Ne pas vieillir, ne pas mourir

Libération.fr

Pour le chercheur Yves Santamaria, auteur de «Johnny, sociologie d’un rocker», le chanteur est un produit de synthèse : héros populaire et évadé fiscal, pro-américain émargeant à la Sécu.

Dans sa Naissance de la tragédie, Nietzsche rappelle l’importance de ce qu’il appelle les «figures incisives», divinités emblématiques permettant - comme Apollon - de donner un visage aux tendances profondes d’une communauté. Ces éléments fédérateurs concourent ainsi à créer du lien, par-delà les dures réalités de l’accès inégal aux biens et aux symboles. «Figure» incisive par excellence ou «icône», comme on voudra, Johnny est réputé appartenir à ce groupe des personnages transclassistes et transgénérationnels : adoubé par Line Renaud et Aragon, chanté par les enfants de la Star Academy et de The Voice, il récolte l’hommage des héritiers du bolchévisme et du gaullisme. En un demi-siècle, l’Idole est passée du statut d’épiphénomène volatile et insignifiant à celui de figure symptomatique d’une société dont la vacuité serait la caractéristique majeure.

De l’invitation de Johnny à l’arbre de Noël de l’Elysée sous de Gaulle au dîner de Nicolas Sarkozy chez les Hallyday, que de chemin parcouru et que de rôles endossés. L’artiste se présente ainsi à la fois comme collector, en tant qu’objet courant rapidement statufié, mais aussi vintage puisqu’emblématique d’une «grande époque», voire d’un genre artistique majeur.

Largement ignoré en dehors de la francophonie européenne, Johnny est une passion française. Fruit du regain démographique enregistré au creux de l’Occupation, il est contemporain du déclassement d’une puissance sonnée par la défaite de 40. Trop faible pour ne pas être fascinée par les Etats-Unis, la France est encore assez forte pour imposer au rock’n’roll une quarantaine francophone, acclimatation artistique qui constitue la marque de fabrique de Johnny Hallyday. Cette caractéristique culturelle est donc éminemment politique, dans la mesure où la nation France a, de longue (...)

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Tête à laque

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