"Ce n'est pas parce que c'est quelqu'un de ma famille que je dois me taire": victime d'inceste, elle brise le silence

Lisa Hadef avec Ambre Lepoivre
·3 min de lecture
Aude a été victime d'inceste quand elle était enfant. Après 26 ans de secret, elle brise le silence.  - BFMTV
Aude a été victime d'inceste quand elle était enfant. Après 26 ans de secret, elle brise le silence. - BFMTV

Le livre de Camille Kouchner, brisant à nouveau le tabou d'un inceste un an après l'affaire Matzneff, a décidé Aude à sortir du silence. Depuis 26 ans, elle se réveille avec le poids du secret. Dès l'âge de 7 ans, un membre de sa famille la viole à plusieurs reprises. A 40 ans, elle se sent enfin prête à prendre la parole.

"Ce n'est pas parce que c'est quelqu'un de ma famille que je dois me taire. Au contraire. Et ne je ne comprends pas pourquoi mes parents n'ont rien fait quand je l'ai dénoncé en 1994. Ca c'est quelque chose de très douloureux pour moi. Je ne comprends pas pourquoi ils n'ont rien fait", s'interroge-t-elle, en larmes, ai micro de BFMTV.

"Pas les armes" pour se défendre

Le tabou de l'inceste dans notre société et la minimisation des faits par les membres de sa famille ont muré Aude dans le silence durant des décennies.

"'Ce n'est pas bien ce que tu fais'. 'Il ne s'est rien passé'. 'Et pourquoi tu as mis autant de temps à en parler? C'est que tu aimais ça'. Je me suis fait engueuler quand j'étais petite. Je n'avais pas les armes pour me défendre", souffle-t-elle.

Si elle n'a jamais osé en reparler jusque là, Aude a finalement porté plainte en octobre dernier. "Ca faisait longtemps que j'y pensais mais j'avais peur de briser une famille. Aujourd'hui j'ai enfin les armes pour me défendre contre mes parents et je peux leur dire 'non, je n'étais pas consentante'".

Une fois par mois, elle participe à un groupe de paroles. Au coeur des discussions, les expériences personnelles et le retentissement médiatique de certaines affaires. Il semble que chaque prise de parole permette à une autre d'émerger.

"Que les gens aient connaissance que ça existe, que la sortie dans les médias oblige les gens à voir que c'est là, tout de suite on a au standard un nombre d'appels important. Et surtout, ça permet d'envoyer un message aux victimes: il n'est jamais trop tard", souligne Laura, directrice de l'association L'enfant bleu.

Allongement du délai de prescription

L'inceste représente environ 80% des faits de violences sexuelles commis sur les enfants mais reste un tabou dans notre société. Même la justice peine à le reconnaître: il faut attendre 2016 pour que l'inceste soit spécifiquement inscrit dans le Code pénal. C'est grâce à l'effet #Metoo que le sujet a commencé à sortir de l'ombre, même si le "déni sociétal est encore très important car l'impunité des agresseurs est quasi-totale", déplore auprès de l'AFP la présidente de Mémoire traumatique et victimologie, Muriel Salmona.

La loi d'août 2018 contre les violences sexuelles a allongé de 20 à 30 ans le délai de prescription pour les crimes sexuels sur mineurs, à compter de leur majorité, afin de faciliter la répression de ces actes. Elle n'est toutefois pas applicable aux faits déjà prescrits. Plusieurs associations réclament l'imprescriptibilité de l'inceste.

Article original publié sur BFMTV.com