«Je n'ai plus de travail»: les Irakiens désemparés face à la crise du Covid-19

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Outre les victimes directes de la pandémie en Irak, qui a fait plus de 3 000 morts pour 75 000 cas, des milliers de personnes se retrouvent aujourd’hui sans emploi et sans salaire à cause du Covid-19. Le taux de pauvreté pourrait doubler d’ici la fin d’année, alerte la Banque mondiale.

Les travailleurs irakiens, qu’ils soient issus du secteur public ou privé, sont inquiets pour leur avenir, rapporte notre correspondante en Irak, Lucile Wassermann. D’une part, le nombre d’infections au Covid-19 ne cesse d’augmenter de façon inquiétante. En juin, les cas ont bondi de près de 600% selon l’ONG International Rescue Comittee. Et d’autre part, ils doivent faire face à la plus grave crise économique de l’histoire du pays.

« Nous ne recevons aucune aide face à la crise »

« Je n’ai plus de travail. Le propriétaire des locaux me demande de payer mon loyer dans son intégralité, mais je n’ai plus d’argent ! C’est injuste. Ça a beaucoup affecté ma vie », témoigne Mohammed, 29 ans, qui vit avec sa femme et ses deux enfants à l’est de Bagdad. Depuis début mars, le rideau de fer de sa petite agence de voyage, installée aux abords de la place Tahrir, en plein centre de la capitale, est resté baissé.

Désemparé face à la situation, il se retrouve, comme des milliers d’Irakiens, à devoir dépenser toutes ses économies pour faire face à crise du Covid-19. Sans aide des autorités. « La plupart des gouvernements dans le monde soutiennent les petites et moyennes entreprises mais ici, nous ne recevons aucune aide face à la crise. Surtout pas dans le secteur privé où nous sommes directement affectés », regrette-t-il.

Si les fonctionnaires irakiens continuent, eux, de percevoir leur salaire, le secteur public est aujourd’hui également menacé. La baisse drastique des revenus du pays ne permet plus de payer les salaires et pensions, qui représentent 45% des dépenses publiques. « J’ai peur que le gouvernement réduise les salaires. Ça va affecter ma vie, ma famille. Déjà aujourd’hui, le gouvernement a 45 jours de retard dans le versement de mon salaire », craint Saif, un employé du ministère de la Planification de 32 ans.

Diversifier l'économie devient une urgence

À cause de la pandémie, le taux de pauvreté en Irak a grimpé de 22% à 34%, selon le ministère des Affaires sociales. De nombreux irakiens redoutent de futures mesures d’austérité. Pour faire face à la crise, l’Irak, qui tire la quasi-totalité de ses revenus du pétrole, doit trouver des alternatives à l’or noir, dont il est le deuxième producteur au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep).

Et cela devient urgent. Sans réformes majeures « sous un an », l’économie irakienne va pâtir de « chocs irréversibles », alertait déjà fin juin le ministre des Finances Ali Allawi. Durant des décennies, les gouvernements irakiens ont échoué à diversifier l’économie et à réduire leur dépendance aux revenus du pétrole. De plus, le pays, l'un des plus corrompus au monde, subit de plein fouet l’impact économique des passe-droits et détournements de fonds qui ont déjà coûté à l'État deux fois son PIB ces 17 dernières années.

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