Nord: la société Tim mise en liquidation, 304 emplois supprimés

Julia PAVESI, Antoine POLLEZ
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Salariés de Tim le 20 juillet 2017

Tourcoing (AFP) - Quelque 300 salariés "au chômage pour les fêtes": le fabricant de cabines d'engins de chantier Tim, basé à Quaëdypre (Nord), a été placé mercredi en liquidation, après des mois de difficultés attribuées par certains à la gestion du Bulgare Fil Filipov et au manque de soutien du gouvernement.

L'entreprise, placée en redressement judiciaire fin août, a été placée en liquidation sans poursuite d'activité par le tribunal de commerce de Lille. Elle avait échappé une première fois à la liquidation en juillet 2017, avant sa reprise par la société allemande d'engins de chantier Atlas GMBH, contrôlée par l'homme d'affaires bulgare Fil Filipov.

"Il y a 300 familles qui vont se retrouver au chômage à l'approche des fêtes de fin d'année, c'est bien dommage, tout le monde y a mis du sien, sauf une personne, M. Filipov", a lancé à l'issue de l'audience Olivier Crespin, délégué CGT.

"Il y avait tout pour réussir, mais il a tout foutu en l'air. J'espère que pour les 304 salariés, il y aura un suivi, qu'ils ne partiront pas les mains vides, parce que c'est honteux de voir ça, honteux!", a encore lâché M. Crespin, pendant que M. Filipov, quittant l'audience, glissait: "on n'a pas espéré d'arriver là, mais qu'est-ce que vous voulez, on n'a pas réussi. C'est un échec, évidemment".

Dix salariés, représentants CGT et FO, ont déposé une plainte contre X pour escroquerie visant l'opération de reprise menée en 2017. A l'époque, Bercy avait "salué" la reprise par Atlas, après "une semaine de dialogue et de travail intenses" menés par le ministre de l'Economie Bruno Le Maire et le secrétaire d'Etat Benjamin Griveaux, et "en étroite coordination avec Xavier Bertrand".

"Ce qui n'a pas fonctionné, c'est certainement la confiance des clients et le manque d'implication des personnes qui avaient fait des promesses. Il y a deux ans on pensait rebondir et finir notre carrière chez Tim", estime Franck Demeester, élu CFDT.

"C'est incompréhensible, Bercy, et Monsieur Griveaux sont allés chercher quelqu'un, l'ont supplié de reprendre l'entreprise, il a fait le job et derrière on le laisse tomber", a-t-il encore dénoncé en référence au prêt de deux millions d'euros que le ministère de l'Economie avait promis au moment de la reprise.

- "Délocalisation" en Allemagne ? -

"Le sujet, c'est le repreneur qui n'a pas tenu ses engagements", avait appuyé lundi la secrétaire d'Etat Agnès Pannier-Runacher. "Le prêt tel que promis, M. Filipov en a refusé les conditions, donc on n'a pas pu le sortir et cette année, il a refusé le prêt qu'on avait réaménagé", souligne-t-on à Bercy, qui "accompagne le dossier depuis deux ans" et a "contacté des dizaines de candidats" potentiels pour une reprise.

La société Sépode, basée en Normandie, qui avait envisagé une reprise du site et de l'activité, ainsi que de 40 salariés, avait finalement retiré son offre.

Xavier Bertrand, le président de la région Hauts-de-France qui avait décaissé un prêt de 3,5 millions d'euros - dont 342.000 euros ont été remboursés -, assure vouloir tout faire pour "une prise en charge individuelle de chaque salarié et faire le maximum pour trouver un ou deux projets de reprises pour reprendre le maximum de salariés."

"Il y a une question à poser à M. Filipov: où seront produites les cabines dont il a besoin pour Atlas ?", a-t-il dit.

"A l'audience, il a dit qu'il les ferait faire dans son usine allemande, où il y a 650 salariés et de la place, il ne lui reste plus qu'à récupérer les machines et il aura tout réussi", a rapporté l'avocat de la CGT et FO, Me David Brouwer, parlant d'une "délocalisation". Interrogé, Bercy dit ne pas savoir pour l'instant, mais affirme que "c'est évidemment une question qu'on regarde".

Atlas était l'un des principaux clients, avec l'Américain Caterpillar qui avait annoncé se retirer. Selon plusieurs sources, le carnet de commandes n'a cessé de rétrécir.