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A New York, un café français offre un emploi aux personnes autistes et trisomiques

L'entrepreneur social français Yann Bucaille-Lanrezac, fondateur de la chaîne de cafés restaurants Café Joyeux pose dans le 21e établissement de la marque, le premier aux Etats-Unis, à New York, le 15 mars 2024, pour favoriser l'emploi de personnes atteintes de handicaps mentayx ou de troubles cognitifs (TIMOTHY A. CLARY)
L'entrepreneur social français Yann Bucaille-Lanrezac, fondateur de la chaîne de cafés restaurants Café Joyeux pose dans le 21e établissement de la marque, le premier aux Etats-Unis, à New York, le 15 mars 2024, pour favoriser l'emploi de personnes atteintes de handicaps mentayx ou de troubles cognitifs (TIMOTHY A. CLARY)

Dans le coeur battant du business à New York, le Café Joyeux, chaîne française "inclusive" de restauration avec des employés autistes ou trisomiques, se lance aux Etats-Unis sur un marché du travail quasiment fermé aux personnes atteintes de handicaps mentaux et cognitifs.

Posé à l'angle d'une des artères les plus prospères de Manhattan, au milieu d'imposants gratte-ciels abritant banques et entreprises, Café Joyeux Lexington occupe depuis janvier un espace harmonieux et lumineux qui est inauguré jeudi par le fondateur de cette entreprise solidaire française, Yann Bucaille-Lanrezac.

A l'occasion, ce 21 mars, de la Journée mondiale de la trisomie 21 instaurée par l'ONU.

"On arrive avec beaucoup d'humilité", dit à l'AFP cet entrepreneur social de 54 ans qui, avec sa femme Lydwine Bucaille, a ouvert le premier Café Joyeux à Rennes (ouest de la France) en 2017, puis 14 autres en France, quatre au Portugal et un en Belgique.

Le restaurant parisien des Champs-Elysées a été inauguré en 2020 par le président Emmanuel Macron et celui de Lisbonne, en 2021, par son homologue portugais Marcelo Rebelo de Sousa.

Mais à New York, ni le président Joe Biden ni le maire Eric Adams ne sont conviés au 21e Café Joyeux, le premier aux Etats-Unis pour cette association qui vend aussi, en France, du café aux centres commerciaux et aux entreprises.

- "Pas de leçon aux Américains" -

Avec au total 169 "équipiers" en Europe atteints de handicaps mentaux et troubles cognitifs, M. Bucaille-Lanrezac ne veut "pas faire la leçon aux Américains".

Car son Café Joyeux new-yorkais est "un projet américain" dans le quartier "Midtown" de Manhattan, temple des entreprises, banques, avocats, assureurs, hôtels et restaurants.

"On se fait aider par des spécialistes des questions d'inclusion, de différence et de handicap mental, notamment les organisations AHRC et Autism Speaks implantées à New York depuis des dizaines d'années" et qui oeuvrent à l'intégration sociale de personnes "neurodivergentes", explique-t-il.

Le Français a mis plus de deux ans à monter une société de droit local avec un actionnaire unique, à but non lucratif, financée par le mécénat et la philanthropie dont les dons sont défiscalisés, comme c'est la norme aux Etats-Unis.

Dans l'une des villes les plus chères au monde, Café Joyeux se fait "prêter" pour dix ans, par le promoteur immobilier Boston Property Group, un espace calme d'une trentaine de places, décoré par l'architecte d'intérieur Sarah Lavoine.

On peut y déguster cafés italiens et plats simples conçus par le chef français Thierry Marx, à des prix conformes à la vie chère à New York.

Pour mettre un pied sur le marché ultra-saturé de la restauration rapide, toujours en pénurie de main-d'oeuvre après la pandémie de Covid, Café Joyeux a recruté une directrice et des encadrants américains sans handicap pour s'occuper de "14 équipiers en situation de handicap avec des troubles autistiques, cognitifs et avec trisomie 21".

A l'instar de Peter Anderson, "serveur, plongeur et barista" d'une vingtaine d'années qui déplore que, "dans beaucoup d'endroits, il n'y (ait) pas d'emploi pour des personnes avec ce genre de handicap".

Pourtant, "nous avons les mêmes droits qu'une autre personne qui travaille", souligne-t-il.

- 80% exclus de l'emploi -

Selon des statistiques officielles, les Etats-Unis comptent sept millions d'adultes avec des handicaps mentaux et cognitifs. Quelque 80% d'entre eux sont exclus du marché du travail.

"C'est très dur pour nous de trouver un job, même en étant qualifiés voire surqualifiés. Il suffit de dire +je suis autiste ou trisomique+ pour ne pas être recruté. Nous sommes considérés comme un poids et c'est injuste", témoigne auprès de l'AFP Rachel Barcellona, jeune autiste, titulaire d'un diplôme universitaire et Miss Floride.

Pour Yann Bucaille-Lanrezac, ses nouveaux employés new-yorkais "ont le temps de progresser, de démontrer qu'au coeur d'une ville avec une clientèle très exigeante et très pressée, ils peuvent créer de la valeur et apporter un produit et un service de grande qualité".

De quoi ravir la cliente Giovana Mullins.

Cette trentenaire travaillant dans le milieu du handicap se plaint du service de mauvaise qualité de chaînes américaines de cafés à tous les coins de rue à New York. "Même sans savoir ce qu'est ce café (joyeux), on sent l'énergie et la joie qui s'en dégagent", s'enthousiasme-t-elle.

nr/elm/eml