"On n'est pas frais, mais on est prêt": la macronie dans les starting-blocks à l'Assemblée nationale

Elisabeth Borne à la tribune de l'Assemblée nationale le 3 octobre 2022 - Alain JOCARD / AFP
Elisabeth Borne à la tribune de l'Assemblée nationale le 3 octobre 2022 - Alain JOCARD / AFP

Le retour aux choses sérieuses. Les députés reprennent ce lundi le chemin de l'hémicycle avec des textes potentiellement explosifs pour la majorité présidentielle et des oppositions remontées à bloc.

"On n'est pas forcément frais, mais on est prêt. On ne va pas se mentir, on va affronter des semaines très agitées", avance la députée Prisca Thevenot (Renaissance), auprès de BFMTV.com.

"On arrive au plat de résistance"

Si les députés avaient quitté le Palais-Bourbon "fatigués et rincés" en août comme nous l'avait confié un élu, après des débats houleux avec le Rassemblement national et la France insoumise, les prochains mois s'annoncent encore plus soutenus.

Au menu des débats dès ce lundi soir : la réforme de l'assurance-chômage pour laquelle la gauche a déjà prévu de ferrailler. En difficulté politique depuis l'affaire Adrien Quatennens et le cas de Julien Bayou, les députés de la Nupes vont vouloir jeter toutes leurs forces dans la bataille.

Marine Le Pen est dans une logique similaire et compte bien marquer des points dans l'opinion en ferraillant contre le budget qui arrive dans l'hémicycle fin octobre dans lequel elle voit "le marqueur d'une politique" qu'elle "conteste".

"Quand on pense à ça, on se dit que le mois de juillet était l'apéritif et qu'on arrive au plat de résistance", traduit le député (Horizons) Frédéric Valletoux.

Des élus présents "le vendredi soir à 23h"

Dans un contexte de majorité relative pour la majorité présidentielle, où chaque voix compte pour parvenir à faire adopter les textes, les députés savent qu'ils n'auront pas le droit à l'erreur. Concrètement, cela signifie que le maximum d'élus devront être présents en séance, peu importe le jour de la semaine ou l'horaire.

"Avec un grand nombre de députés dans votre majorité, vous avez un système de roulement qui sollicite beaucoup les élus d'Île-de-France. Là, le député qui vit dans ses montagnes, à 8 heures de route de Paris, devra aussi venir siéger vendredi soir à 23h", traduit sans ambages le conseiller parlementaire d'un ministre.

Aurore Bergé, la présidente du groupe Renaissance, a déjà donné le ton dans les colonnes du Parisien, demandant aux parlementaires de ne pas quitter leur place en séance même pour aller... aux toilettes.

Des ministres "pas dans la fanfaronnade"

C'est que l'exécutif a gardé de mauvais souvenir d'un épisode estival. Le projet de loi sur le Covid-19, le tout premier du début de la mandature, avait bien failli être rejeté avant même que son examen ne commence.

En cause: des élus macronistes en trop faible nombre pour contrer des députés RN qui avaient voté une motion de censure déposée par la France insoumise.

Le gouvernement avait finalement sauvé son texte à seulement une dizaine de voix près, et grâce à l'absence des députés écologistes. De quoi laisser augurer de moments difficiles quand Renaissance devra affronter des votes très serrés.

"On reste très vigilant, on prend les textes article après article en cherchant à mobiliser nos élus. On n'est vraiment pas dans la fanfaronnade", reconnaît un membre de l'entourage d'Olivier Dussopt, le ministre du Travail, très exposé dans les semaines à venir.

"Courir dans les couloirs de l'Assemblée"

Suffisant pour rassurer? Ce n'est pas certain, à en croire Fadila Khattabi, la présidente de la commission des affaires sociales qui prédit une situation similaire dans les prochaines semaines.

"On va devoir plancher à la fois en commission sur le budget de la sécurité sociale et être dans l'hémicycle pour voter le projet de loi de finances. On va devoir courir dans les couloirs de l'Assemblée nationale. Ça peut vite devenir intenable", s'inquiète l'élue de Côte d'Or.

La menace de la dissolution

À cette situation, s'ajoute une nouvelle équation: celle de la menace de la dissolution brandie par Emmanuel Macron en cas de blocage de la réforme des retraites à l'hiver prochain.

Si la manœuvre reste peu probable, elle met sous pression les députés qui, en plus de leur présence assidue au Palais-Bourbon, doivent donc continuer de labourer leur circonscription.

"On continuera de faire du terrain, même avec des séances de nuit. Mais c'est sûr qu'on le fait différemment avec une élection dans 6 mois et dans 4 ans et demi", lâche un député Modem.

Consciente de la nécessité de soutenir ses troupes qui vont être mises à rude épreuve, Élisabeth Borne va pratiquer une séance de câlinothérapie lundi soir à Matignon autour d'un pot de rentrée. Avant d'en remettre probablement une couche mardi matin lors de la réunion de groupe.

Article original publié sur BFMTV.com