"Ce n'est pas le rôle de la police" : les syndicats policiers frileux à l'idée de réaliser les contrôles du pass sanitaire

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Si les contours de ces mesures et les contrôles qui en découleraient sont à ce stade mal dessinés, les forces de l'ordre redoutent une mission éloignée du coeur de leur métier et un manque d'effectif pour la mener à bien.

Face à la montée d'une quatrième vague épidémique, le pass sanitaire va faire son entrée dans la vie quotidienne des Français, a annoncé lundi Emmanuel Macron lors d'une allocution télévisée. Une mesure de taille, jusque-là réservée aux événements de plus de 5000 personnes ou aux boîtes de nuit depuis leur récente réouverture, et qui a suscité une ruée vers les rendez-vous vaccinaux.

Il faudra désormais montrer patte blanche et présenter un pass sanitaire en bonne et due forme pour se rendre au restaurant, s'attabler en terrasse d'un bar, aller à la salle de sport, dans les centres commerciaux ou rendre visite à un proche à l'hôpital, dans les Ehpad et maisons de retraite. 

6 mois de prison et 10.000 euros d'amende

Le pass sanitaire consiste soit en une attestation de pleine vaccination datant de plus d'une semaine, soit en un test PCR négatif datant de moins de 48 heures, soit en un certificat de rétablissement du Covid de plus de quinze jours et de moins de six mois.

Les personnes contrevenant à l'obligation de détenir le pass sanitaire en un lieu où il sera requis s'exposeraient à une condamnation à six mois d'emprisonnement et à 10.000 euros d'amende, selon les voeux de l'exécutif.

Un avant-projet de loi rédigé par le gouvernement a été adressé pour avis au Conseil d'Etat mardi. Dans le texte, amené à être amendé après lectures au Parlement, les contours des contrôles qui découleraient de cette mesure apparaissent à ce stade encore mal dessinés. 

Le texte dispose par ailleurs, sans que ça n'ait été annoncé par Emmanuel Macron, qu'un isolement obligatoire de dix jours pourra être ordonné pour les personnes testées positives au virus. Un pas qui n'avait pas à ce jour été franchi depuis le début de la crise sanitaire.

"On n'aura pas la ressource nécessaire"

Isolement obligatoire, pass sanitaire, ces nouvelles mesures soulèvent la question des contrôles. Echoiront-ils aux forces de l'ordre? Policiers et gendarmes pourront-ils demander aux badauds attablés en terrasses de présenter leur pass sanitaire ou se rendre au domicile d'un individu positif au virus? Au sein de la police, les syndicats semblent à l'unanimité vent debout contre une telle organisation, fustigeant - entre autres - les manques d'effectifs pour mener à bien une nouvelle mission.

"Ca va être très compliqué voire pas possible pour nous", estime ainsi Rocco Contento, secrétaire départemental d'Unité SGP Police à Paris. "Si on veut mener à bien toutes ces missions, on n'aura pas la ressource nécessaire parce que ce sont des missions chronophages. Nous policiers, actuellement, travaillons à flux tendu", a-t-il soutenu ce jeudi sur BFMTV, estimant qu'il s'agissait aussi de missions qui ne seraient "pas de nature à renforcer le lien police-population que tout le monde souhaite".

Mardi, le secrétaire général du syndicat Alternative Police - CFDT laissait entendre un son de cloche similaire sur notre antenne, réticent à devoir prendre en main ces contrôles:

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"Ce n'est pas le rôle de la police"

Sur France Info mercredi, Stanislas Gaudon, délégué général d'Alliance Police nationale, tançait des "mesures hors de propos et hors contexte police nationale".

"Nous n'avons pas beaucoup de policiers disponibles pour exercer cette mission, qui n'est absolument pas dans notre coeur de métier", a-t-il jugé, se questionnant là aussi sur la manière de vérifier matériellement l'authenticité des QR codes.

De surcroît, le représentant syndical s'agace aussi vis-à-vis de l'éventualité de contrôler le respect de l'isolement des gens à domicile. "Ce n'est pas le rôle de la police. (...) L'Assurance maladie fait déjà des contrôles, c'est plutôt dans son rôle à elle", a-t-il estimé. "La police et la gendarmerie ont d'autres choses à faire", a-t-il poursuivi, fermant le ban.

"On va nous remettre une charge missionnelle supplémentaire, on a déjà du mal à trouver des effectifs dans certaines villes", complétait ce jeudi Jean-Christophe Couvy, secrétaire national SGP-Police FO sur CNews. Il pointe: "Le but du policier quand même au départ, c'est de porter secours."

Article original publié sur BFMTV.com

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