Nicolas Bouchaud : «Entrer dans l’esprit de quelqu’un qui fait les cent pas dans sa tête»

Libération.fr

Rencontre avec le comédien, qui cosigne avec Eric Didry et Véronique Timsit l’adaptation de «Maîtres anciens», un brûlot de Thomas Bernhard sur l’art.

Où est-on ? Devant une salle en chantier façon Palais de Tokyo, sans œuvres figurées, à moins qu’une toile ne se cache derrière l’énorme rectangle de papier kraft. Que fait-on ? On s’est rendu à un rendez-vous, à 19 heures au Théâtre de la Bastille (Paris XIe). Avec qui ? Nicolas Bouchaud, évidemment, assis parmi nous. L’acteur lance des regards, comme pour vérifier qu’on est bien là. Il grimpe sur la scène, vêtu de ses propres vêtements. Tranquillement ? Comme un diable ? En tout cas, il se met à notre place : «Vous devez vous demander pourquoi je vous ai convoqué ici, pourquoi je vous ai prié de revenir dès aujourd’hui. Il y a une raison. Mais cette raison, je ne vous la dirai que plus tard.» C’est difficile d’interrompre Thomas Bernhard, même lorsque les mots sont énoncés calmement, sans vitupération, sans colère, avec netteté, presque avec gentillesse. Nicolas Bouchaud est chez lui, dans Maîtres anciens, qui conspue le lien de dévotion poisseuse que chacun entretient avec les chefs-d’œuvre et questionne la notion de perfection. Rencontre chez lui, quelques heures avant la représentation.

Durant une heure trente environ, vous êtes dans la langue de Thomas Bernhard, son rythme, ses ratiocinations. Est-ce qu’elle cesse d’agir, une fois la représentation terminée ?

Rarement. Je ne parviens pas à la faire taire, elle m’empêche de m’endormir et me réveille au milieu de la nuit, une fois que j’ai trouvé le sommeil. Ce qui est très étonnant et amusant avec Thomas Bernhard, c’est qu’on entre dans l’esprit de quelqu’un qui fait les cent pas dans sa tête. C’est une écriture qui ne commence et ne finit pas. Elle nous laisse juste le choix de baisser ou monter le son. Bernhard le dit lui-même : dès qu’il voit un embryon d’histoire, il le tue. Mais c’est parce que cette logorrhée est permanente, et qu’elle passe du coq à (...)

Lire la suite sur Liberation.fr

Une «Bohème» sidérale et sidérante
Yasmina Reza, langue de dispute
Gisèle Vienne, mauvais esprits
«APRÈS LA PLUIE» DE SERGI BELBEL, M.S. LILO BAUR, THÉÂTRE DU VIEUX COLOMBIER
«CAP AU PIRE» DE SAMUEL BECKETT, M.S. JACQUES OSINSKI, ATHÉNÉE THÉÂTRE LOUIS-JOUVET

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages