Nicolas Becker, le génie français du son récompensé aux Oscars

Magali Rangin
·4 min de lecture
Le Français Nicolas Becker, oscarisé pour le son du film
Le Français Nicolas Becker, oscarisé pour le son du film

"C'était un peu dématérialisé, j'étais sur le rooftop de Canal+, dans le froid, et je parlais à une caméra, donc tout cela était un petit peu abstrait." Nicolas Becker, l'un des trois Français oscarisés cette nuit, n'a pas eu droit à une "vraie" cérémonie des Oscars à Los Angeles, mais son Oscar, pour le son du film de Darius Marder, Sound of Metal, n'en est pas moins réel.

"Et puis là je vois tous les messages du monde entier, de gens que je connais et puis des gens que je ne connais pas, et puis tout à coup, je m'aperçois que c'est réel", évoque Nicolas Becker.https://www.youtube.com/embed/VFOrGkAvjAE?rel=0

Cet Oscar couronne trente ans d'une carrière folle, émaillée de films qui ont marqué le cinéma. Il a été ainsi bruiteur sur La Haine de Mathieu Kassovitz, en 1995 - un film qui l'a fait "grandir professionnellement". Il a également travaillé sur Le Pianiste, de Roman Polanski, en 2002. Puis sur Gravity d'Alfonso Cuarón en 2013 et Premier Contact, de Denis Villeneuve, en 2016. "Je pars de loin", plaisante-t-il, "parce que quand j'ai commencé, je faisais le bruitage sur la version française des Feux de l'amour."

"Un activiste du son"

"Je suis un peu un activiste du son", nous raconte cet ingénieur du son autodidacte. "Ça fait 30 ans que je me bats pour essayer de faire avancer le travail du son, aussi bien dans la musique, que dans le cinéma, que dans les arts plastiques. [Avec cet Oscar] j'ai l'impression que ce travail est entendu".

Nicolas Becker défend l'idée d'une véritable intégration du son, dès la genèse du film: "Depuis que je suis superviseur sonore, j'essaie d'intégrer la pratique sonore dès l'écriture du scénario", explique-t-il ainsi. Il se réjouit donc que le montage ait été également récompensé d'un Oscar, et salue le talent de Darius Marder, dont c'est le premier film.

Celui qui a travaillé avec Manoel de Oliveira, Alain Resnais et Roman Polanski, assure retrouver, dans le réalisateur américain, cette vision, une "compréhension extraordinaire du travail, une compréhension de tous les postes", mais aussi "une vraie écriture de cinéma".

"La sensation physique d'être à un concert"

De Sound of Metal, l'histoire d'un musicien de métal, incarné par Riz Ahmed, qui devient peu à peu sourd, Nicolas Becker retient "une expérience humaine très forte, une aventure".

Le film, porté de longues années par Darius Marder, a été une expérience forte pour toute l'équipe. Riz Ahmed a ainsi dû apprendre et pratiquer la batterie, mais aussi le langage des signes.

"On a créé un petit appareil que mettait Riz Ahmed dans son oreille pour simuler les différentes étapes de sa perte d'audition, pour qu'il puisse avoir une sensation physique et pas juste intellectuelle, de ce que pouvait être la surdité. Ça a eu énormément d'influence sur son jeu."

Quelques scènes ont été particulièrement difficiles à sonoriser. La première est une scène de concert.

"C'est une séquence que l'on vit de manière subjective: on est le batteur du groupe. Il y a très peu de films qui ont réussi à recréer la sensation physique d'être à un concert. On a passé un temps énorme et on a fait un gros travail de prise de son sur le tournage, suivi d'un énorme travail de post-production pour essayer de retrouver des sensations justes. On voulait vraiment mettre l'auditeur sur la scène".

Retranscrire avec le plus de justesse possible, le moment où le héros perd l'audition et celui où il porte des implants cochléaires a également été "très compliqué". "Il a fallu produire ce son-là, et je voulais que ce soit un son qu'on n'a jamais entendu avant, qu'il n'y ait aucune référence."

Reste au spectateur à découvrir ce film dans de bonnes conditions. Sound of Metal, véritable expérience sonore, est sorti en décembre dernier aux États-Unis. Mais, déplore Nicolas Becker, peu de gens l'ont vu sur grand écran. "J'ai hâte que les gens puissent y aller pour pouvoir ressentir ça", conclut-il.

Article original publié sur BFMTV.com