Nigeria : sur les traces de Boko Haram

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Un mécréant voué à la souffrance et peut-être à la mort. Voilà ce qu’est, pour Boko Haram, tout écolier au Nigeria. Le groupe djihadiste, qu’on pensait affaibli, a multiplié les enlèvements de masse et semé le chaos ces derniers mois. Les terroristes affiliés à l’Etat islamique prospèrent sur un mélange d’extrémisme religieux et de gangstérisme. Enquête sur une organisation aussi sanguinaire que mystérieuse.

Il faut quitter Maiduguri pour réaliser à quel point c’est une forteresse assiégée. La capitale de l’Etat de Borno est ceinturée de camps d’affamés et de maquis djihadistes. Filant vers la frontière camerounaise, la route défoncée traverse un paysage où alternent ruines calcinées, villages fantômes et barrages militaires écrasés de chaleur. Sous les guérites de paille, les mines patibulaires des combattants « most wanted » de Boko Haram sont placardées, comme dans un décor de vieux western. Le territoire de l’organisation la plus meurtrière d’Afrique s’étend à perte de vue le long du bitume défoncé, des faubourgs de Maiduguri jusqu’au bassin du lac Tchad. C’est là, dans les replis du bush, que 112 des lycéennes de Chibok enlevées en 2014 sont encore détenues.

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Enfin, après une heure de trajet, apparaissent les contours de Bama, rasée la même année par les djihadistes, désertée depuis par une bonne partie de ses habitants. Au cœur de la cité moribonde, un gigantesque camp abrite plus de 40 000 civils qui ont fui les campagnes conquises par Boko Haram. Entre des rangées de tentes déjà pleines à craquer, les nouveaux arrivants se massent sous un arbre pour fuir la morsure du soleil de midi. Faute d’abris disponibles, certains dorment à même la poussière depuis des semaines. « Il en arrive tous les jours », soupire le responsable, submergé par ce flot de désespérés qui, après une longue errance dans la brousse, débarquent une simple natte sous le bras.

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