"Je n'en crois pas un mot": pourquoi la macronie doute d'une dissolution imminente de l'Assemblée

Emmanuel Macron en Egypte le 7 novembre 2022 - Ludovic Marin/AFP
Emmanuel Macron en Egypte le 7 novembre 2022 - Ludovic Marin/AFP

Une petite musique qui monte sans guère convaincre. L'Élysée a beau brandir de nouveau la menace d'une dissolution ce dimanche dans le JDD, la majorité présidentielle ne l'imagine pas un instant imminente.

"Je n'en crois pas un mot. Les Français ne comprendraient pas qu'on les fasse à nouveau voter 6 mois après la présidentielle et les législatives", confie François Patriat, le président du groupe Renaissance au Sénat, à BFMTV.com.

Un avertissement du président

C'est pourtant Emmanuel Macron qui a mis lui-même les pieds dans le plat ces dernières semaines en septembre. Lors d'un dîner au palais présidentiel, en plein arbitrage sur les modalités pour faire adopter l'allongement de l'âge de départ à la retraite, il a lancé devant les poids lourds de la macronie:

"S'il y a une motion de censure qui est votée, je dissous tout de suite".

En l'absence de majorité absolue et alors que l'adoption d'un texte sur les retraites est loin d'être évident, le message redescend très vite parmi les députés de la majorité présidentielle, dubitatifs.

Plus d'élus RN, "pas du tout opportun"

Et pour cause: le RN, qui a débarqué en force dans l'hémicycle en juin dernier avec 89 députés, sortirait renforcé d'une dissolution de l'Assemblée, avec en perspective 21% des voix récoltées contre 19,2% en juin dernier, selon un sondage Ifop-Fiducial.

Loin de donner un avantage au président en lui assurant un nombre d'élus plus large qu'actuellement, la majorité verrait, elle, son nombre de sièges stagner.

"Prendre le risque d'avoir plus élus RN ne serait pas du tout opportun. La France a tout à y perdre à les voir entrer en plus grand nombre encore à l'Assemblée nationale", défend la vice-présidente du groupe Anne Genetet.

Une dissolution en cas de "blocage" dans l'hémicycle

Autre raison du scepticisme des troupes de la majorité présidentielle: le contexte législatif. Si Élisabeth Borne a eu recours à 4 reprises au 49.3 sur les textes budgétaires, elle est parvenue jusqu'ici à faire adopter par le vote tous ses autres projets de loi. Le gouvernement a également bon espoir de convaincre largement sur le futur texte sur l'immigration ou l'assurance-chômage.

"La dissolution ne se concevrait que dans un contexte de blocage. Or, ce n'est pas du tout le cas", résume à grand trait son collègue, Marc Ferraci, numéro 2 des députés Renaissance au Palais-Bourbon.

Le parti s'est vu "demander d'être prêt"

Si l'hypothèse laisse sceptiques les parlementaires, tout comme les ministres Olivier Véran, Gérald Darmanin et Marc Fesneau, qui ont tous démenti cette option, elle est pourtant bien préparée par le parti a appris BFMTV.com, confirmant une information du JDD.

"On nous a demandé d'être prêt. Nous ne connaissons ni l'intention du président, ni un éventuel calendrier, mais nous avons travaillé sur l'aspect juridique, financier et politique du sujet", expose Loïc Signor, le porte-parole du parti.

Une dissolution entre "janvier 2023 et mai 2024"

Pour parer à cette éventualité, un planning a déjà été établi, fixant la marche à suivre pour gagner ces nouvelles élections législatives, entre annonce des candidats investis, conférences de presse, et formation.

"La vérité, c'est qu'on sait tous qu'on va dissoudre à un moment mais pas maintenant. Ce sera probablement entre les retraites et les élections européennes entre janvier 2023 et mai 2024. Autant s'y préparer le mieux possible", avance un député proche de l'Élysée.

Des députés Renaissance en "campagne permanente"

Ce dernier explique par ailleurs que les menaces de dissolution d'Emmanuel Macron visent avant tout à faire passer des messages politiques. À commencer par ses propres députés. Avant les vacances d'été, le président leur avait déjà demandé d'être "en campagne permanente".

"Le message est clair: continuer à faire du terrain, voter les textes, bref faire le job sans états d'âme", explique le député des Yvelines Karl Olive.

Alors que des amendements ont été adoptés avec les voix de Renaissance lors de l'examen du budget, contre l'avis de Bercy, la manœuvre vise à rappeler aux députés la fidélité qui est attendue d'eux de la part de la présidence.

"Une preuve d'impuissance" pour les LR

Mais la possibilité d'une dissolution envoie également un message clair aux Républicains, sans qui la possibilité d'adopter des textes à l'Assemblée nationale, se complique sérieusement.

Après être parvenu à faire élire 63 députés - un chiffre inespéré après une présidentielle catastrophique -, les LR n'ont aucune envie de revenir devant les électeurs. De quoi les pousser à voter les textes défendus par la majorité pour éviter tout blocage législatif. Le calcul qui ne plaît guère à la droite, en pleine course pour sa présidence interne, tente d'être déminée.

"Certains y voient une menace. Je considère plutôt les propos d'Emmanuel Macron comme une preuve d'impuissance. Bientôt, il n'aura plus beaucoup de cartes dans sa manche et ne pourra plus utiliser qu'un seul dernier 49.3", remarque la vice-présidente du parti et députée Annie Genevard.

Dissuader "les frondeurs"

Enfin, certains voient dans les propos élyséens un avertissement passé aux alliés du président, parfois trop remuants au goût d'Emmanuel Macron. Le Modem a défendu et fait adopter un amendement sur la taxe sur les super dividendes, contre l'avis de Bruno Le Maire en octobre. En juillet dernier, Horizons jouait sa propre partition en votant en faveur d'une hausse des dotations aux collectivités.

"On leur dit: 'ne jouez pas aux frondeurs' ou ça se retournera contre vous", décrypte le sénateur François Patriat.

Tous ces avertissements porteront-ils leurs fruits au sein de l'hémicycle ? Réponse dans quelques semaines avec l'épineux projet de loi énergies renouvelables qui devrait montrer si la parole du président a fait effet.

Article original publié sur BFMTV.com