Il fut un temps où il était "interdit d’interdire", maintenant, il est conseillé d’interdire

*

Il fut un temps où il était de rigueur de dire « Il est interdit d’interdire ». Maintenant, c’est le contraire, il est conseillé d’interdire. Une vague de puritanisme venue d’outre atlantique a accosté sur nos rivages. Il y a deux ans, à New-York, 7000 personnes ont signé une pétition pour demander le retrait d’un tableau « pédophile » de Balthus, exposé au MOMA, qui montrait une très jeune fille, dans une position lascive révélant sa petite culotte. Alors que la sortie du nouveau film de Roman Polanski ravive en France le débat sur la distinction à faire (ou pas) entre l’artiste et l’homme, son film «J'accuse » a été momentanément déprogrammé en Seine Saint-Denis. Qui a pris cette décision liberticide ? Le président Socialiste de l’établissement public regroupant neuf villes de Seine-Saint-Denis ! Finalement, après intervention des directeurs des six cinémas concernés, le film est revenu à l’affiche. La tentation de l’interdiction émane aussi bien d’étudiants, comme ceux qui ont récemment empêché une conférence de François Hollande à Lille, son livre ayant même subi un autodafé de sinistre mémoire ! Vous avez bien lus : des étudiants ont brûlé un livre qui leur déplaisait, comme les nazis, comme les « étudiants » iraniens avec le livre de Salman Rushdie.

Ah, l’invasion du politiquement correct, jusque dans les films pour enfants : la plateforme Disney+ a ainsi décidé d’accompagner certains des vieux films de Disney d’un message avertissant le public de représentations culturelles datées ? Va-t-il falloir censurer le baiser du prince charmant à une belle endormie (agression sexuelle) ? C’est même tout notre vocabulaire qu’il falloir changer. On connaissait déjà l’appellation « technicienne de surface » pour femme de ménage, « longue maladie » pour cancer. Et que dire de ces « jeunes », qualificatif en vigueur récemment à propos des voyous qui ont mis le feu à un cirque à Chanteloup les Vignes, le premier ministre qualifiant même les incendiaires de « petite bande d’imbéciles » alors qu’il s’agissait d’un incendie criminel ! Il n’est évidemment plus possible de rire de tout, comme le faisait Pierre Desproges ou Coluche. Pour avoir été accusé de faire l’apologie du viol par une figure du féminisme, Alain Finkielkraut, plutôt que répondre par une protestation outragée a fait le choix de l’ironie, en renchérissant, exhortant ironiquement au viol, «

Lire la suite