Jean-Louis Aubert, un concert au Bataclan "entre résilience et résistance"

Rejouer au Bataclan, c'est un defi, une decision pour un artiste. Et le moins que l’on puisse écrire est que l’ex-chanteur de Téléphone se montre tout particulièrement à la hauteur de cette si délicate mission : replacer la musique au cœur du lieu. Deux heures et quarante-cinq minutes d'un show d’une rare intensité émotionnelle, réponse à l’amour que lui portent ses fans. Son concert au Bataclan, Jean-Louis Aubert l'a voulu "entre résilience et résistance".Ballades intimistes et univers rock hologramméPassé le message préalable, dans lequel il conte ce jour de pluie ou il est passé devant le Bataclan, et s’est décidé à revenir y (re)proposer sa musique, Jean-Louis Aubert ouvre avec Ne m’enferme pas, un morceau écrit avant Téléphone, lorsqu’il avait 19 ans, et qui figure sur son nouvel album. Seul en scène, dans un décor numérique des plus poétiques, il alterne ballades intimistes à la guitare et celles au piano. Reportage : E. Cornet, V. Bouffartigue, P. Touileb, S. LacombePour les titres plus rock, Jean-Louis se dédouble, grâce à la magie des boucles numériques… et des hologrammes. Et pendant que son clone numérique prend le relais pour assurer la rythmique, le vrai Jean-Louis livre alors quelques envolées solistes, parfaitement dosées, propices à faire se lever et chanter toute une salle sur quelques standards "téléphoniques" (Au cœur de la nuit, New York avec toi, et un énorme Ça, c’est vraiment toi). Dans la salle, les yeux dans les yeux avec son public La voix est toujours là, intacte. Mieux maîtrisée encore, par un artiste pour qui la générosité n’est pas un vain mot, capable de descendre à trois reprises de la scène pour aller se balader, guitare en bandoulière et en chantant, dans tous les recoins du Bataclan, jusqu’au balcon. De s’arrêter face à quelques spectateurs médusés pour un court moment de chant les yeux dans les yeux. S’il pouvait échanger avec chacun des 1700 spectateurs (parmi lesquels on a reconnu Gaëtan Roussel ou François-Xavier Demaison), il le ferait.

Fait rare : les nouveaux morceaux se fondent parfaitement au show, comme s’ils avaient déjà pris leur place dans le riche répertoire de leur auteur. Pendant le rappel, vient le moment de jouer La Bombe Humaine. Pas anodin de le chanter dans un tel lieu : après discussion avec la direction du Bataclan, le titre avait été prévu sur la set-list. Mais Jean-Louis Aubert se ravise. Rend la guitare que vient de lui apporter un technicien, et s’installe au piano : "J’ai envie de vous jouer un truc…". Ce sera une ballade sortie en 1992, et qui interroge : "Une question que je me pose. Pourquoi le temps semble faire une pause... Où vont ces moments ?". Sa façon à lui de traduire son émotion de l’instant, sincère et profonde. Voilà, c’est fini… Pour l’instant. Il vous reste à découvrir les 22 titres de Refuge, son nouveau (double) album (truffé de pépites intimistes, épurées et touchantes comme jamais), et attendre la tournée, qui débutera fin février 2020. A ne surtout pas manquer.