Nantes: l'étonnant musée Dobrée veut "susciter la curiosité" après 12 ans de fermeture

Des objets amérindiens exposés au musée Dobree à Nantes, le 15 mai 2024 en Loire-Atlantique (Sebastien SALOM-GOMIS)
Des objets amérindiens exposés au musée Dobree à Nantes, le 15 mai 2024 en Loire-Atlantique (Sebastien SALOM-GOMIS)

Un musée d'archéologie ? D'histoire ? Des beaux-arts ? Les trois à la fois. Le musée Dobrée, à Nantes, rouvre ses portes samedi après douze ans de fermeture, entièrement rénové et repensé autour des foisonnantes et curieuses collections qui ont fait sa réputation.

Le musée présente dans son exposition permanente 2.400 des 130.000 objets qui composent ses collections, jalonnant 500.000 ans d'histoire à travers cinq continents.

"Les collections sont éclectiques, chaque étage du musée possède sa propre identité. Notre seul parti pris, c'est ce parcours chronologique qui permet au visiteur de se repérer dans le temps", explique à l'AFP Virginie Dupuy, conservatrice des collections.

Lames en silex datées de 20.000 ans avant notre ère, couverture de momie égyptienne en bois peint, pièces de monnaie gauloises, épées médiévales en fer, statuettes précolombiennes, peintures Renaissance, bijoux et céramiques d'époques diverses... Alliant toutes sortes d'objets, de lieux et d'époques, le musée a été pensé pour susciter la curiosité.

Sa pièce la plus célèbre: l'écrin funéraire du coeur d'Anne de Bretagne. Fait d'or, d'émail et de bois, surplombé d'une couronne, l'étui avait été fabriqué en 1514 à la demande de la reine pour que son coeur repose près de la sépulture de ses parents, à Nantes, lorsque son corps rejoindrait la nécropole royale de Saint-Denis.

Sauvé de la fonte à la Révolution, disparu puis retrouvé, l'écrin conservé depuis plus d'un siècle au musée Dobrée avait été volé en avril 2018 avant d'être déterré par les enquêteurs quelques jours plus tard dans les environs de Saint-Nazaire.

Le coeur, lui, s'est depuis longtemps liquéfié.

- Musée de collectionneurs -

Le musée se veut "accessible et pédagogique", les visiteurs sont encouragés à "élaborer leur propre voyage parmi les oeuvres", explique Julie Pellegrin, la directrice du musée.

"Les collections s'adressent aux savants, aux experts, aux amoureux des beaux-arts mais surtout à ceux qui n'osent pas toujours passer les portes des musées. Tout le monde y trouvera un intérêt", souligne Michel Ménard, président PS du conseil départemental de Loire-Atlantique. Le département a investi 50 millions d'euros dans la rénovation.

L'histoire de ce musée emblématique de Nantes commence au 19e siècle, lorsque Thomas Dobrée, fils d'un armateur et collectionneur averti acquiert un manoir du 15e siècle, face auquel il fait construire un vaste bâtiment en briques d'architecture anglo-normande. A sa mort, il lègue l'ensemble au département.

Le musée ouvrira peu après, en 1899, alliant la collection personnelle de Thomas Dobrée à celle issue d'un don de la société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Inférieure (ancien nom du département).

Tout au long de la visite, ce musée de collectionneurs met à l'honneur ceux et celles qui ont contribué à l'enrichir au fil des décennies, en assemblant puis léguant toutes sortes d'oeuvres et d'objets.

Fermé depuis douze ans, le musée a connu en vue de sa rénovation retards et rebondissements, face notamment à des recours de riverains contre certains travaux.

Le musée, inauguré officiellement vendredi, doit ouvrir au grand public le 18 mai.

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