"Je ne peux pas abandonner": retenu en Indonésie, ce Français se bat pour retrouver sa fille

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Jérémie Ducrot est retenu en Indonésie depuis plus de deux mois où il était pour tenter de retrouver sa fille. - DR
Jérémie Ducrot est retenu en Indonésie depuis plus de deux mois où il était pour tenter de retrouver sa fille. - DR

"Les contacts se sont interrompus, nets, sans explication." Jérémie Ducrot dit être sans nouvelle de sa petite fille, aujourd'hui âgée de 7 ans, depuis plus de deux ans. Sa mère, d'origine indonésienne, l'a ramenée dans son pays à l'occasion de vacances, avant de couper tout contact avec son mari. Ce dernier a multiplié les démarches en France puis sur l'île avant d'y être placé en rétention. Il y est toujours assigné à résidence.

Jérémie Ducrot rencontre celle qui deviendra son épouse en Indonésie en 2014, alors qu'il travaille sur l'île de Bali. Le couple se marie religieusement sur place. Elodie, leur petite fille, naît en Indonésie. La famille s'installe en France, dans le Vaucluse. "Ils ont vécu chez moi, tout se passait bien", confirme à BFMTV.com Danielle, la mère de Jérémie Ducrot. "Il nous arrivait de nous disputer pour le choix de la couleur de la peinture dans la cuisine, mais comme tout les couples", raconte, amer, le chef-cuisinier.

Des vacances en Indonésie

En septembre 2019, Elodie et sa mère s'envolent pour l'Indonésie, avec la bénédiction de Jérémie Ducrot. Chaque année, il organisait des vacances pour sa fille puisse se rendre auprès de la famille de sa mère. Retenu pour raisons professionnelles, il doit les rejoindre plus tard. Les premiers jours, le père reçoit des nouvelles de son enfant, le couple communique. Puis au mois d'octobre, silence. "J'ai immédiatement appelé l'ambassade pour signaler une disparition inquiétante", explique Jérémie Ducrot.

Rapidement, le père se rend compte qu'il ne s'agit pas d'une disparition mais que la mère, sous l'influence de sa famille, a coupé volontairement toute relation avec lui. "J'en veux plus à mon beau-frère, qui est aussi l'avocat de mon ex-femme, qu'à cette dernière, car sans jugement il a décidé de couper les liens entre une fille et son papa", s'agace Jérémie Ducrot. Rapidement, il découvre que son ex-femme a lancé une procédure de divorce.

"Mais je n'ai jamais reçu de convocation, donc sans convocation, un divorce ne peut être prononcé", affirme-t-il, citant l'article de loi indonésien.

Une plainte en France

La loi, le code de procédure pénale ou encore les conventions internationales, Jérémie Ducrot les énumère sans difficulté. Il mène un combat judiciaire à la fois en France et en Indonésie pour récupérer sa petite fille - dont il n'a aucune nouvelle - qui a la double nationalité. En France, il a engagé une procédure pour "enlèvement" et "soustraction de mineur". Après une première plainte classée sans suite, il en a redéposé une nouvelle à la fin 2020. Un obstacle surmonté parmi d'autres alors que le père assure s'être entendu dire "qu'il était plus facile de rapatrier un cadavre qu'un enfant".

Une audience devait avoir lieu ce mardi au tribunal de Carpentras. Mais cette dernière a été annulée: il manque à la procédure un document confirmant que l'ex-épouse a bien été avisée de sa convocation. Sans ce document, le tribunal ne peut siéger et statuer sur ce dossier. "Cette situation dure depuis deux ans, on se heurte à l'incompréhension de la justice", se désole Danielle, la mère de Jérémie Ducrot. "Cette audience aurait permis de faire avancer la situation", croit-elle. D'autant que c'est la seule démarche possible à entreprendre sur le territoire français, l'Indonésie n'étant pas signataire de la Convention de La Haye, qui permet la protection des enfants dans des situations transfrontalières.

"Nous n'allons pas attendre pour relancer cette citation dans un délai raisonnable", assure l'avocat de Jérémie Ducrot, Me Biscarrat.

Une audience porteuse d'espoir pour Jérémie Ducrot qui est retenu en Indonésie depuis plus de deux mois. "J'ai reçu un soutien moral des autorités, des courriers, mais pas de soutien concret, en l'absence d'aide en France et en Indonésie, l'idée a germé de me rendre directement en Indonésie pour retrouver ma fille, poursuit-il. L'enquête, je l'ai fait tout seul." Empêché par la pandémie de voyager pendant de longs mois, Jérémie Ducrot fournit aux autorités tous les documents nécessaires à l'obtention d'un visa, il paie les frais associés à cette demande et obtient le précieux sésame.

"Tout le monde s'en fiche"

Il passe sa quarantaine à Jakarta, la capitale. De là, il fait des recherches, fait appel à un détective privé, puis se rend sur l'île de Java dans la capitale de Samarang, où la trace de sa fille a été trouvée pour la dernière fois. Sur place, il se rend au bureau d'immigration de la province, comme le veut la règle. C'est là qu'il va être arrêté: les autorités estiment que son visa n'est pas la valide. La cause: Jérémie Ducrot a indiqué qu'il était toujours marié à son épouse, qui a fait une demande de divorce qui n'a pourtant jamais été homologuée par un juge.

Aujourd'hui, le quadragénaire est assigné à résidence, après avoir passé 54 jours en rétention administrative. Étant diabétique et insulino-dépendant, il a pu sortir en raison de son état de santé. Son passeport lui a été confisqué et il attend d'être jugé par les autorités indonésiennes.

"Ce jugement, je l'attends avec impatience, c'est le comportement d'un innocent", insiste Jérémie Ducrot qui déplore "être accusé d'être un papa qui essaie de protéger sa fille mais je ne peux pas abandonner." Jérémie Ducrot veut avant tout vérifier comment va sa fille dans un pays où la loi musulmane prévaut dans de nombreuses régions.

"Je me fais beaucoup de souci pour ma petite-fille et je ne peux que constater que mon fils est retenu là-bas", se désole Danielle qui doit en plus faire face à de nombreuses dépenses pour payer les frais d'hospitalisation puis désormais le loyer de son fils, empêché de travailler sur place en l'absence de visa.

"Tout le monde s'en fiche, les autorités se déchargent de notre histoire car elles considèrent que c'est une affaire privée", insiste, des sanglots dans la voix, la retraitée. Contacté, le Quai d'Orsay n'a pas répondu à nos sollicitations.

Article original publié sur BFMTV.com

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