"Ne pas rouvrir la plaie": l'Hyper Cacher veut tourner la page de janvier 2015

Alice LEFEBVRE
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Portraits des 4 victimes de l'attentat de l'Hyper Cacher, sont exposés devant le commerce à Vincennes le 26 juin 2015, quelques mois après l'attentat

Portraits des 4 victimes de l'attentat de l'Hyper Cacher, sont exposés devant le commerce à Vincennes le 26 juin 2015, quelques mois après l'attentat

Paris (AFP) - "Il est temps de passer à autre chose": cinq après l'attentat de l'Hyper Cacher qui a traumatisé la communauté juive, commerçants et clients de la supérette casher veulent tourner la page et ne pas "rouvrir la plaie".

Les livraisons viennent d'être déposées devant le magasin Porte de Vincennes, à l'est de Paris, et les palettes s'entassent. Un des salariés s'empresse de ranger les produits dans les rayons: "On ne veut plus reparler de l'attentat", raconte-t-il, les bras chargés.

Pas de présence policière, ni de vigiles à l'entrée: cinq ans après, quasiment plus rien ne rappelle l'attaque meurtrière qui s'est produite ici le vendredi 9 janvier 2015, deux jours après la tuerie de Charlie Hebdo.

Amédy Coulibaly, un délinquant multirécidiviste radicalisé, avait alors exécuté un employé et trois clients de la supérette --tous de confession juive- et retenu en otages 29 personnes pendant plusieurs heures avant le shabbat, le repos sacré de fin de semaine dans le judaïsme. Il avait ensuite été abattu lors de l'assaut policier.

Seule une plaque discrète, accrochée au-dessus de l'entrée du magasin, salue la mémoire des quatre victimes. En dessous, un présentoir rempli d'exemplaires de l'hebdomadaire "Israël Actualités".

"La communauté se reconstruit et elle n’a pas besoin de rouvrir la plaie une énième fois", résume le propriétaire du magasin, Joseph Abdallah, contacté par l'AFP.

- "Je n'ai pas été détruit" -

"Nous n'avons pas l'autorisation de parler", glisse de son côté le directeur, sortant la tête de son bureau situé au fond de la supérette.

Pour les clients aussi, "il est temps de passer à autre chose".

Marie-Sarah, 43 ans, de confession juive, sa petite fille à la main, quitte le magasin, pressée. "La première année ça été compliquée de revenir faire ses courses. Ensuite cela été symbolique, mais maintenant c'est redevenu la routine", explique cette cliente historique de l'Hyper Cacher.

Derrière elles, Naomi, 26 ans, fait ses courses pour le réveillon du jour de l'An. "Tout le monde a repris ses habitudes, il n'est plus question de ressasser cet épisode dramatique", lance la jeune femme qui habite le quartier depuis sa naissance et a été suivie psychologiquement après l'attentat, jusqu'à l'année dernière.

L'attaque, Cédric, 22 ans, kippa sur la tête, y a toutefois "pensé en rentrant". "Ce sera toujours douloureux", témoigne cet ami d'un fils d'une des victimes.

Alain Couanon, 73 ans, otage le 9 janvier, assure ne pas avoir été "détruit". "Je suis resté le même avant et après la prise d'otages, cela ne m'a pas laissé de traces", raconte très calmement cet ancien diplomate, qui travaillait à l'époque dans le quartier.

"Ma carrière professionnelle et mon âge ont beaucoup joué, je crois que j'ai une grande carapace car j'ai connu des expériences plus traumatisantes", ajoute ce Parisien, qui se rend, depuis, dans des lycées pour témoigner de l'évènement.

Cette attaque antisémite a été la plus meurtrière en France depuis plus de 30 ans, avec celle de l'école confessionnelle Ozar Hatorah de Toulouse le 19 mars 2012 au cours de laquelle furent tués par Mohammed Merah un professeur de religion, ses deux fils et une petite fille.