Neige dans l'Ain : récit d'une nuit blanche où des centaines d'automobilistes sont restés bloqués sur la route

Plus de 30 centimètres de neige et une nuit de galère. C'est ce qu'ont vécu les automobilistes présents sur l'autoroute A40, surnommée "l'autoroute blanche", dans la nuit du mardi 12 au mercredi 13 janvier, dans l'Ain, plus précisément dans le secteur de Valserhône, au niveau du viaduc de Bellegarde-sur-Valserine. Dans les deux sens, des centaines de véhicules se sont retrouvés piégés entre Mâcon et Genève. Il aura fallu attendre 4h30 du matin mercredi pour que la circulation soit totalement rétablie. Franceinfo revient sur cette nuit quasi blanche elle aussi pour des centaines d'automobilistes. La circulation coupée dès 16 heures Les conditions de circulation se compliquent aux environs de 16 heures mardi. La préfecture de l'Ain avise alors ses abonnés Facebook et Twitter que la circulation est interrompue dans les deux sens sur l'A40, invoquant la présence de "poids lourds mal équipés" qui rend "complexe" et ralentit "le déneigement des voies". Un camion circulant vers Lyon/Paris a heurté une glissière de sécurité à hauteur de Valserhône et s'est mis en travers des deux voies, bloquant le trafic et provoquant un gros ralentissement dans l'autre sens, vers Genève/Chamonix. La vigilance météo France, qui est au jaune, passe alors à l'orange. "Nous étions en vigilance jaune. C'était la Savoie et la Haute-Savoie qui étaient en orange", précise la préfète de l'Ain, interrogée dans la matinale de franceinfo.Après des chutes de neige abondantes en fin d'après-midi et en début de soirée, les conditions de conduite sur l'A40 "sont impossibles sur 28 kilomètres de Viry (Haute-Savoie) à Châtillon-en-Michaille", relève France Bleu Pays de Savoie en fin de soirée. En tout, près de 2 000 automobilistes sont coincés, estime la préfecture. "A cette heure, dans le sens Genève-Mâcon, on dénombre 4 km de bouchons, soit près de 500 automobilistes bloqués ; dans le sens Mâcon-Genève, on compte 9 km de bouchons, soit près de 1 500 véhicules. Une cellule de crise a été activée en préfecture pour suivre la situation", détaille à la même heure la préfecture de l'Ain sur ses réseaux sociaux.Ravitaillement et ouverture de gymnases Les pompiers et la Croix-Rouge installent, peu avant 23 heures, leur poste de secours pour ravitailler les automobilistes piégés. Dans la foulée, le maire de Bellegarde, Régis Petit, ouvre deux gymnases pour que ces derniers puissent passer une nuit au chaud. "On a fait ce qu'on a pu", explique l'élu au Dauphiné libéré mercredi matin. "On a hébergé une quarantaine de personnes et on leur a offert le déjeuner."Épisode neigeux sur le viaduc de Bellegarde. Mobilisation de @CroixRouge pour apporter un soutien aux personnes. @Prefet74 et ses services @Gendarmerie_074 et @SDIS_74 pleinement mobilisés pic.twitter.com/RxCcoKbLOK — Préfet de la Haute-Savoie (@Prefet74) January 12, 2021Des pompiers de Haute-Savoie arrivent en renfort vers 23 heures, alors que des centaines d'automobilistes patientent toujours dans le froid. "Trois kilomètres sont bloqués par la chute de 30 centimètres de neige au moins", relève alors France Bleu. A ce moment-là, le concessionnaire de l'autoroute, ATMB (autoroute et tunnel du Mont-Blanc), espère que la situation "sera rétablie dans l'heure". Pendant ce temps, les automobilistes s'impatientent. A l'image d'Anthony Duchemin, interrogé en direct sur franceinfo, bloqué sur la route. "Il y a bien 10 à 15 cm de neige et il continue de neiger", témoigne-t-il.A minuit, Christophe Dubois, directeur du réseau et de l'environnement à l'ATMB, interrogé par France Bleu Pays de Savoie, promet de tout mettre en œuvre "pour que les véhicules ne restent pas bloqués toute la nuit". Beaucoup moins optimiste qu'une heure plus tôt, il prévient : "Si jamais on n'y arrivait pas, il y a des équipes de la Croix-Rouge et des accueils d'urgence. Les gens sont fatigués, agacés, je le comprends, et donc je ne leur promets pas un horaire pour un retour à la normale.""On veut relâcher la circulation dans les meilleures conditions. C'est très très rare qu'on soit confrontés à pareille situation. On est vraiment désolés pour nos usagers." Christophe Dubois, directeur du réseau et de l'environnement à l'ATMB à France Bleu Pays de SavoieCatherine de La Robertie, préfète de l'Ain, constate les premières améliorations vers minuit et demi, au micro de France Bleu : "Moins de 500 véhicules sont bloqués sur l'A40. Ceux qui seraient trop fatigués peuvent passer la nuit dans les gymnases ouverts par la commune de Bellegarde. Un kit de couchage et des boissons chaudes les attendent, le tout distribué par la Croix-Rouge." Sur Twitter et sur Facebook, des internautes s'interrogent. Comment se fait-il qu'un tel blocage ait lieu dans un département pourtant habitué aux chutes de neige ? "Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Il est tombé deux fois plus de neige que Météo France n'en avait annoncé. Et certains se sont engagés sans les équipements, surtout des camions qui ont complètement bloqué la circulation", énumère la préfète, toujours sur France Bleu. "On a déjà vécu des chutes de neige, précise le maire de Bellegarde au Dauphiné libéré. Mais la neige est arrivée sur un sol déjà très froid." Les premiers automobilistes naufragés arrivent dans le gymnase ouvert par le maire de Bellegrade aux alentours de 1h30. Ils sont alors une cinquantaine, estime le journaliste de France Bleu présent sur place.Peu avant 2 heures, il n'y a plus aucun véhicule coincé dans le sens Genève-Mâcon, d'après les équipes des autoroutes ATMB. En revanche, il reste encore quelques 500 véhicules immobilisés dans le sens Mâcon-Genève, soit environ trois kilomètres de blocage. La situation rétablie vers 4h30 Selon le gestionnaire de l'autoroute A40, et selon certains automobilistes bloqués, des conducteurs se sont endormis dans leur véhicule. Les secours présents sur place les réveillent vers 2h30 du matin pour évacuer l'autoroute en direction de Genève. Finalement, à 4h30, la situation est enfin rétablie. Les équipes des autoroutes ATMB assurent que la circulation est désormais permise dans les deux sens et qu'il n'y a plus de voitures bloquées. A ce moment-là, seuls des camions restent en bordure de voies avec leur chauffeur à l'intérieur, pour y passer la nuit. Anouk et Vanessa, 22 et 23 ans, avaient roulé pendant dix heures avant de se retrouver coincées. Elles ont préféré rester dormir dans le gymnase. "On a été bien accueillies, avec un café, il fait chaud", confient-elles au Dauphiné libéré, concédant que "la nuit a été courte". Dès 7 heures mercredi matin, les services se sont activés pour raccompagner les automobilistes à leurs véhicules. "Il y a des voitures dans tous les coins", a constaté le maire auprès du journal local.