Climat: discussions nocturnes serrées pour trouver une issue

Des discussions serrées se prolongeaient tard dans la nuit de samedi à dimanche à la COP27 en Egypte, autour des ambitions de réduction des gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique, jugées insuffisantes par de nombreux pays.

L'espoir avait repris plus tôt samedi avec l'annonce d'un accord sur la question des dégâts climatiques subis par les pays pauvres, un des principaux points de blocage de la conférence annuelle de l'ONU sur le climat, qui devait se finir vendredi mais joue les prolongations.

Après une réunion avec les différentes délégations, aucune séance plénière de clôture n'avait été convoquée vers 01H00 du matin (23H00 GMT samedi).

Des délégués sortant de la réunion ont indiqué aux journalistes que les désaccords persistaient sur de nombreux points, notamment concernant les ambitions en matière de réduction d'émissions et la mention des énergies fossiles.

- Situation compliquée -

La ministre de la Transition écologique espagnole Teresa Ribera a évoqué une "situation compliquée", avec des pays poussant pour une formulation "plus forte" sur la réduction de l'utilisation des énergies fossiles, responsables du réchauffement.

Un conseiller de la délégation de Papouasie Nouvelle-Guinée, Kevin Conrad, a expliqué que les "suspects habituels" tentaient au contraire de bloquer toute référence en ce sens. Dans le passé, l'Arabie Saoudite s'y est notamment opposée.

"Plutôt pas d'accord qu'un mauvais accord", avait tonné samedi matin le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans.

Autre dossier brûlant, la question du financement des "pertes et dommages" subis par les pays les plus vulnérables aux impacts du changement climatique, semblait par contre avoir progressé.

Une source européenne avait indiqué plus tôt qu'un "accord a été trouvé" prévoyant notamment la création d'un fonds dédié qui "dirige" les moyens financiers vers les pays les plus vulnérables. L'accord prévoit que ce soit un instrument, dont le fonctionnement reste à déterminer, parmi une "mosaïque" d'autres financements.

Sherry Rehman, ministre pakistanaise du Changement climatique et présidente en exercice du puissant groupe de négociation G77+Chine, qui compte plus de 130 pays, s'est dite "optimiste quant à un résultat positif" sur cette question.

Un accord devrait encore être formalisé lors de la plénière finale.

Le président français Emmanuel Macron, depuis la Tunisie où il participe à un sommet de la Francophonie, a estimé qu'un fonds seul serait "largement insuffisant". Il a réitéré son soutien à une initiative de la Première ministre de la Barbade Mia Motley, qui appelle à une refonte du système financier international pour mieux l'orienter vers l'aide climatique.

La conférence, qui aurait dû se terminer vendredi soir, a longtemps bloqué sur cette question des "pertes et dommages".

Ce sujet est plus que jamais au centre des débats après les inondations historiques qui ont récemment frappé le Pakistan et le Nigeria.

- Subventions inefficaces -

En début d'après-midi, la présidence égyptienne, critiquée pour la lenteur des négociations, a fini par publier un nouveau projet de texte final très attendu.

Le document réaffirme les objectifs de l'accord de Paris de 2015, qui vise à limiter le réchauffement de la planète "nettement en-dessous de 2°C" par rapport à l'ère pré-industrielle, et si possible à 1,5°C.

Le texte souligne que les impacts du dérèglement climatique seraient bien moins importants à 1,5°C et affiche l'importance de poursuivre les "efforts" pour respecter cette limite.

Côté énergie, le projet de résolution finale évoque la fin des "subventions inefficaces aux carburants fossile", mais pas la sortie du pétrole ou du gaz.

L'objectif d'une sortie progressive du charbon - acquis de Glasgow l'an dernier - est réaffirmé, mais avec désormais un appel à accélérer le développement des renouvelables au cours de cette décennie.

"Le volet atténuation n'est pas au bon niveau d'ambition, notamment sur l'utilisation des énergies fossiles", a mis en garde la ministre française de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher.

"Nous devons émerger de la COP27 avec un ensemble de décisions qui garde en vie (l'objectif de) 1,5°C et protège les plus vulnérables", a demandé l'émissaire pour le climat des îles Marshall, Tina Stege.

Les engagements actuels des différents pays sont loin de permettre de tenir l'objectif de 1,5°C.

Selon les analyses de l'ONU, ils permettent au mieux de limiter le réchauffement à 2,4°C d'ici la fin du siècle, menant l'humanité vers le risque que des points de bascule irréversibles soient atteints et provoquent un emballement incontrôlable du dérèglement climatique.

bur-uh-jmi-so/uh/cn