La nomination de Gérald Darmanin à l'Intérieur fait réagir aussi à l'étranger

Les médias étrangers n'ont pas attendu les manifestations féministes de ce vendredi 10 juillet pour faire leurs gros titres sur la nomination de Gérald Darmanin au ministère français de l'Intérieur, mais aussi sur celle d'Éric Dupond-Moretti à la Justice. Vus de l’étranger, ces choix interrogent.

« Un journaliste du New York Times m’a téléphoné. Il m’a dit : je me demande si je n’ai pas raté une info, on est bien d’accord que personne à l’Assemblée nationale n’a protesté contre la nomination de Gérald Darmanin, accusé de viol ? Je lui ai dit qu’il n’avait pas raté d’information. Il m’a demandé si je trouvais ça normal, j’ai répondu : oui, c’est la France », raconte Fatima Benomar, féministe et cofondatrice du collectif Les effrontées.

Ce journaliste du New York Times, c’est Adam Nossiter, le chef du bureau de Paris. « J’étais surpris. Gérald Darmanin est le sujet d’une accusation sérieuse de viol. A ma connaissance, personne à l’Assemblée n’a cru bon de soulever la question… c’est étonnant », confirme-t-il. « Aux Etats-Unis, même dans l’administration exécrable de Trump, je crois que ce serait impensable, une telle nomination, l’opinion publique ne supporterait pas. »

LeWashington Post relève d’ailleurs : « Dans une société en plein débat sur les agressions sexuelles, Darmanin est – pour l’instant – soutenu par ses collègues du gouvernement, qui insistent sur l’application de la procédure régulière et la présomption d’innocence, le tout dans un contexte ou l’opinion publique ne cesse de questionner ces deux notions. »

Après avoir rappelé qu’Emmanuel Macron avait fait de l’égalité femme-homme la cause de son quinquennat, le New York Times s’étonne du silence autour de la nomination de Gérald Darmanin. Pas d’interpellation du gouvernement à l’Assemblée, pas d’édito dans les grands journaux nationaux, sauf une une timide chez Libération, relève le quotidien américain.  « J’imagine qu’aux Etats-Unis, il y aurait eu des éditos dans les médias, on est très sensibles à ces questions-là. Il me semble que ça aurait soulevé une tempête médiatique, alors qu’ici ça a duré une demi-journée et puis ça s’est arrêté », note Adam Nossiter.

Le New York Times, la BBC, le Washington Post,El Pais, le Corriere della sera… tous ont écrit sur la nomination de Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur en France. L’homme a été accusé en 2009 de viol par Sophie Patterson-Spatz. Elle raconte que Gérald Darmanin lui aurait demandé des faveurs sexuelles en échange d’un appui sur un dossier judiciaire. D’abord classée sans suite, l’enquête a été relancée par la Cour d’appel de Paris, qui a demandé, en juin, de nouvelles investigations.

Quant à Éric Dupond-Moretti, les médias étrangers ne manquent pas de rappeler ses propos sexistes. En 2018, le nouveau garde des Sceaux avait déclaré qu’il trouvait ahurissant le fait que siffler une femme devienne une infraction pénale. Déclaration faite en plein débat sur le délit d’outrage sexiste.

Manifestations partout en France et dans le monde

« Le mouvement #MeToo en France, les grandes manifestations féministes de 2019, notamment en novembre dernier… tout ça, les médias étrangers l’avaient suivi. Là je pense qu’ils ne comprennent pas qu’un gouvernement choisisse un homme sous le coup d’une enquête pour viol. Généralement c’est l’inverse : quand quelqu’un est pressenti pour un poste de pouvoir comme celui-là, et qu’il est accusé de viol, il est mis de côté. Rappelons-nous quand même que De Rugy a été limogé pour du homard et de la vaisselle », s’indigne Fatima Benomar.

Une incompréhension des médias étrangers que vient confirmer Caroline De Haas, du collectif Nous Toutes, elle aussi interviewée par le New York Times : « Ailleurs, c’est la sidération parce que cette nomination ne colle pas à l’image que les étrangers se font de la France, pays des Droits de l’Homme, des Lumières… »


Adam Nossiter, lui, est d’un autre avis : « Le fait que nous avons décidé d’y consacrer un article montre bien que c’est un sujet important. Mais ça ne change pas l’image de la France, qui est déjà considérée comme une société patriarcale. Oui, c’est le pays des droits de l’homme, mais pas des femmes », souligne-t-il.

L’intérêt pour ces nominations, en tous cas, est mondial, tant dans les médias que dans la rue. Dénonçant « la culture du viol En Marche », plusieurs milliers de manifestants ont protesté ce vendredi à Paris et dans plusieurs villes de France. Mais pas seulement. Selon Nous Toutes, des rassemblements étaient aussi prévus à Londres, Bruxelles, Berlin, Montréal, Sydney, ou encore Tel Aviv.


Sur Twitter, la branche française de Ni una Menos, (Pas une de moins en Français), qui a rassemblé les manifestations ayant eu lieu en Amérique latine pour protester contre les violences faites aux femmes, relaye l’un des collages du collectif Collages féminicide. Le message : « Imagine ton violeur nommé ministre. »


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