Nanterre: un détenu accuse ses surveillants d'agression, une enquête ouverte

La Maison d'arrêt des Haut de Seine à Nanterre, le 25 avril 2014 - Thomas SAMSON © 2019 AFP
La Maison d'arrêt des Haut de Seine à Nanterre, le 25 avril 2014 - Thomas SAMSON © 2019 AFP

Un détenu de la maison d'arrêt de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, dit avoir été agressé le 31 décembre par des surveillants.

Le parquet de Nanterre a ouvert mercredi une enquête pour "violences aggravées" après une remontée d'informations faisant état de l'agression d'un détenu par deux surveillants à la prison de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, a appris BFMTV.com de source proche du dossier. Mickaël, détenu de 36 ans, incarcéré depuis deux ans en attente de son procès pour violences intra-familiales, a déposé plainte ce vendredi.

Dans cette affaire, deux versions s'opposent. Les faits remontent à la soirée du 31 décembre dernier. Selon le récit de Mickaël, deux surveillants, qui intervenaient pour un départ de feu dans le bâtiment où le trentenaire est détenu sont "brutalement intervenus" dans sa cellule et ont sorti les deux hommes qui l'occupent. L'un des deux agents a accusé Mickaël d'être à l'origine de l'odeur de brûlé et de l'ensemble des départs de feu dans ce bâtiment. Ce qu'a nié le détenu, l'invitant à vérifier les images de vidéosurveillance.

"Alcoolisés"

Le surveillant, "alcoolisé" selon le détenu, a commencé à le frapper. Rejoint par un second agent, les deux l'ont tabassé avant de l'emmener dans les douches pour le rouer de coups. Le détenu décrit alors une scène particulièrement humiliante alors qu'il a été dénudé. Il dit ensuite avoir été ramené dans sa cellule, en partie rhabillé, des marques de coups au visage et la bouche saignant légèrement. Une version confirmée par le co-détenu.

Dans leur compte-rendu transmis à l'administration, les deux surveillants appartenant à l'équipe de nuit évoquent bien un départ de feu dans le bâtiment où sont détenues deux personnes avec un gros dégagement de fumée. Comme cela se fait habituellement en cas d'incendie, ils disent avoir emmené les deux détenus dans les douches.

Aucun rapport d'incident

Les deux surveillants n'expliquent toutefois pas les traces de coups repérés le lendemain par l'avocat du détenu. Mickaël a été examiné par un médecin à la maison darrêt le 2 janvier. Selon son rapport, le détenu présente un "hématome frontal avec tuméfaction, un oedème frontal, un traumatisme nasal" et plusieurs hématomes et contusions notamment au bras gauche. Une consultation psychologique lui a d'ailleurs été prescrite au regard du traumatisme dont il souffre.

Un signalement a été fait à la direction de l'établissement. Signalement qui a conduit à l'ouverture d'une enquête administrative en interne et de l'enquête judiciaire par le parquet de Nanterre. Des auditions vont être menées, ainsi que des constatations médicales et l'analyse des images des caméras de vidéosurveillance de l'établissement pénitentiaire.

"La priorité est la saisie des images de vidéosurveillance qui seront déterminantes", dit son avocat Me Yassine Yacouti, a déclaré l'avocat du détenu, Me Yassine Yacouti, à BFMTV.com.

Au sein de la maison d'arrêt règne une certaine gêne face à cette histoire. En cause notamment, le fait qu'aucun rapport d'incident sur un éventuel départ de feu n'a été réalisé le soir des faits, comme c'est l'obligation. Le compte-rendu des deux surveillants a en effet été écrit a posteriori, une fois que le signalement a été fait auprès de la direction. De son côté, l'administration pénitentiaire se contente de citer l'enquête en cours en assurant que cette dernière "fera la lumière sur les faits".

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO- Éric Dupond-Moretti annonce vouloir "réorganiser" et "moderniser" le code de procédure pénale