«Nobles de cœur» ou «raconter la jeunesse jetée sur les routes de l’exil»

Comment parler de celles et ceux qui partent sur les routes de l’exil ? Marc Alexandre Oho Bambe et Fred Ebami ont choisi le roman graphique.

Nobles de cœur, c’est le titre de ce livre à quatre mains qui vient de sortir aux éditions Calmann-Lévy. Sur la couverture, aux couleurs orangées, deux jeunes hommes dos-à-dos et un sous-titre L’odyssée de Yaguine et Fodé - enfants de l’exil. Souvenons-nous : Yaguine Koita et Fodé Tounkara sont ces deux enfants, partis de Conakry en Guinée en juillet 1999, découverts dans le train d'atterrissage d’un avion à Bruxelles, morts de froid. Ils avaient 14 et 15 ans. On retrouve parmi leurs affaires certificat de naissance, de scolarité, photos et une lettre adressée aux dirigeants européens.

C’est à partir de leurs destins tragiques et de leurs espérances que s’est tissé le roman graphique Nobles de cœur : « Ce livre est né de notre sentiment de révolte, de notre sentiment d’urgence, de notre incompréhension qui dure depuis plus de 20 ans devant le destin de Yaguine et Fodé, confie le poète et romancier Marc Alexandre Oho Bambe au micro de RFI. Ces deux gamins, dont les prénoms ne cessent de me hanter depuis plus de 20 ans, qui ont surgi dans des textes de rap, dans mon premier recueil A.D.N., dans Les Lumières d’Oujda et maintenant dans Nobles de Cœur ».

Au-delà de leur propre trajectoire, Yaguine et Fodé incarnent dans ce roman graphique à la fois celles et ceux qui défient les clôtures et les murs dressés face à eux et aussi une jeunesse, appelée les Fugees, tout simplement connectée, qui rêve, qui rappe ses rêves, et compte bien leur donner vie. Dès lors, si Nobles de cœur s’inspire de la vie de ces deux jeunes hommes, il s’en distancie aussi et nous entraine sur les routes de Conakry à Tripoli et aussi à Tanger, là où le roman graphique commence : « La première planche, une double page, représente l’entrée de Tanger, avec ses taxis, ses palmiers, son côté accueillant, mouvementé, et plus particulièrement le café Hafa, café mythique, très important dans notre histoire, là où beaucoup d’histoires se rencontrent et c’est aussi l’endroit, dans la baie de Tanger, qui fait face à l’Europe », décrit Fred Ebami à RFI, dont les illustrations colorées, imaginées comme un film et offertes dans ce livre comme des peintures, nous donnent à voir la traversée de deux êtres, tantôt en mouvement vers leurs rêves, d’autres fois enfermés et empêchés.

Véritable cri-poème qui raconte une jeunesse « jetée sur les routes de l’exil », ses espérances et ses colères, Nobles de cœur sera prochainement mis en scène et en tournée. Rendez-vous notamment en juin au Maroc.

Extrait : « Yaguine et Fodé rappent leur parcours, ils rappent leurs souvenirs, leurs désirs tenus en laisse, leurs révoltes enchaînées. Rappent leurs vies, comme pour ne pas les perdre. Ne rien perdre. Ne pas se perdre eux-mêmes en chemin. La route qui mène à soi est longue, encore plus longue celle qui mène au songe porté. Reporté. Déporté dans le champ du réel. Le camp de l'existence. Hors chant. Résister aux vents contraires. Rester ensemble, dignes et debout. Nobles de cœur. »

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