Navalny: le Kremlin minimise la portée des manifestations, accuse Washington

S. V.
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Des affrontements opposent des manifestants soutenant l'opposant russe Alexeï Navalny à la police dans la ville de Vladivostok le 23 janvier 2021  - Pavel KOROLYOV © 2019 AFP
Des affrontements opposent des manifestants soutenant l'opposant russe Alexeï Navalny à la police dans la ville de Vladivostok le 23 janvier 2021 - Pavel KOROLYOV © 2019 AFP

Le Kremlin a accusé dimanche les États-Unis d'"ingérence" dans les affaires intérieures russes, tout en minimisant la portée des manifestations en soutien à l'opposant emprisonné Alexeï Navalny, qui ont réuni la veille des dizaines de milliers de personnes à travers la Russie.

Près de 3500 manifestants au total ont été arrêtés lors de ces rassemblements qui ont eu lieu samedi dans des dizaines de villes russes, de Moscou à Vladivostok, en Extrême-Orient russe - une échelle sans précédent ces dernières années -, selon l'ONG OVD-Info, spécialisée dans le suivi des manifestations de protestation.

Une "marche contre le Kremlin"

Des dizaines de milliers de personnes à travers la Russie scandant "Navalny, on est avec toi!", "Liberté pour les prisonniers politiques!" sont descendues dans la rue à l'appel de cet ennemi juré du Kremlin pour exiger sa libération. Ces manifestations non autorisées ont donné lieu à des arrestations, parfois brutales, et des affrontements entre les protestataires et la police.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a de son côté minimisé la portée des manifestations. "Peu de gens sont sortis, beaucoup de gens votent pour (le président russe Vladimir) Poutine", réélu avec plus de 76% des voix en 2018, a-t-il souligné, en dénonçant une tentative d'"ébranler la situation" dans le pays.

Il a ainsi critiqué la représentation diplomatique américaine qui avait appelé sur son site les Américains à ne pas se rendre à ces rassemblements samedi, tout en précisant les lieux où ils se déroulaient. Un geste, déjà interprété par la diplomatie russe comme une tentative de promouvoir une "marche contre le Kremlin", que Dmitri Peskov a qualifié dimanche d'"ingérence absolue dans nos affaires intérieures".

Les États-Unis avaient condamné "fermement l'emploi de méthodes brutales contre les manifestants et les journalistes" lors des manifestations de samedi. L'Union européenne a également condamné la répression des manifestations en Russie, alors qu'Amnesty International a accusé la police d'avoir "battu sans discernement et arrêté arbitrairement" des manifestants.

Enquête sur des violences envers la police

Pour sa part, le Comité d'enquête russe, chargé des principales investigations criminelles dans le pays, a annoncé samedi soir l'ouverture d'une enquête sur un recours à des violences contre les forces de l'ordre et hooliganisme lors des manifestations pro-Navalny. Le parquet de Saint-Pétersbourg a indiqué lui enquêter non seulement sur des violences envers la police, mais aussi sur celles "de la part des forces chargées de faire respecter la loi".

Placé en détention provisoire et visé par plusieurs procédures judiciaires, Alexeï Navalny, 44 ans, a été appréhendé le 17 janvier, dès son retour d'Allemagne, après cinq mois de convalescence à la suite d'un empoisonnement présumé dont il accuse le Kremlin. Son appel à manifester a été accompagné d'une enquête vidéo, visionnée plus de 70 millions de fois depuis mardi sur YouTube, dans laquelle il accuse Vladimir Poutine de s'être fait bâtir pour un milliard d'euros une fastueuse demeure privée au bord de la mer Noire.

Les autorités rejettent l'ensemble des accusations d'empoisonnement et de corruption.

Article original publié sur BFMTV.com