Nouveau gouvernement: Accusé de viols, Damien Abad nommé ministre malgré des signalements transmis à LREM

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Damien Abad lors de la passation de pouvoirs, samedi 21 mai 2022 (Photo: GEOFFROY VAN DER HASSELT via AFP)
Damien Abad lors de la passation de pouvoirs, samedi 21 mai 2022 (Photo: GEOFFROY VAN DER HASSELT via AFP)

Damien Abad lors de la passation de pouvoirs, samedi 21 mai 2022 (Photo: GEOFFROY VAN DER HASSELT via AFP)

POLITIQUE - Les alertes ont été envoyées cinq jours avant sa nomination. Mediapart révèle, samedi 21 mai, que le tout nouveau ministre de l’Autonomie, des Solidarités et des Personnes handicapées, Damien Abad, est visé par des accusations de viols. Deux femmes témoignent auprès du site d’investigations et racontent des faits qui se seraient déroulés en 2010 et 2011. Le ministre, tout juste rallié à la Macronie après des années passées chez Les Républicains, dément “avec la plus grande force ces allégations”.

Une première femme, aujourd’hui âgée de 41 ans a envoyé une lettre à l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique (OVSS) le 13 mai dernier pour dénoncer le viol qu’elle aurait subi et signaler le cas d’une autre femme dont la plainte a été classée sans suite en 2017.

“Par la présente, je souhaite témoigner de faits de viol concernant Damien Abad, député LR de l’Ain, pressenti pour rejoindre le gouvernement”, écrit-elle dans son courrier, cité par Mediapart, avant d’ajouter: “Il est attendu des élu·e·s de la République de faire montre d’exemplarité en toutes circonstances. (...) La libération de la parole des femmes ne suffit pas à mettre un terme aux situations abusives.”

Deux témoignages précis

La quadragénaire dit avoir rencontré Damien Abad le 7 août 2010 à l’occasion du mariage d’amis communs. Les deux échangent ensuite via les réseaux sociaux, et se voient au cours de l’automne à l’initiative insistante de l’élu, alors eurodéputé, dans un restaurant puis un bar parisien. “Il propose du champagne, j’ai bu une coupe. Et là, black-out, jusqu’au lendemain matin. Ça ne m’était jamais arrivé, surtout pas après un seul verre”, raconte-t-elle à Mediapart.

Dans le signalement envoyé à l’OVSS, elle dit s’être réveillée aux côtés de Damien Abad “dans une chambre d’hôtel proche du bar”, “en sous-vêtements”, “en état de choc et de dégoût profond”. Elle fait part de son sentiment d’avoir pu être “droguée”. Ce que le nouveau ministre réfute fermement. “Inconcevable et abject”, dit-il dans un communiqué publié dimanche à la mi-journée.

“Après sa douche, elle a pleuré toute la matinée dans la chambre”, se souvient aujourd’hui son ex-mari, avec qui elle était en instance de divorce. “J’ai pensé que c’était à cause de notre situation difficile, j’étais embêté.”

Elle a revu Damien Abad une fois, en février 2011, sans qu’il ne se passe quoi que ce soit, avant de cesser les contacts et de “faire comme si rien ne s’était passé, c’était trop difficile.” Elle a malgré tout raconté les faits à cinq personnes entre 2012 et 2020, lesquelles confirment à Mediapart.

Abad dénonce une “tentative évidente de déstabilisation”

Le site d’investigation a également recueilli le témoignage d’une autre femme dont la plainte pour viol, déposée en 2017, contre celui qui était alors député LR, a été classée sans suite. Cette ancienne militante centriste de 35 ans dénonce des faits qui remontent au 12 janvier 2012. La jeune femme entretient alors quelques échanges par texto avec Damien Abad, un “flirt”, depuis plusieurs mois. Après des salves de SMS insistants, retranscrits par Mediapart, qui a pu avoir accès à la plainte, Margaux accepte un rendez-vous à Paris avec l’élu. Celui-ci lui demande de mettre une “belle robe”, “avec un décolleté”.

Elle décrit ensuite une relation sexuelle empreinte “d’irrespect, d’injonction et d’insistance”, à laquelle elle aurait plusieurs fois essayé de mettre fin. Une relation “consentie”, selon son récit, avant que Damien Abad ne lui impose une pénétration anale, alors qu’elle dit non de manière “affirmée”, ”à plusieurs reprises”. “Je lui ai dit qu’il se voyait dans un film porno. Il m’a dit d’être gentille et il continuait”, a-t-elle déclaré aux policiers, en 2017, raconte Mediapart.

S'il y a de nouveaux éléments, si la justice est à nouveau saisie, on tirera toutes les conséquences de ces décisions.Elisabeth Borne en déplacement dans le Calvados

Autant d’accusations que Damien Abad dément. Alors que le site d’informations dépeint un homme au comportement “déplacé” – au-delà des deux témoignages précis –, le nouveau ministre dénonce “une tentative évidente de déstabilisation à un moment clé de [son] parcours politique”.

“Je conteste avec la plus grande force ces accusations de violences sexuelles. Je conteste avoir exercé quelque forme de contrainte que ce soit sur aucune femme. Je conteste enfin tout abus de pouvoir lié aux fonctions que j’ai occupées. Les relations sexuelles que j’ai pu avoir tout au long de ma vie ont toujours été mutuellement consenties”, écrit-il dans un communiqué publié dimanche à la mi-journée.

Sur les faits présumés plus précis dénoncés par l’ancienne militante centriste, le nouveau ministre explique qu’à raison de son handicap, il lui est “impossible physiquement de commettre les actes décrits”, “sans une aide extérieure”. Il est atteint d’arthrogrypose, une maladie congénitale qui affecte la mobilité de ses quatre membres.“Ces accusations relatent des actes ou des gestes qui me sont tout simplement impossibles”, explique-t-il pour réfuter les premières accusations relatées dans le signalement à l’OVSS. Des allégations “inconcevables et abjectes”.

Que sait la majorité?

Dans ce contexte, et à l’heure ou la campagne des élections législatives est marquée par le retrait de plusieurs candidats accusés ou condamnés pour des violences contre les femmes, la question du degré de connaissance de la majorité sur cette affaire ne manquera pas de se poser.

La première ministre Elisabeth Borne, en déplacement dans le Calvados, où elle se présente aux élections législatives, a inévitablement été interrogée sur le sujet ce dimanche. “Bien évidemment, je n’étais pas au courant”, a-t-elle indiqué d’emblée, avant d’ajouter dans une forme de mise en garde: “Je vais être très claire. Sur tous ces sujets de harcèlement, d’agression sexuelle, il ne peut y avoir aucune impunité.”

“J’ai découvert l’article de Mediapart hier, je n’ai pas plus d’éléments que le fait que l’affaire a été classée sans suite, je peux vous assurer que s’il y a de nouveaux éléments, si la justice est à nouveau saisie, on tirera toutes les conséquences de ces décisions”, a-t-elle précisé.

Selon Mediapart, l’Observatoire des violences faites aux femmes en politique a adressé le témoignage de la première femme citée aux directions des Républicains et de la République en marche le 16 mai dernier (le parti que Damien Abad quitte et celui qu’il rejoint.) Il a également envoyé le courrier au procureur de la République. Côté juridique, le parquet de Paris confirme à 20 Minutes avoir été destinataire, le 20 mai dernier, de ce signalement. “Il est en cours d’analyse”, indique-t-il.

Côté politique, l’alerte, à ce stade, est restée sans réponse de la part des deux formations. Contacté par Mediapart, Christophe Castaner, le patron des députés-marcheurs à l’Assemblée nationale, assure n’avoir “rien reçu”. Après les questions du site fondé par Edwy Plenel, il affirme avoir porté ces faits à la connaissance du procureur, et “conseille à la victime de porter immédiatement plainte”. Stanislas Guérini, le patron de LREM devenu ministre lui aussi, dit, pour sa part, avoir pris connaissance du courrier concernant son nouveau collègue samedi matin.

À voir également sur le HuffPost: Ces deux députées nous expliquent leurs mesures pour arriver à l’égalité femmes-hommes

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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