"Nous ne sommes pas des hors-la-loi": bras de fer entre la mairie de Cannes et Véran sur la vaccination des + de 50 ans

Salomé Vincendon
·5 min de lecture
Le maire de Cannes David Lisnard, le 8 avril 2020 à Cannes - VALERY HACHE / AFP
Le maire de Cannes David Lisnard, le 8 avril 2020 à Cannes - VALERY HACHE / AFP

"Cannes ouvre la vaccination aux plus de 50 ans (sans notion de comorbidité) en Pfizer et Moderna". Dans un communiqué jeudi après-midi, le maire LR de Cannes (Alpes-Maritimes), David Lisnard, annonçait l'ouverture de la vaccination dans sa ville à toutes les personnes âgées de plus de 50 ans, même celles ne présentant pas de comorbidités.

Une déclaration qui n'a pas plu au ministre de la Santé Olivier Véran, qui a assuré dès jeudi soir que cette initative locale n'aurait pas lieu. Mais David Lisnard signe, et persiste ce vendredi.

Cannes étend sa vaccination "pour ne pas perdre de doses"

"Vaccination ouverte aux Cannois de plus de 50 ans", avec les vaccins Pfizer et Moderna, peut-on lire sur le site de la municipalité de Cannes depuis jeudi. La mairie précise que "la programmation des rendez-vous pour la vaccination des 50 à 65 ans débute le 25 mars".

Un communiqué qui peut paraître étonnant, alors que la tranche des personnes pouvant se faire vacciner sans comorbidité en France est pour le moment limitée aux 70 ans et plus. Ils pourront obtenir un vaccin à partir de ce samedi.

Ce projet est porté par le maire de la ville, David Lisnard. Selon ses calculs, les prochaines arrivées de vaccins permettront de vacciner toute la population prioritaire, et pour ne pas perdre de doses, il ouvre par avance la possibilité à une autre tranche d'âge. "Jusqu’à fin avril, 5000 créneaux sont ouverts pour une première injection des vaccins Pfizer ou Moderna", écrit la mairie.

"La vaccination des 50 ans et plus sans comorbidités ne se fera pas à Cannes"

Mais cette décision a été sèchement retoquée par Olivier Véran lors de son allocution jeudi soir. Interrogé sur le sujet, il est resté ferme: "Je le dis, la vaccination des 50 ans et plus sans comorbidité ne se fera pas à Cannes, pas tant qu'elle n'aura pas été décidée au niveau national pour toute la population, et donc pas tant que nous n'aurons pas protégé la totalité des personnes âgées fragiles et vulnérables".

Il rejette les déclarations du maire, assurant être "certain" que "des personnes qui sont âgées de 85, de 90 ans, n'ont pas encore été vaccinées" dans la ville, et qu'elles "ne comprendront pas forcément que quelqu'un qui a 50 ans, qui est en très bonne santé, puissent avoir un rendez-vous", déclare-t-il.

De plus selon lui, David Lisnard n'a consulté ni l'Agence Régionale de Santé, ni le préfet, ni les soignants mobilisés pour vacciner, avant de faire ses déclarations.

Lisnard réaffirme l'ouverture de rendez-vous

Le maire de Cannes a très rapidement réagi, répondant sur Twitter, dans la foulée des déclarations du ministre: "Je suis étonné qu'[Olivier Véran] polémique et déjuge le Président qui demande de vacciner 'matin, midi et soir'. Donc, ayant terminé les autres publics, nous ouvrons la prise de rdv pour les +50 ans. Bon sens", réaffirme-t-il.

Le maire fait référence aux déclarations d'Emmanuel Macron qui, plus tôt cette semaine, avait appelé à une accélération de la vaccination en France. Il faut vacciner "matin, midi et soir" avait déclaré le président, parlant d'une "course de vitesse".

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"Je regrette cette attaque polémique et injuste du ministre de la Santé. De notre côté, nous voulons contribuer à gagner cette 'course contre la montre' et nous ne nous laisserons pas ralentir", écrit encore le maire dans un communiqué jeudi soir, cité par le quotidien Nice Matin. "Nous avons donc ouvert la prise de rendez-vous pour les plus de 50 ans, y compris sans signe de comorbidité, car nous avons enfin de la visibilité en termes de dotations".

"Les doses arrivent, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas vacciner les gens dans le territoire où la situation est critique", a ajouté ce vendredi sur RMC Dominique Aude-Lasset, directrice adjointe en charge de la Santé auprès de la mairie de Cannes, alors que le taux d'incidence est de 412 dans les Alpes-Maritimes, selon le dernier bilan de l'ARS. "Puisque l’on fait des confinements par départements, pourquoi est-ce que la vaccination ne pourrait pas suivre au même régime?", interroge-t-elle.

"Nous ne sommes pas des hors-la-loi à Cannes. Nous allons montrer ce que l’on fait. Nous allons leur réexpliquer que nous avons vacciné tous les 75 ans et plus", assure Dominique Aude-Lasset.

Olivier Véran reste sur ses positions

En déplacement à Clermont-Ferrand ce vendredi, Olivier Véran a répété qu'il n'était pas en accord avec la politique de David Lisnard. "Le maire de Cannes, comme l'ensemble des Français, doit se conformer aux lois - en l'occurrence nous parlons de règles qui ont été établies nationalement - de priorisation des publics les plus fragiles dans la vaccination".

Le ministre de la Santé a de nouveau assuré que des personnes faisant partie des publics prioritaires n'avaient pas été vaccinées: "J'ai regardé ce matin, à l'heure à laquelle je vous parle, il y a encore la moitié des personnes âgées de 70 ans et plus dans le département des Alpes-Maritimes qui n'ont pas encore reçu d'injection de vaccin", explique-t-il.

Il demande donc au maire de Cannes, plutôt qu'étendre les vaccinations à de nouvelles populations, de "mettre le paquet pour aller chercher toutes les personnes âgées fragiles qui dans l'ensemble du département, n'ont pas encore pu trouver de créneau de vaccination".

Article original publié sur BFMTV.com