New York: le maire veut fermer la célèbre prison de Rikers Island

Catherine TRIOMPHE
La prison de Rikers Island, le 18 mai 2011 à New York

New York (AFP) - Violences endémiques, locaux vétustes: la tristement célèbre prison de Rikers Island pourrait bientôt appartenir à l'histoire, après que le maire de New York eut annoncé vendredi son intention de la fermer définitivement.

Le maire démocrate, Bill de Blasio, a annoncé qu'il se rangeait à l'avis d'un panel préconisant la fermeture de cet immense espace carcéral au milieu de l'East River, entre les districts du Bronx et du Queens, même si cette fermeture devrait prendre "au minimum 10 ans".

"New York va fermer Rikers Island. Cela prendra plusieurs années, cela nécessitera des décisions difficiles mais cela va se faire", a déclaré M. de Blasio lors d'un point presse.

"Pendant longtemps, j'ai trouvé l'idée noble mais je ne voyais pas comment y arriver, vu les conditions auxquelles nous étions confrontés", a-t-il expliqué. "Il est apparu clairement qu'il fallait qu'on allonge les délais si on voulait être honnête, et que 10 ans était la durée minimum pour y arriver. Et c'est ça qui a été la percée".

Rikers Island est l'une des prisons les plus connues des Etats-Unis, avec Sing Sing (également dans l'Etat de New York), San Quentin en Californie ou encore ADX dans le Colorado, surnommée "l'Alcatraz des Rocheuses".

- Tupac et DSK -

Sid Vicious, des Sex Pistols, ou le rappeur Tupac Shakur ont eut à dormir dans ses cellules. De même que l'ex-directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, qui y fut brièvement incarcéré en mai 2011 après avoir été accusé de tentative de viol par une femme de chambre. Son avocat avait demandé son transfert, soulignant la mauvaise réputation du lieu.

"Depuis trop longtemps, Rikers Island se distingue comme un symbole d'injustice dans notre ville, comme une tâche sur notre système pénal", a déclaré Melissa Mark-Viverito, élue hispanique pour des quartiers du Bronx et de Harlem, qui plaide pour la fermeture de Rikers Island depuis des années.

"Ses violences endémiques, ses abus ternissent la réputation de la ville de New York depuis des décennies", a-t-elle ajouté.

Comme elle, de nombreux responsables new-yorkais et spécialistes en droit ou criminologie demandaient la fermeture du lieu, dénonçant sa vétusté - la première prison sur l'île remonte à 1935 - et les cas de violences quasi-quotidiens. En septembre encore, six surveillants avaient écopé de plusieurs années de prison pour l'agression d'un détenu.

Des conditions d'autant plus dures que quelque 80% des détenus de Rikers attendent leur procès et n'ont pas encore été condamnés.

Jusqu'ici, M. de Blasio, candidat à sa propre réélection en novembre, se limitait à essayer de normaliser le fonctionnement de la plus grande des prisons new-yorkaises, renforçant la formation du personnel et limitant le recours à l'isolement.

- Criminalité en baisse -

Pourquoi juge-t-il maintenant possible sa fermeture à long terme?

Essentiellement, dit-il, parce que la criminalité continue à reculer à New York: le nombre de meurtres et fusillades est tombé en 2016 à son plus bas niveau depuis le début des années 1990.

Ce recul a déjà fait baisser le nombre de détenus sur l'île: la moyenne journalière de détenus est passée de 11.696 en 2013 à 9.756 en 2016, et 9.362 en ce mois de mars.

Et le maire estime que la tendance devrait continuer, avec pour objectif de ramener le nombre de détenus à 5.000 d'ici cinq ans.

Mais il y a un hic: l'élu démocrate a reconnu que, même avec une réduction constante du nombre de détenus, la ville ne pourrait pas fermer Rikers sans ouvrir de nouvelles prisons "plus petites" dans des quartiers moins isolés de New York.

Il a dit ignorer combien de nouvelles prisons il faudrait, et où elles pourraient être construites.

Même si les sondages donnent pour l'instant de Blasio bien placé pour emporter un nouveau mandat de quatre ans, l'idée de voir des prisons construites dans leurs quartiers pourrait déplaire à certains New Yorkais. Beaucoup ont déjà du mal à accepter les nouveaux foyers de sans-abris proposés par le maire.

De Blasio a d'ailleurs reconnu vendredi que le plan de fermer Rikers Island nécessiterait l'engagement de ses successeurs, comme des responsables locaux et de "tous les composants du système pénal", à réduire la population carcérale.

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