En Irlande du Nord, le nouveau Premier ministre britannique affiche une volonté d'apaisement

Le Premier ministre britannique Keir Starmer s'adresse à la presse depuis le siège de l'Assemblée nord-irlandaise, au château de Stormont, à Belfast, en Irlande du Nord, le 8 juillet 2024 (PAUL FAITH)
Le Premier ministre britannique Keir Starmer s'adresse à la presse depuis le siège de l'Assemblée nord-irlandaise, au château de Stormont, à Belfast, en Irlande du Nord, le 8 juillet 2024 (PAUL FAITH)

Le nouveau Premier ministre britannique Keir Starmer a affiché lundi une volonté d'apaisement en Irlande du Nord, où il a reçu un accueil positif face aux attentes fortes après les tensions issues du Brexit.

Dans le cadre de sa tournée inaugurale à travers le Royaume-Uni, le nouveau chef du gouvernement travailliste a notamment rencontré la Première ministre Michelle O'Neill (Sinn Fein, républicaine) et la vice-Première ministre Emma Little-Pengelly (DUP, unioniste). Les deux camps gouvernent de concert la province en vertu de l'accord de paix de 1998.

Grâce à ce déplacement, après l'Ecosse et avant le Pays de Galles où il est attendu plus tard dans la journée, Keir Starmer a indiqué vouloir manifester "l'importance de l'Irlande du Nord" pour lui et son gouvernement ainsi que sa volonté d'"avancer d'une manière respectueuse, collaborative".

Le nouveau dirigeant de 60 ans a salué les "discussions très constructives et positives" avec les responsables politiques locaux, soulignant le mandat de son gouvernement "pour le changement, pour la stabilité ici en Irlande du Nord".

Mettant en avant la "joie" du Sinn Fein de voir revenir au pouvoir le Labour, "parti de l'accord du vendredi Saint", la cheffe du parti républicain Mary Lou McDonald a avancé ses pions.

Face à la presse, elle a expliqué avoir rappelé au nouveau dirigeant britannique que "les référendums, les dispositions relatives aux référendums et le fait de tracer notre avenir ensemble sont au coeur" de l'accord, qui a instauré la paix après trois décennies d'un conflit sanglant, signé sous Tony Blair.

A l'issue des élections législatives de jeudi, le principal parti républicain, le Sinn Fein, a conservé ses sept sièges, devenant la formation nord-irlandaise la plus représentée au Parlement britannique à Londres. Mais pour signifier son refus de la souveraineté britannique en Irlande du Nord, il ne siège pas à Westminster.

Le Sinn Fein a doublé son grand rival unioniste, le DUP, qui a perdu trois sièges sur les huit qu'il détenait, dont deux au profit d'autres partis unionistes.

- "Discussion productive" -

Le Sinn Fein, l'ancien bras politique de l'organisation paramilitaire Armée républicaine irlandaise (IRA) pendant la période des Troubles, est déjà la première force au sein de l'assemblée locale nord-irlandaise.

Mais pour James Pow, professeur à la Queen's University de Belfast, "les fondamentaux n'ont pas changé", avec aux législatives une répartition à peu près égale des voix entre les unionistes, attachés à la place de l'Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni et les républicains favorables à l'unification.

Le chef du DUP Gavin Robinson a évoqué une "discussion productive" avec Keir Starmer et insisté sur la nécessité pour Londres de "soigner" les relations avec l'Irlande du Nord.

Historiquement, les unionistes sont alliés avec le parti conservateur britannique mais peu ont pleuré la défaite des Tories après 14 années au pouvoir.

Chez les unionistes, il y a "l'espoir que Keir Starmer puisse favoriser un plus grand alignement avec l'Union européenne (en matière commerciale, ndlr), ce qui réduirait l'impact" du Brexit sur leur province, explique James Pow.

Les règles commerciales post-Brexit, acceptées dans la douleur par le DUP après des mois de blocage institutionnel, continuent d'être perçues par les unionistes comme érigeant une frontière en mer d'Irlande entre l'Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni.

- Relations anglo-irlandaises -

Dans le programme du parti travailliste, une des rares mesures concernant l'Irlande du Nord prévoit de revenir sur la loi controversée "Héritage et réconciliation" qui a entrainé un recours de l'Irlande contre Londres devant la Cour européenne des droits de l'homme.

Cette loi, entrée en vigueur en mai, doit mettre fin aux enquêtes, aux affaires civiles et aux poursuites pénales pour les crimes liés à la période des Troubles et doit accorder l'immunité aux anciens combattants de tous les camps.

Le Premier ministre irlandais Simon Harris a de son côté chaleureusement salué la victoire de Keir Starmer et accepté une invitation à Downing Street prévue pour le 17 juillet.

Keir Starmer a dit vouloir que les relations entre Londres et Dublin soient "collaboratives" et "respectueuses", et affirmé qu'il pensait pouvoir décrocher un meilleur accord post-Brexit avec l'UE que le texte "bâclé" obtenu par Boris Johnson.

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