Nouveau virus en Chine: ce que l'on sait

Helen ROXBURGH
Une femme et un enfant portent un masque de protection à l'aéroport international Daxin de Pékin le 21 janvier 2020

Pékin (AFP) - Un nouveau virus ressemblant au SRAS a fait neuf morts en Chine, contaminé des centaines de personnes et atteint jusqu'aux Etats-Unis où un malade a été identifié, alimentant la peur d'une propagation à la faveur de la grande migration du Nouvel An chinois.

Des cas sont également apparus au Japon, en Corée du Sud, en Thaïlande et à Taïwan. Hong Kong a signalé mercredi un cas suspect. Plusieurs pays d'Asie, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont mis en place des contrôles dans les aéroports pour les passagers venus de la ville chinoise de Wuhan qui compte 11 millions d'habitants, épicentre de l'épidémie. Voici ce que l'on sait à propos de ce virus:

- Il est nouveau -

Le virus semble être un nouveau type de coronavirus, famille comptant un grand nombre de virus. Ils peuvent provoquer des maladies bénignes chez l'homme, comme un rhume, mais aussi d'autres plus graves comme le Sras (Syndrome respiratoire aigü sévère).

Ce virus est proche de celui qui avait provoqué l'épidémie de Sras en 2002-2003. Elle avait fait 774 morts dans le monde (dont 349 en Chine continentale et 299 à Hong Kong) sur 8.096 cas, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Du point de vue génétique, il y a "80% de similarités" entre les deux virus, a expliqué à l'AFP le professeur Arnaud Fontanet, responsable de l'unité d'épidémiologie des maladies émergentes à l'Institut Pasteur à Paris. Tous deux entraînent des pneumopathies (maladies respiratoires).

La Chine a déjà partagé avec la communauté scientifique internationale le séquençage génomique du nouveau coronavirus, pour le moment intitulé "2019-nCoV".

- Il se transmet entre humains -

L'OMS a estimé lundi qu'un animal semble être "la source primaire la plus vraisemblable" de l'épidémie, avec "une transmission limitée d'humain à humain par contact étroit".

Le virus a été repéré en décembre à Wuhan (centre de la Chine) chez des patients travaillant dans un marché de gros de fruits de mer et de poissons, fermé le 1er janvier.

La Chine a confirmé lundi que le virus se transmettait entre humains, par la voix de Zhong Nanshan, un scientifique chinois renommé membre de la Commission nationale de la santé.

Pour le docteur Nathalie MacDermott du King's College de Londres, il est vraisemblable que le virus se répande via des gouttelettes dans l'air lors d'éternuements ou de quintes de toux.

Des médecins de l'Université de Hong Kong ont publié mardi une étude sur la propagation du virus, estimant à 1.343 le nombre probable de cas à Wuhan, un chiffre s'approchant des 1.700 cas estimés la semaine dernière par l'Imperial College de Londres. Ces deux estimations dépassent les données officielles chinoises qui font état de 440 cas.

- Il semble moins dangereux que le Sras -

Comparés à ceux du Sras, les symptômes semblent moins agressifs. "La gravité semble plus faible", juge le Pr Fontanet.

"Il est difficile de comparer cette maladie avec le Sras", estime cependant le scientifique Zhong Nanshan qui avait aidé à évaluer l'ampleur de l'épidémie de Sras de 2002-2003. "C'est léger, l'état des poumons n'est pas le même qu'avec le Sras".

Mais cela est "paradoxalement plus inquiétant", déclare à l'AFP le Pr Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé global à l'Université de Genève car les gens pourront ainsi voyager avant que leurs symptômes soient détectés.

Des centaines de millions de personnes vont voyager en Chine pour aller voir leur famille à l'occasion du Nouvel An qui débute samedi.

"Wuhan est un centre majeur et le niveau de vigilance doit rester élevé alors que les voyages font partie intégrante du Nouvel An chinois qui approche", estime le Dr Jeremy Farrar, directeur de la fondation britannique Wellcome Trust.

- Une urgence de santé mondiale? -

L'OMS tiendra une réunion d'urgence mercredi pour déterminer s'il convient de déclarer une "urgence de santé publique de portée internationale", qualification introduite après le Sras et qui n'est utilisée que pour les épidémies les plus graves.

Des cas ont été confirmés jusqu'à présent en Thaïlande, au Japon, à Taïwan, en Corée du Sud, à Macau et aux Etats-Unis. Un cas suspect a été signalé à Hong Kong.

L'OMS n'a jusqu'ici utilisé cette qualification que pour de rares cas d'épidémies nécessitant une réaction internationale vigoureuse, dont la grippe porcine H1N1 en 2009, le virus Zika en 2016 et la fièvre Ebola, qui a ravagé une partie de l'Afrique de l'Ouest de 2014 à 2016 et la RDC depuis 2018.

Pour sa part, Pékin a annoncé mardi qu'il classait l'épidémie dans la même catégorie que le Sras. L'isolement devient ainsi obligatoire pour les personnes chez qui la maladie a été diagnostiquée. Des mesures de quarantaine peuvent être décrétées.