De nouveaux forages pétroliers en Gironde mettent le gouvernement face à ses ambitions vertes

Un site de forage pétrolier au milieu de la forêt de La Teste-de-Buch, dans le sud-ouest de la France, photagraphié en juillet 2022.
THIBAUD MORITZ / AFP Un site de forage pétrolier au milieu de la forêt de La Teste-de-Buch, dans le sud-ouest de la France, photagraphié en juillet 2022.

ENVIRONNEMENT - Entre les pins et les fougères, une centaine de puits de pétrole. Voilà le contraste si particulier de la forêt de La Teste-de-Buch, près d’Arcachon (Gironde). Exploitée depuis 1964, elle compte encore aujourd’hui 50 puits de pétroles actifs, et la société exploitante, le groupe canadien Vermilion Energy a bon espoir d’en creuser huit autres.

Surtout que ce lundi 20 novembre, après deux mois d’analyse, la commissaire chargée de l’enquête publique, Carole Ancla, a rendu un avis favorable au projet. Il ne reste désormais plus qu’à obtenir l’aval de la préfecture, donc de l’État, pour lancer les opérations.

Avant de trancher, au cours du premier semestre 2024, le préfet attend cependant encore l’avis de la DREAL et du conseil départemental de l’environnement. Ensuite, « ce sera à eux de voir s’ils sont des responsables où des irresponsables politiques », déclare au HuffPost Vital Baude, conseiller régional écologiste de Nouvelle-Aquitaine. L’élu appelle le gouvernement à geler les opérations, en guise de bonne foi de ses promesses sur la planification écologique.

Promesses sur la sortie des hydrocarbures

« Nous serons la première grande nation écologique à sortir des énergies fossiles », promettait en juillet 2022 Élisabeth Borne, première ministre, chargée de la planification écologique. Pour faire plus efficace, Emmanuel Macron résumait début septembre dernier au micro d’Hugo Décrypte : « j’ai un objectif : fin du charbon 2030, fin du pétrole 2040-2045 ».

Ces annonces font toutes deux échos à une même loi, adoptée en 2017 : la loi Hulot sur la sortie française des hydrocarbures. Le texte interdit de délivrer de nouveaux permis de recherche d’hydrocarbures et acte la fin des concessions actuelles d’ici 2040.

Un point que le cabinet de la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier Runacher, tient à souligner auprès du HuffPost dans le cas de La Teste-de-Buch. Il fait valoir que cette loi autorise bien « la poursuite de l’exploitation et l’extension dans le temps ou dans l’espace des concessions jusqu’en 2040 ». Le ministère précise en revanche que l’avis favorable de l’enquête publique ne compose « en aucun cas une décision ».

Un avis qui écarte la question du changement climatique

L’avis en question, un document de 7 pages, livre cependant toutes les clés nécessaires au préfet pour autoriser les huit nouveaux forages. Il écarte tout d’abord les « inquiétudes légitimes du public face aux grands enjeux liés aux émissions de gaz à effet de serre » de son argumentaire.

Pas moins de 98 contributions ont été déposées par les habitants, encore très marqués par les méga-feux qui avaient ravagé 7 000 hectares de cette même forêt à l’été 2022. Ce sont depuis superposés des inondations, la sécheresse, vents violents, et des risques de submersion sur le littoral. Des évènements plus fréquents et plus intenses à cause du changement climatique, provoqué par la production de gaz à effets de serres et notamment l’exploitation du pétrole.

Un personnel de l’Office national des forêts (ONF) inspecte la forêt de La Teste-de-Buch, touchée par les méga-feux de l’été 2022.
PHILIPPE LOPEZ / AFP Un personnel de l’Office national des forêts (ONF) inspecte la forêt de La Teste-de-Buch, touchée par les méga-feux de l’été 2022.

« Si je partage les inquiétudes formulées dans les contributions du public, j’ai tenté de faire abstraction des considérations générales sur le devenir de l’extraction pétrolière en France », tempère la commissaire enquêtrice. Le cœur du dossier se concentre donc sur l’impact local du projet. Dans ce cadre « aucun riverain n’a fait état de dysfonctionnement grave ou de nuisance majeure lié à l’exploitation de la concession de Cazaux ».

De plus, « les impacts générés par les travaux de forage, seront temporaires et de courte durée », assure l’enquête publique. Le site de Cazaux compte deux réservoirs majeurs, « à une profondeur de 3 000 m et de 2 200 m », selon Vermillon Energy. Mais « l’étude du dossier montre que la société Vermilion a cherché à limiter les impacts environnementaux du projet en écartant certaines plateformes présélectionnées », assure la commissaire enquêtrice.

Du pétrole « local »

Dernier élément et pas des moindres : le pétrole produit à La Teste-de-Buch est français, il a donc un coût environnemental « moins élevé » que celui produit à l’étranger pointe la commissaire enquêtrice. Le pétrole français « soumis à une réglementation environnementale contraignante et à de nombreux contrôles, semble préférable à court et moyen termes dans la mesure où l’on ne peut aujourd’hui se passer totalement des énergies fossiles », conclut-elle alors.

Des lignes qui font bondir Vital Baude, pour qui exploiter ces ressources à court terme « n’a rien de stratégique ». « Il est bien plus intéressant de les laisser dans le sol pour les générations futures qui feront le choix de les exploiter ou non selon leurs besoins », estime-t-il. Une remarque qui résonne tout particulièrement alors que le Conseil Constitutionnel a reconnu il y a quelques semaines le droit des générations futures à vivre dans un environnement sain, dans le cadre d’une tout autre affaire : celle de l’enfouissement des déchets radioactifs à Bure.

L’élu souffle enfin : « cette exploitation ne profite à personne, si ce n’est au chiffre d’affaires de Vermillon Energy ». Pourtant le concessionnaire assure sur son site : « nous sommes intimement convaincus que pour être prospère, une entreprise doit privilégier ses employés et l’environnement, plutôt que son propre profit ».

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