucoup dans les années passées et nous sommes convaincus que les résultats se verront lors des prochains exercices", a affirmé M. Albano.

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