Naufrage du Bugaled Breizh: la justice britannique tente de faire la lumière

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En 2004, le Bugaled Breizh sombrait en quelques secondes au large de l'Angleterre. La justice britannique tentera à partir de ce lundi 4 octobre de faire la lumière sur le naufrage de ce chalutier français qui avait tué cinq marins.

Pendant trois semaines d'audiences prévues jusqu'au 22 octobre, la Haute Cour de Londres entendra une quarantaine de témoignages - marins, secouristes, experts maritimes, militaires - pour tenter d'expliquer les circonstances de ce drame.

Les familles des victimes sont également invitées à s'exprimer à l'ouverture. Depuis le début, elles estiment que le chalutier a été croché par un sous-marin. Une hypothèse qui n'a jamais pu être confirmée malgré des années d'enquête non concluante par la justice française.

Le 15 janvier 2004, le Bugaled Breizh (« Enfants de Bretagne » en breton), un chalutier de Loctudy dans le Finistère, avait sombré en moins d'une minute dans des conditions météorologiques plutôt bonnes, au large des Cornouailles, au sud-ouest de l'Angleterre. Les cinq marins français qui se trouvaient à bord avaient été emportés par le fond.

Le bateau a coulé dans une zone où se déroulaient des exercices militaires internationaux, avec notamment des sous-marins.

Seuls les corps de Patrick Gloaguen, Yves Gloaguen et Pascal Le Floch ont été retrouvés. Le premier dans l'épave lors de son renflouement, les deux autres dans les eaux territoriales britanniques. C'est justement sur la mort de ces deux derniers que se concentre l'enquête britannique. Georges Lemétayer et Eric Guillamet ont été portés disparus en mer.

« Grand espoir »

Près de 18 ans après le drame et une très longue procédure judiciaire française qui n'a pas permis de l'élucider, les familles attendent beaucoup de cette enquête et espèrent voir enfin aboutir leur combat pour obtenir la vérité. L'objectif de la procédure est cependant d'éclaircir les causes des décès, sans toutefois prononcer de condamnations.

« C'est un très grand espoir, a confié à l'AFP Dominique Tricaud, avocat des enfants de Georges Lemétayer. Les familles pensent que le [sous-marin britannique] Turbulent est responsable du naufrage et attendent que le procès le démontre. Elles n'ont aucun esprit de vengeance, mais ne peuvent construire leur deuil sur un mensonge d'État. »

À Londres, aussi bien le ministère de la Défense que la Royal Navy ont démenti toute implication de la part d'un sous-marin britannique. Un témoignage très attendu sera celui, le 12 octobre, de l'ancien commandant du HMS Turbulent, Andrew Coles, sur la position du bâtiment le jour fatal. Le même jour, un officier du sous-marin néerlandais Dolfijn, vu à proximité le jour du naufrage, sera également entendu.

S'assurer de la présence du Turbulent

Pour Gaspard de Monclin, avocat des familles d’Yves Gloaguen et Pascal Le Floch, ce témoignage d'Andrew Coles pourrait « avoir un impact considérable sur le fond », dit-il, cité par le quotidien régional Ouest France.

La justice anglaise n’était pas convaincue par la thèse d’une croche par un sous-marin, adhérant plutôt à celle d'un accident de pêche, soutenue par le Bureau français d'enquêtes sur les événements de mer (BEAmer), qui a conduit à un non-lieu en France en juin 2016.

Mais, au fil des audiences, le juge anglais s’est laissé convaincre par les documents produits par la défense. Documents qui l’ont incité non seulement à réclamer le témoignage de Cole, mais aussi de demander qu’on rende public les images satellites du port de Davenport, le 15 janvier 2004, pour s’assurer de la présence ou non du Turbulent.

À lire aussi : La justice française referme le dossier du naufrage du Bugaled Breizh

« Secret défense »

Le lendemain du drame, un exercice de l'Otan, impliquant les marines de plusieurs pays, devait se tenir non loin de la zone du naufrage. Cependant, sans une levée du « secret défense » entourant ces manœuvres, impossible de valider ou d'infirmer cette piste.

En Angleterre, une procédure avait été lancée devant la justice britannique, à Truro, en Cornouailles, en raison des deux corps ayant été repêchés par les Anglais. Elle avait été ajournée en 2020 en raison notamment de la pandémie, avant d'être transférée à Londres.

Lors d'une audience en mars, le juge chargé de l'affaire, Nigel Lickley, avait assuré qu'il mènerait une « enquête complète, rigoureuse et juste ». Il avait aussi indiqué que selon le ministère britannique de la Défense, « aucun sous-marin non-allié » ne se trouvait dans la zone lors du naufrage.

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