Le mystère de l'eau de mer consommée sur l'île de Pâques enfin résolu

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Quand les Européens ont mis pour la première fois, le pied sur l'île de Pâques, ils ont été surpris de voir les indigènes boire de l'eau de mer le long de son littoral. Tout comme les célèbres statues géantes, les moaï, cette pratique étonnante faisait partie des mystères locaux.

Récemment, des chercheurs ont établi que l'eau potable provenait de suintements côtiers d'eau douce. Mais ces dernières semaines, ils en ont appris plus sur la manière dont les habitants de Rapa Nui exploitaient l'approvisionnement en eau pour alimenter les communautés locales. Cette recherche pour laquelle des drones ont été employés pourrait ouvrir la voie à de futures études sur l'eau, la sécheresse et ses méthodes de prévention.

Des drones pour repérer l'eau douce sur le littoral

Selon Robert DiNapoli, chercheur associé postdoctoral en études environnementales et en anthropologie de l'Université de Binghamton, à l'origine de ces découvertes avec son équipe, l'eau de pluie sur l'île de Pâques s'infiltre directement à travers le substrat rocheux poreux dans un aquifère souterrain (une masse de roche ou de sédiments poreux où l'eau est concentrée).

Elle refait ensuite surface le long du littoral sous la forme de "suintements côtiers", des poches d'eau douce qui s'écoulent dans l'océan.

Pour cette étude menée par Robert DiNapoli et ses collègues de l'Université de Binghamton, une technologie moderne a servi à localiser les poches de ces suintements côtiers, permettant ainsi une approche plus systématique dans cette recherche d'eau douce.

Les chercheurs ont utilisé des drones avec des caméras thermiques pour repérer les suintements côtiers, une méthode employée lors d'études similaires dans des régions comme Hawaï.

Robert DiNapoli explique qu'à certains de ces endroits sur le littoral, il y a tellement d'eau qui sort des suintements qu'elle est principalement douce. "Elle est un peu salée, mais cela ne la rend pas indigeste... Ce n'est tout simplement pas l'eau la plus savoureuse," reconnaît-il.

"Des stratégies de survie intéressantes"

Les anthropologues ont découvert qu'en plus de récupérer l'eau douce dans des poches de suintements côtiers, les habitants de Rapa Nui ont construit des barrages sous-marins dans l'océan pour séparer l'eau douce de l'eau de mer, mais aussi des puits qui redirigeaient l'eau de l'aquifère avant qu'elle n'atteigne la mer.

L'île n'est pourvue d'aucune rivière, ni d'aucun ruisseau et ne compte que trois petits lacs volcaniques qui peuvent s'assécher en période de sécheresse. L'eau douce est donc une denrée rare sur l'île.

Les habitants "se trouvaient dans un endroit très difficile à vivre et ils ont mis au point des stratégies de survie intéressantes," explique Robert DiNapoli. "Il s'agit d'une illustration remarquable de la manière dont ils ont réagi aux contraintes de l'île," ajoute-t-il.

Une découverte utile à de futures recherches sur la sécheresse

À travers le monde, de nombreuses régions comme l'île de Pâques sont soumises à des sécheresses en raison des réserves limitées d'eau douce. Ce qui rend leurs communautés particulièrement vulnérables à la pénurie d'eau, le changement climatique accentuant ces phénomènes naturels.

Les résultats de cette étude sur l'île de Pâques serviront de base à un projet de recherche lié qui est financé par le National Geographic et qui vise à comprendre comment les suintements côtiers fonctionnent pendant les périodes de sécheresse prolongée.

Les chercheurs de l'Université de Binghamton ont eux déjà réalisé une étude sur le sujet lors d'une sécheresse de plusieurs années qui a conduit à l'assèchement de deux des trois lacs volcaniques de Rapa Nui.

"Nous avons repéré ces suintements côtiers tout autour de l'île : ce qui suggère que lorsque l'île connaît ces épisodes de sécheresse, les suintements sont l'une des dernières sources d'eau à être affectées," précise Robert DiNapoli.

Comme les scientifiques ont remarqué que les suintements côtiers étaient encore actifs dans les conditions de sécheresse, ils ont des raisons de penser que l'eau peut rester dans l'aquifère souterrain pendant de longues périodes avant de s'écouler dans l'océan.

Chaque année, 55 millions de personnes sont touchées par la sécheresse et 4% de la population mondiale souffre d'une pénurie d'eau. L'un des Objectifs de développement durable fixés par les Nations Unies stipule que tous les êtres humains doivent avoir accès à l'eau et à l'assainissement d'ici à 2030.

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