Nikos Aliagas : "Aujourd’hui tout est moqué"

Nikos Aliagas sera de nouveau le maitre de cérémonie des “NRJ Music Awards” samedi 4 novembre à 21h sur TF1 en direct de Cannes. Aux commandes de cette soirée depuis 2009, l’animateur s’amuse des aléas du direct et des moqueries sur les réseaux sociaux. Il se confie avec humilité sur son rôle et la perception de son métier.

Crédit : Laurent Zebulon / TF1

Comment abordez-vous cette nouvelle édition des “NRJ Music Awards” ?

J’aborde cette cérémonie avec excitation mais je ne suis qu’un technicien dans cette histoire. Les réunions de préparation ne portent pas sur moi mais sur la mise en scène technique avec le réalisateur et la production. En fait, mon travail ne doit pas se voir. Mon rôle est simplement de relier tout le monde, d’accompagner les gens et de mettre les autres dans la lumière.

Il y a souvent des bugs techniques au cours de cette cérémonie. Comment l’expliquez-vous ?

C’est surtout parce que l’endroit n’est pas fait pour. Le Palais des festivals est magnifique mais c’est d’abord une salle de projection et de conférence plus qu’une salle de spectacle. En terme technique, il n’y a pas de profondeur derrière la scène pour installer le backline des artistes. Toutes les installations se passent quasiment à vue pendant les prestations des artistes. Il y a aussi une grande nervosité liée à la présence des plus grandes stars de la planète. Mon rôle est d’assumer quand il y a un pépin, de faire le paratonnerre. Mais franchement c’est amusant.

Ça ne vous met jamais en colère ?

Ce n’est jamais très grave. Avant de faire un numéro de claquettes, le métier d’animateur c’est d’endosser la responsabilité d’une émission. Pour moi c’est presque excitant de me dire : “Comment je vais m’en sortir cette fois-ci”. En plus les gens raffolent de cette nervosité, du petit grain de sable dans la machine. Dans ces cas-là, il faut que je comble mais il ne faut pas que ça se voit. C’est un travail de funambule. Sur ce type de programme, la seule certitude c’est l’heure à laquelle tu commences. Après tu te démerdes ! Mais en vrai, j’aime bien ça.

Les “NRJ Music Awards” sont beaucoup moqués sur les réseaux sociaux. Y prêtez-vous attention ?

Ça fait entièrement partie du jeu. De toute manière aujourd’hui tout est moqué. Je préfère que ça vanne un peu et que ça regarde plutôt que tout le monde s’en foute. Aujourd’hui la conscience du téléspectateur passe par les réseaux sociaux. Il a besoin de faire partie de l’histoire, de pousser ses coups de gueule. C’est presque une psychanalyse pour les gens. Je regarde systématiquement les réseaux sociaux pendant mes émissions. Et quand tu sais lire entre les lignes, tu te rends compte que parfois les internautes ont raison. S’ils disent que c’est mou, moi j’accélère. C’est une résonnance intéressante pour avoir le ressenti des gens en direct.

NRJ Music Awards 2017

La direction de la radio NRJ a-t-elle déjà essayé d’imposer un autre animateur ?

Pas récemment. J’ai travaillé à NRJ il y a quelques années et je suis resté copain avec eux. Depuis que je suis sur Europe 1, ça ne dérange personne que je continue à présenter la cérémonie. Je pense que ma légitimité est plus importante que mon appartenance à tel ou tel groupe. De toute manière c’est TF1 qui a le final-cut sur l’émission et la chaine me fait confiance depuis toutes ces années.

Il y avait un projet de rapatrier les “NRJ Music Awards” à la Seine Musicale à Boulogne-Billancourt, mais vous restez à Cannes ?

Chaque année, il y a des discussions mais franchement on est bien à Cannes. On n’a pas envie de changer car cette salle est remplie de bonnes ondes. C’est un lieu mythique en lien avec le cinéma et le spectacle.

Comment votre style d’animation a-t-il évolué depuis la “Star Academy” ?

La chose la plus importante pour moi aujourd’hui c’est la justesse et la simplicité. J’ai connu les entrées avec danseuses en pompons et cotillons à la Star Ac et j’ai vu les limites de l’exercice. L’animateur n’est qu’un voisin de palier. Si tous les jours ton voisin te sort la trompette et crache du feu devant l’ascenseur tu te dis : “Qu’est-ce que c’est que ce fou !”.

Aujourd’hui je trouve ça un peu ringard d’essayer à tout prix de se faire remarquer, de sortir la phrase ou de faire de l’humour. Certains animateurs le faisaient très bien comme Dechavanne que je respecte beaucoup mais ce n’est pas mon rôle à moi. Le plus efficace c’est d’être au service du programme plus que de vouloir prendre la lumière des artistes.

Ça demande une grande humilité que tous les animateurs n’ont pas…

Après 25 ans de télé, je ne peux pas fonctionner autrement. Il faut du temps pour comprendre que rien ne t’appartient, que le succès n’est qu’un prêt, qu’il ne restera rien de ce que tu fais à part quelques images d’archives qui vieilliront mal. J’ai eu de la chance d’avoir ce temps. Dans nos métiers on ne sait pas si on sera là la saison d’après, on n’est jamais installé. Je n’ai aucune certitude, même après 25 ans de carrière et 17 ans à TF1. Je sais qu’on est juste de passage.

Crédit : Christophe Saidi / Shine / TF1 / Bureau 233

Comment se sont passés les tournages de “The Voice Kids” la semaine dernière avec les nouveaux coachs Amel Bent et Soprano ?

C’est comme s’ils avaient fait ça toute leur vie. On s’attendait à un tour de chauffe un peu plus long et en fait ça a fonctionné tout de suite avec Amel et Soprano. Désormais tous les coachs de “The Voice Kids” sont parents donc ils savent comment parler aux enfants. Quand ils ne se retournent pas, ils ont la boule au ventre pour les candidats, ils se lèvent pour aller les voir, les prendre dans leurs bras, c’est vraiment sympa.

Vous présentez “C Canteloup” en quotidienne, “50 minutes Inside” en hebdo, votre émission sur Europe 1, deux saisons de “The Voice” par an ainsi que les émissions évènementielles de TF1. Comment arrivez-vous à concilier toutes vos activités ?

J’ai un planning bien ficelé. Je travaille avec ma sœur qui gère tout ça, une femme qui me soutient et une vie saine. Je ne vais pas dans les soirées, je me lève tôt, je ne me couche pas tard, je fais du sport. Tout est question de constance. Dans le succès comme dans l’échec, il faut rester stoïque et ne jamais s’emballer. Dans ce métier tu peux très vite devenir dingue. Il faut savoir encaisser : tu ne réponds à rien, tu traces ton chemin et tu ne fais pas le coq.

Thomas Joubert.