"Si je ne jouis pas assez, c’est de la faute de ceux qui jouissent trop!"

Moussa Nabati
Râler au volant, un cas classique.

La plainte est l’expression d’une frustration, d’un manque, d’une imperfection, d’une carence. Elle est porteuse aussi d’une demande de réparation, d’une quête de reconnaissance et d’amour.

Elle se manifeste dans des situations diverses, avec des contenus variés, mais notamment des intensités inégales de souffrance: “rouspéter”, “râler”, comme on dit, contre le mauvais temps, les embouteillages ou les trains qui arrivent en retard (propos destinés d’ailleurs à engager la conversation), n’est pas de même nature et n’implique pas la même gravité douloureuse que se lamenter à propos d’une rupture sentimentale, d’un licenciement ou d’une maladie sévère, touchant soi-même ou son entourage.

La plainte est, au fond, révélatrice d’un décalage entre un idéal, ce que le sujet aurait souhaité vivre, être et avoir, et une réalité frustrante: le premier se trouve exalté et la seconde dégradée.

C’est ainsi l’écart, le tiraillement entre le fantasme d’une complétude harmonieuse rêvée et le refus d’une imperfection, réelle ou imaginaire, qui constitue le cœur des doléances.

Celles-ci, en fonction de leur origine se distinguent en deux catégories:

Les premières sont insufflées par l’enfant intérieur, le petit garçon ou la petite fille que chacun abrite au fond de lui.

Les secondes sont énoncées par la personne adulte, c’est-à-dire psychiquement autonome.

Dès lors, l’acuité de la plainte, l’expression à la fois d’un manque et de la demande de son comblement dépend de cette provenance, infantile ou adulte.

Lorsqu’elle émane de l’enfant intérieur, victime naguère de carence matricielle, elle revêt un caractère itératif, quasi permanent, voire addictif: le “râleur” a tendance, séquestré dans une vision négative et dramatisante, à se plaindre sans cesse, à critiquer un peu tout le monde, à relever chaque dysfonctionnement, souvent sans importance.

Il reproche aux autres, des substituts maternels au fond, leur manque d’amour, d’attention, de compréhension, de chaleur. Il se compare volontiers...

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