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Nicole Belloubet: ancienne rectrice, ex-Garde des Sceaux, "loyale" à Macron

Nicole Belloubet, alors ministre de la Justice, quitte le conseil des ministres à l'Elysée le 29 juin 2020 à Paris (Ludovic MARIN)
Nicole Belloubet, alors ministre de la Justice, quitte le conseil des ministres à l'Elysée le 29 juin 2020 à Paris (Ludovic MARIN)

Nicole Belloubet, nommée rue de Grenelle jeudi, a été Garde des Sceaux mais cette juriste connaît aussi l'éducation: elle fut rectrice d'académie pendant huit ans, avant de démissionner pour protester contre des suppressions de postes d'enseignants.

Mme Belloubet, 68 ans, a succédé en 2017 à la Justice à François Bayrou dans le gouvernement d'Edouard Philippe. A ce poste, cette inconnue du grand public est parvenue à imposer une réforme de la justice contestée, mais a peiné à imprimer sa marque.

Cette professeure de droit public, issue des rangs du Parti socialiste, a commencé sa carrière comme professeure à l'université avant de devenir à 42 ans rectrice de l'académie de Limoges en 1997. Un poste parachevant un parcours académique brillant --elle avait été reçue deuxième de l'agrégation de droit public en 1992.

A la tête de l'académie de Toulouse en 2000, elle démissionne en 2005 avec fracas, critiquant le manque de moyens octroyés par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.

Dans une lettre aux chefs d'établissement, Nicole Belloubet expliquait ne plus trouver la "force de conviction suffisante". Elle déplorait, de la part de l'exécutif, une absence de cohérence "entre des ambitions affichées et des actes posés concrètement".

Sa démission était "un acte fort et rare, une forme de courage", estime Jean-Louis Viguier, ex-secrétaire académique du Snes-FSU (premier syndicat des collèges et lycées). Il se souvient "d’une femme engagée, compétente" avec "un côté un peu autoritaire, mais à l'écoute". "Je suis un peu surpris qu’elle souhaite s’engager sur la politique actuelle du gouvernement", dit-il.

- Racines aveyronnaises -

Autre prise de position, Nicole Belloubet avait critiqué, dans un article de 2016, les "fariboles sur la restauration de l’autorité ou le port de la blouse", défendus aujourd'hui par le gouvernement Attal.

Interrogé sur France 2 jeudi soir à propos de ces déclarations, le Premier ministre Gabriel Attal a estimé qu'"on peut avoir pris des positions par le passé et avoir évolué". "La première condition pour mes ministres, c'est d’être totalement alignés", a-t-il ajouté. Nicole Belloubet "saura porter cette feuille de route (du gouvernement) au ministère de l’Education nationale".

Mme Belloubet a porté tout au long de son parcours une attention particulière aux sujets concernant les femmes. De 2000 à 2005, elle préside un comité interministériel de pilotage "pour la promotion de l'égalité des sexes dans le système éducatif". Elle a aussi rédigé un rapport sur la "lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans les établissements scolaires".

En parallèle de ses fonctions dans l'enseignement, cette Parisienne très attachée à ses racines aveyronnaises, mère de trois enfants et veuve d'un professeur de droit, a mené une carrière politique à Toulouse, où elle fut première adjointe au maire socialiste Pierre Cohen, entre 2008 et 2010, avant de devenir première vice-présidente de la région Midi-Pyrénées.

Nicole Belloubet a aussi été membre du Conseil constitutionnel, de 2013 à 2017, qu'elle quitte pour devenir ministre de la Justice.

- "Loyale" -

A la Chancellerie, elle fusionne les tribunaux d'instance et de grande instance, créé le parquet national antiterroriste, lance les cours criminelles départementales pour juger les crimes punis de 15 à 20 ans de prison à la place des assises.

Mais sa réforme de la justice, "ambitieuse" selon elle, est qualifiée de "fourre-tout" par ses détracteurs.

La ministre, aux longs cheveux blonds toujours lâchés, s'est mise à dos de nombreux interlocuteurs. Lors de la mobilisation des avocats contre la réforme des retraites, le dialogue a rapidement été rompu.

Cécile Mamelin, vice-présidente de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), se souvient aujourd'hui de "quelqu’un d’un caractère égal", avec qui "le dialogue était fluide", mais qui "n'avait pas assez de poids" politique "pour obtenir des résultats".

Donnant cours et conférences depuis son départ du gouvernement, l'ex-Garde des Sceaux affirmait récemment à la Dépêche du midi: "Tant que le président de la République sera là, je resterai loyale à Emmanuel Macron". "Ce qui ne veut pas dire que j’approuve tout ce qui est fait".

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