Narcotrafic: le Mexique vote une loi entravant le travail de la DEA

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Le Mexique vient de voter discrètement une loi qui pourrait avoir d’importantes répercussions sur la lutte internationale contre le narcotrafic. Sous couvert d’une nécessaire révision des prérogatives des agents des forces de l'ordre étrangères au Mexique, la loi entrave drastiquement leur travail, dénoncent les experts à l’unisson.

Avec notre correspondante à Mexico, Alix Hardy

Le texte affecte en particulier le travail de la DEA, l’agence anti-drogues américaine qui a 50 agents au Mexique. Il prévoit que les agents étrangers devront transmettre les renseignements récoltés à un panel d’autorités mexicaines. Tout fonctionnaire mexicain devra rédiger un rapport après chaque contact avec un agent étranger. Intenable, avertit l’ex-agent de la DEA Mike Vigil : « Cela n’arrivera pas. Dans le passé nous avons transmis des informations qui ont été filtrées aux cartels. Et cela met en danger nos informateurs et nos enquêtes. D’autre part je peux garantir que les fonctionnaires mexicains cesseront de prendre les appels de la DEA car ils ne veulent pas remplir de rapport à chaque fois. Tout cela va limiter les échanges d’informations. »

Mettre sous pression la future administration Biden

Les experts sont unanimes : le grand perdant d’une baisse de la coopération, c’est le Mexique, qui reçoit plus de renseignements des Américains qu’il n’en fournit. Pour l’experte en sécurité Vanda Felbab-Brown, la loi, passée pendant la transition électorale américaine, est avant tout politique. « Lopez Obrador essaie de se créer un moyen de pression pour négocier avec l’administration Biden. Il trouvait sa relation avec Trump finalement très confortable : tant que le Mexique acceptait d’avoir une politique dissuasive envers les migrants, les États-Unis choisissaient d’ignorer et de ne pas interférer sur tout un ensemble d’autres sujets mexicains. »

La loi a été votée en réaction à l’arrestation aux États-Unis d’un ancien ministre de la Défense mexicain pour trafic de drogues. Le Mexique, blessé dans sa souveraineté de n’avoir été mis au courant ni de l’arrestation ni de l’enquête, a fait pression pour que les poursuites américaines contre le général soient abandonnées et qu’il soit renvoyé au Mexique. Une concession inédite qu’il a obtenue. Cette loi, que le président doit encore promulguer, montre que le Mexique a décidé d’insister sur l’ampleur de son désaccord face à ces méthodes.

Contrairement à Donald Trump, Joe Biden pourrait être beaucoup plus regardant, notamment sur la politique environnementale inexistante au Mexique et la lutte contre la corruption qui patine.

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