Nigeria: quel bilan pour «Safe corridor», programme de réintégration des jihadistes repentis?

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Comment encourager les jeunes recrues des groupes jihadistes à regagner la vie civile ? Que deviennent les anciens membres des groupes armés dans le nord-est du Nigeria ? Comment sont-ils réintégrés dans la société ? L’organisation Internationale Crisis Group (ICG) passe au crible « Safe corridor », un programme de déradicalisation mis en place par les autorités fédérales depuis 2016 afin de trouver une solution sociale et non militaire pour lutter contre l’insurrection armée qui paralyse le nord-est du Nigeria depuis plus de dix ans.

Ce programme de « déradicalisation » s’adresse aux repentis qui ont fait défection de manière volontaire. Ces personnes subissent d’abord une période de détention. Une étape longue et dans des conditions difficiles. Comme l’explique le chercheur Vincent Foucher, auteur de ce rapport : « Y a un passage dans différentes centres de détention militaires où les conditions de détention peuvent être extrêmement mauvaises et où, aussi, ils peuvent être soumis à des violences, notamment chez les militaires et les miliciens qui sont en première ligne dans des systèmes punitifs ».

Puis les repentis sont transférés dans un autre centre, dans l’État de Gombe, pour une période de formation visant à les réinsérer dans la société. « Y a un programme de formation, d'alphabétisation pour certains et de formation à des métiers techniques. Les repentis apprécient les formations reçues, notamment l'alphabétisation. On est face à un mouvement qui s'est rendu célèbre par son hostilité à l'éducation à l'occidental et là au fond, on est face à des jeunes gens qui sont très demandeurs. Maintenant, il faut noter qu'un certain nombre de gens arrivent par erreur dans ce dispositif-là, pour beaucoup des paysans qui vivaient dans les zones de Boko Haram et qui pour des erreurs de triage, se retrouvent là ».

À ce jour, 920 personnes ont bénéficié de ce programme : cela ne suffit pas à déstabiliser suffisamment les deux factions jihadistes présente dans le nord-est du pays. Internationale Crisis Group recommande notamment de mieux vulgariser ce programme de déradicalisation pour lever le scepticisme des populations locales. Cette organisation encourage par ailleurs les autorités locales à mener des procès crédibles contre les combattants jugés dangereux, afin de répondre à la soif de justice exprimée par les habitants de ces zones.

► À lire aussi : le rapport d'International Crisis Group