Navalny: Les tensions montent d'un cran entre l'UE et la Russie

par Andrew Osborn et Robin Emmott
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NAVALNY: LES TENSIONS MONTENT D'UN CRAN ENTRE L'UE ET LA RUSSIE

par Andrew Osborn et Robin Emmott

MOSCOU (Reuters) - Les tensions entre l'Union européenne et la Russie à propos de l'affaire Navalny sont montées d'un cran vendredi, après l'expulsion par Moscou de diplomates suédois, allemand et polonais accusés d'avoir participé à des rassemblements de soutien illégaux en faveur de l'opposant au Kremlin.

Dans un communiqué, le ministère russe des Affaires étrangères a jugé inacceptables les actions de ces diplomates.

Les expulsions ont été annoncées peu de temps après un entretien à Moscou entre le porte-parole de la diplomatie européenne, Josep Borrell, et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

La chancelière allemande Angela Merkel a qualifié cette initiative d'injustifiée, qui éloigne à ses yeux la Russie de l'Etat de droit, tandis que la Pologne a convoqué l'ambassadeur de Russie à Varsovie.

A l'issue d'un conseil de défense franco-allemand, Angela Merkel n'a pas exclu de nouvelles sanctions contre la Russie tout en soulignant que l'Europe avait le "devoir diplomatique" de maintenir ouverts les canaux de communication avec Moscou.

L'Allemagne continue de soutenir "pour le moment" le projet de gazoduc Nord Stream 2, a-t-elle ajouté.

Emmanuel Macron a de son côté condamné ces expulsions "avec la plus grande fermeté".

Alexeï Navalny a été condamné mardi à trois ans et demi de prison pour violation des termes de sa liberté conditionnelle dans une affaire de détournement de fonds pour laquelle il a été condamné en 2014. Il avait été arrêté le 17 janvier dernier à son retour en Russie après avoir été soigné pendant près de cinq mois en Allemagne à la suite de son empoisonnement par un agent neurotoxique en août dernier. Le Kremlin dément avoir joué le moindre rôle dans cette affaire.

"L'UE, UN PARTENAIRE PEU FIABLE"

La Russie a annoncé les expulsions après que Josep Borrell a demandé la libération immédiate de l'opposant, durant une conférence de presse commune avec Sergueï Lavrov.

Ce dernier n'a pas répondu directement à la demande de Josep Borrell mais s'est plaint de ce qu'il a décrit comme des violations des droits de l'homme dans l'UE et a qualifié l'UE de partenaire peu fiable.

"J'ai fait part au ministre Lavrov de notre profonde inquiétude et de notre appel à la libération (d'Alexeï) Navalny et à l'ouverture d'une enquête sur son empoisonnement", a dit Josep Borrell lors de la conférence de presse.

"Au cours des dernières années, nos relations ont été marquées par des différences fondamentales et un manque de confiance," a-t-il ajouté.

Sergueï Lavrov a rétorqué qu'il appartenait à Bruxelles d'imposer des sanctions contre la Russie, mais que l'UE se comportait de plus en plus comme Washington dans son utilisation des sanctions unilatérales.

"Nous partageons l'opinion qu'une nouvelle détérioration des relations est lourde de conséquences négatives et hautement imprévisibles", a dit le chef de la diplomatie russe.

Alexeï Navalny a de nouveau comparu vendredi devant un tribunal, accusé de diffamation contre un ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale qui avait participé à une vidéo en faveur de la politique de Vladimir Poutine.

À l'époque, l'opposant avait décrit les personnes présentes dans la vidéo comme des traîtres et des laquais. Il nie l'accusation de diffamation.

L'ancien combattant a demandé à Navalny de s'excuser publiquement. La prochaine audience aura lieu le 12 février.

(Andrew Osborn à Moscou, Robin Emmott à Bruxelles, avec la rédaction de Berlin, version française Kate Entringer et Jean-Stéphane Brosse)