Mission Artémis : le décollage de la fusée vers la Lune de nouveau reporté

© Chris O'Meara, AP

La Nasa a annoncé, samedi, un nouveau report du décollage de la fusée vers la Lune à cause d'une fuite de carburant détectée à quelques heures du décollage de la mission. Une nouvelle date de lancement est à déterminer.

Le décollage de la nouvelle méga-fusée de la Nasa vers la Lune a de nouveau été annulé, samedi 3 septembre, au dernier moment, pour la deuxième fois en moins d'une semaine, faisant subir un nouveau retard au lancement du programme américain Artémis, qui doit permettre aux humains de retourner sur cet astre.

La Nasa ne retentera pas de lancement dans les jours qui viennent, a déclaré plus tard un responsable, sans annoncer de nouvelle date pour le moment.

La période de tir qui se termine mardi "n'est plus sur la table", a déclaré lors d'une conférence de presse Jim Free, administrateur associé à la Nasa.

Cinquante ans après la dernière mission Apollo, ce nouveau programme phare doit permettre d'établir une présence humaine durable sur la Lune, permettant ensuite de s'en servir comme tremplin vers Mars.

Le lancement de la première mission test Artémis 1, sans astronaute à bord, était initialement prévu à 14 h 17 heure locale (18 h 17 GMT), avec une fenêtre de tir de deux heures, depuis le centre spatial Kennedy, en Floride.

Mais les équipes de la Nasa ont échoué à résoudre un problème de fuite de carburant, qui s'est déclenché au moment des opérations de remplissage des réservoirs de la fusée. Peu après 11 h, la directrice de lancement, Charlie Blackwell-Thompson, a pris la décision d'annuler.

"L'annulation est absolument la bonne décision", a réagi auprès de journalistes l'astronaute Victor Glover, présent sur place. Avec ces tests à répétition, qui permettent de mieux comprendre ce nouveau véhicule, "la confiance des gens devrait augmenter, pas baisser", a-t-il soutenu.

Hydrogène inflammable

La Nasa va devoir analyser tous les paramètres avant de se prononcer sur une nouvelle date. Elle avait préalablement indiqué qu'après mardi, la fusée devrait quoiqu'il arrive retourner dans son bâtiment d'assemblage, afin de subir des tests devant être réalisés périodiquement. Une opération chronophage.

"Ils vont évaluer s'il y a encore une possibilité maintenant", a déclaré le patron de la Nasa, Bill Nelson, sur la retransmission vidéo de l'agence. Sinon, "ce sera un décollage en Octobre", a-t-il dit, précisant qu'il s'agirait plutôt de la mi-octobre, car un équipage doit s'envoler au début du mois pour la Station spatiale internationale.

La fusée orange et blanche SLS, qui aurait dû connaître son baptême de l'air samedi, est en développement depuis plus d'une décennie, pour devenir la plus puissante du monde.

Peu avant 6 h heure locale, le feu vert avait été donné pour commencer le remplissage des réservoirs de la fusée avec son carburant cryogénique - hydrogène et oxygène liquides ultra-froids.

Mais vers 7 h 15, une fuite a été détectée au pied de la fusée, au niveau du tuyau par lequel passe l'hydrogène liquide, hautement inflammable, jusqu'au réservoir. Malgré plusieurs tentatives, elle n'a pas pu être réparée.

Lundi, lors d'une première tentative, le lancement avait également été annulé au dernier moment à cause de problèmes techniques, dont une fuite similaire qui avait elle pu être surmontée.

Six semaines dans l'espace

Artémis 1 doit permettre de vérifier que la capsule Orion, au sommet de la fusée, est sûre pour transporter à l'avenir des astronautes.

Grâce à ce nouveau vaisseau, l'agence spatiale américaine entend renouer avec l'exploration humaine lointaine, la Lune étant 1 000 fois plus éloignée que la Station spatiale internationale.

Le voyage doit durer environ six semaines au total. Orion s'aventurera jusqu'à 64 000 kilomètres derrière la Lune, soit plus loin que tout autre vaisseau habitable jusqu'ici.

L'objectif principal d'Artémis 1 est de tester le bouclier thermique de la capsule, le plus grand jamais construit. A son retour dans l'atmosphère terrestre, il devra supporter une vitesse de 40 000 km/h et une température moitié aussi chaude que celle de la surface du Soleil.

Au total, le vaisseau doit parcourir quelque 2,1 millions de kilomètres jusqu'à son amerrissage dans l'océan Pacifique.

Alunissage en 2025

Le succès complet de la mission serait un soulagement pour la Nasa, qui tablait à l'origine sur un premier lancement en 2017 pour SLS, et aura investi d'ici fin 2025 plus de 90 milliards de dollars dans son nouveau programme lunaire, selon un audit public.

Le nom Artémis a été choisi d'après une figure féminine, la sœur jumelle du dieu grec Apollon -- en écho au programme Apollo, qui n'a envoyé sur la surface lunaire que des hommes blancs, entre 1969 et 1972.

Cette fois, la Nasa souhaite permettre à la première personne de couleur et la première femme de marcher sur la Lune.

La prochaine mission, Artémis 2, emportera en 2024 des astronautes jusqu'à la Lune, sans y atterrir. Cet honneur sera réservé à l'équipage d'Artémis 3, en 2025 au plus tôt. La Nasa souhaite ensuite lancer environ une mission par an.

Il s'agira alors de construire une station spatiale en orbite lunaire, baptisée Gateway, et une base sur la surface de la Lune.

Là, la Nasa veut tester les technologies nécessaires à l'envoi de premiers humains pour un aller-retour vers Mars. Un tel voyage, qui durerait plusieurs années, pourrait être tenté vers la fin de la décennie 2030.

Avec AFP