Napoléon: la thèse de son empoisonnement à l'arsenic a du plomb dans l'aile

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La théorie de la mort de Napoléon par empoisonnement à l'arsenic a fait couler beaucoup d'encre mais elle est, 200 ans après, écartée par scientifiques et historiens, qui valident la thèse officielle de l'ulcère de l'estomac devenu cancéreux.

"On a du mal à se résoudre que Napoléon est mort dans son lit", sans intervention extérieure. "On préférerait" que le grand homme "ait été empoisonné, voire que son corps ait été substitué", dit l'historien Pierre Branda, auteur de "Napoléon à Sainte-Hélène" (Perrin).

Le 5 mai 1821, à 17H49 Napoléon Bonaparte s'éteint à 51 ans à Sainte-Hélène. "Cancer de l'estomac", rédige dans son communiqué le gouverneur de l'île-prison, Sir Hudson Lowe, après son autopsie.

Son père Charles et l'une de ses soeurs, Elisa, sont d'ailleurs morts de la même maladie.

Au début des années 1960, l'analyse de cheveux attribués à l'Empereur déchu va lancer "l'affaire Napoléon". On y retrouve de l'arsenic et un docteur britannique affirme, selon une dépêche AFP de novembre 1964, qu'il a été "soumis à un lent empoisonnement à l'arsenic" pendant sa captivité et que, "dans la dernière année, on lui fit prendre 40 fois du poison".

Toute sa vie, Napoléon a eu la hantise d'être empoisonné. Mais la réalité de cet empoisonnement est une "idée absurde", selon l'historien Jean Tulard, grand spécialiste de Napoléon Bonaparte. "Sauf à dire que cet empoisonnement avait commencé... dès 1805, puisque déjà à cette époque, ses cheveux contenaient de l'arsenic".

M. Tulard rappelle aussi que les cheveux de plusieurs membres de la famille de Napoléon présentaient une certaine teneur en arsenic.

Les expertises et contre-expertises vont se succéder pendant des décennies. "On a régulièrement des offensives des empoisonnistes", s'amuse Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon.

Des chercheurs suisses et américains assurent toutefois en 2007 que l'Empereur serait bel et bien décédé d'un cancer de l'estomac, probablement dû à une infection bactérienne.

Lors de l'autopsie, il présentait un ulcère perforé et, dans les derniers jours de sa vie, l'hémorragie était devenue massive. Or ses médecins n'avaient rien trouvé de mieux que de lui administrer du mercure, qui accentue... les hémorragies.

"Disons qu'ils ont raccourci sa vie de quelques jours", tranche l'historien Pierre Branda. L'Empereur meurt d'ailleurs dans d'atroces souffrances, notent les témoins.

Autre théorie qui continue à circuler, la personne reposant depuis 1840 dans le tombeau en quartzite des Invalides, à Paris, ne serait pas Napoléon mais... son maître d'hôtel, corse comme lui. Des historiens amateurs affirment que le vrai corps de l'Empereur déchu serait caché au sous-sol de l'abbaye de Westminster à Londres...

"C'est une farce. Tout cela relève du complotisme", dit Pierre Branda.

En 2002, le ministère de la Défense a refusé que le corps conservé dans ce mausolée fasse l'objet d'une analyse ADN.

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