"Il n'a pas vraiment pas le choix": comment Macron veut à nouveau convaincre les LR de le rallier

Emmanuel Macron à l'Elysée le 26 octobre 2022 - Ludovic MARIN / AFP
Emmanuel Macron à l'Elysée le 26 octobre 2022 - Ludovic MARIN / AFP

Une opération séduction en direct. Emmanuel Macron a, de nouveau, tendu la main aux Républicains ce mercredi soir. La manœuvre vise à permettre au président de faire passer ses prochaines réformes.

"Il n'a pas vraiment le choix. La réussite de son mandat est soumise à notre bonne volonté", résume à grand trait Marc-Philippe Daubresse, sénateur LR et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, auprès de BFMTV.com.

"Oui, je souhaite qu'il y ait une alliance"

Confronté à l'absence de majorité absolue depuis les dernières législatives, le président n'a eu de cesse de lancer des perches à la droite, jusqu'à ce mercredi soir.

"Avec ces parlementaires (LR) qui aujourd'hui ne sont pas dans la majorité, le gouvernement et la majorité à l'Assemblée ont intérêt à travailler pour passer la réforme sur le travail, la réforme sur les retraites, la réforme sur l'immigration que nous allons faire, la réforme que nous allons faire sur les énergies renouvelables, a lance le président sur France 2.

Avant d'asséner: "et oui, je souhaite qu'il y ait une alliance".

Une droite très conciliante

Cette tentative d'amener la droite dans le giron de la majorité présidentielle est loin d'être nouvelle. Au lendemain de l'élection de 252 députés de la majorité présidentielle, loin des 289 nécessaires pour s'assurer de pouvoir de faire voter les textes portés lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron lance des pourparlers à l'Élysée avec l'ensemble des groupes parlementaires.

Mais ce sont bien Les Républicains et ses 62 députés qui sont l'objet de toutes les convoitises, à nouveau rencontrés par Élisabeth Borne quelques jours plus tard, puis à nouveau à la rentrée.

Matignon cherche alors à sonder la position des Républicains sur l'examen du budget 2023 - sans grand résultat. "On votera contre ce budget, on ne s'abstiendra pas", lance même Olivier Marleix, le patron des députés LR. Peut-être bien, mais la droite a été extrêmement discrète pendant le projet de loi de finances, tout comme pour celui de la Sécurité sociale.

"On a vu trois ou quatre députés défiler... Et c'est tout sur le texte le plus important de la session parlementaire. On voit bien le malaise à droite qui sent que nos choix budgétaires sont proches des siens", souligne le député Éric Woerth, ex-ministre du budget sous Nicolas Sarkozy, désormais rallié à Renaissance.

Sans le vote des LR, "on est cramé"

Mieux encore pour le gouvernement: lors du dépôt des motions de censure de la Nupes et du RN, après les 49.3 activés par la Première ministre, les LR s'abstiennent, refusant de "rajouter du chaos au chaos".

De quoi donner de l'espoir à Emmanuel Macron, qui n'a quasiment aucune chance de faire passer l'allongement de l'âge de départ à la retraite à 65 ans sans les voix de la droite. Hors textes budgétaires, l'exécutif ne peut recours qu'à un seul 49.3 par session parlementaire. Autant dire que si le président veut également parvenir à faire adopter ses projets de loi sur l'immigration ou sur les énergies renouvelables, il doit s'assurer à tout prix de leur soutien.

"On doit la jouer très finement pour faire passer le plus de choses possibles. Sinon, on n'arrive plus à réformer et là, on est cramé", décrypte un député Renaissance.

Rappeler la volonté de coalition de Macron

La majorité peut cependant respirer quand on se penche sur l'analyse des votes de leurs collègues des LR à la fin de l'été. Annie Genevard qui est actuellement la présidente par intérim du mouvement avait voté pour 96% des textes portés par le gouvernement. Éric Ciotti, qui se présente à la présidence des LR avait, lui, dit oui à 82% des textes de l'exécutif.

Après l'interview de Nicolas Sarkozy dans le JDD qui appelait à "un accord politique" entre la droite et la macronie, le député des Alpes-Maritimes a eu beau se dire "bien sûr totalement opposé" à cette option, la macronie y croit.

"Notre démarche est de régulièrement rappeler aux LR que nous pouvons faire un accord de coalition en discutant sur des textes et un calendrier", décrypte Guillaume Karasbian, le président (Renaissance) de la commission des affaires économiques à l'Assemblée nationale.

"Oui aux accords cas par cas"

Si les députés LR ne comptent pas être "la béquille du macronisme", pour reprendre l'expression de Patrick Hetzel, le vice-président du groupe de droite à l'Assemblée, ils comptent bien valider les textes qu'ils estiment acceptables.

À commencer par celui des retraites. Depuis plusieurs années, la droite sénatoriale fait d'ailleurs voter dans chaque budget de la Sécurité sociale l'allongement de l'âge de départ à la retraite à 65 ans.

"Nous ne serons jamais dans un accord de gouvernement mais quand il reprend nos propositions, évidemment qu'on dit oui", avance le sénateur LR Marc-Philippe Daubresse.

Pas de dissolution si les LR votent les textes

Et de faire remarquer que le président n'hésite pas à piocher dans les idées de la droite. Pour résoudre la question des déserts médicaux, Emmanuel Macron a ainsi évoqué ce mercredi soir la possibilité de faciliter l'exercice des médecins retraités... une proposition du député LR Philippe Juvin, jusqu'ici rejetée par la majorité présidentielle.

Si la droite changeait finalement d'avis, empêchant le président de faire passer des réformes emblématiques, Emmanuel Macron dispose cependant d'une arme: la dissolution de l'Assemblée nationale. Il avait d'ailleurs fait savoir qu'il n'hésiterait pas à dégainer cette option s'il ne parvenait pas à faire adopter la réforme des retraites. Ce choix aurait tout d'une catastrophe pour les LR qui, malgré une présidentielle catastrophique, sont parvenus à maintenir un groupe étoffé au Palais-Bourbon.

"Pourquoi voulez-vous que je me lie les mains?", a finalement tempéré le président ce mercredi soir, interrogé sur cette option. De quoi envoyer un message qu'une majorité au cas par cas pouvait bien fonctionner et permettre à la droite de maintenir ses effectifs.

Article original publié sur BFMTV.com