Menaces, plaintes, trahisons : la campagne rocambolesque des municipales

Trahisons, menaces, plaintes... dans certaines communes, la campagne des municipales n'a pas été de tout repos.

Entre menaces de mort, plaintes pour diffamation, guerre d’héritage politique et trahisons en tout genre, dans certaines villes, la campagne pour le second tour des municipales n’a pas été de tout repos.

Dallas, Game of Thrones, House of Cards... Les comparaisons avec des fictions ne manquent pas pour qualifier la campagne du second tour des municipales dans certaines communes de France. Entre menaces de mort, plaintes, bataille pour l’héritage et trahisons, ces dernières semaines ont été mouvementées. Petit tour d’horizon des situations particulièrement tendues.

Vol, plainte et sécession à Cherbourg

À Cherbourg-en-Cotentin, la campagne a pris des allures de série ces dernières semaines, notamment autour de Sonia Krimi, député et candidate LREM. Sa liste, qui se voulait ouverte, réunissait des anciens de droite comme de gauche. Si l’ambiance n’était déjà pas à la fête avant le premier tour, c’est le dépôt des candidatures pour le second qui a cristallisé les tensions.

Au soir du 15 mars, Sonia Krimi est arrivé troisième avec 14,26%. Une déception pour certains colistiers, qui auraient donc aimé que la campagne s’arrête là. Mais la candidate LREM, bien décidée à poursuivre, a déposé sa liste pour le second tour. Et déjà, les versions divergent. Elle affirme que ses colistiers étaient en majorité d’accord pour continuer. Une partie d’entre eux expliquent, à l’inverse, n’avoir jamais été consultés sur la question, précise France 3 Normandie. Résultat, le 12 juin, sept colistiers de Sonia Krimi se sont désolidarisés à travers un communiqué. “La solution n’était pas de se maintenir en lice pour le second tour de l’élection municipale mais de se retirer. [...] Nous ne saurions donc être tenus pour responsables de [l’]échec électoral”, ont-ils précisé. Mais, la liste ayant déjà été déposée à ce moment-là - les candidats avaient jusqu’au 2 juin - ils ne peuvent pas se retirer complètement.

La tension est encore montée d’un cran le 13 juin, lorsque Olivier Binst, ancien attaché parlementaire de Sonia Krimi et parmi les dissidents, a porté plainte pour le vol de son ordinateur. Rapidement, des soutiens anonymes de la député ont affirmé qu’ils étaient les auteurs des faits. Car, grâce à des mails trouvés dans l’appareil - dont des copies ont été déposées dans les locaux du quotidien La Presse de la Manche - ils ont découvert que les colistiers auteurs du communiqués avaient eu des échanges avec David Margueritte, candidat LR arrivé deuxième avec 29,7% voix. Le vol en lui même suscite un désaccord : l’entourage de Sonia Krimi affirme que les faits ont eu lieu dans un local de campagne et que l’ordinateur appartenait à l’Assemblée Nationale. Voilà qui promet un second tour délicat.

Héritage politique disputé à Allauch

À Allauch (Bouches-du-Rhône), l’entre-deux-tours des municipales a basculé avec la mort de l’un des candidats, le maire sortant Roland Povinelli. Cet ancien sénateur socialiste se présentait à sa réélection pour un neuvième mandat. Il était à la tête de la ville depuis 1975, sans interruption, malgré quelques déboires judiciaires, notamment des menaces de morts proférées contre un journaliste, des soupçons de détournement de fonds, et une accusation d’harcèlement moral, énumère 20 Minutes.

Le premier tour n’avait déjà pas été de tout repos, puisque deux des candidats avaient reçu des menaces de mort. Le soir du 15 mars, c’est le candidat LR Lionel de Cala qui est arrivé en tête avec 31,88% des voix. Le maire sortant suivait avec 24,27%. Laurent Jacobelli (RN) et Monique Robineau (divers droite) avaient aussi réussi à se qualifier.

Courant mai, le maire de gauche candidat à sa réélection est décédé. Et la bataille pour son héritage politique a été féroce. Dans un premier temps, les colistiers de Roland Povinelli ont voté pour que Jean Tomasini prenne la place de tête de liste, rapporte La Marseillaise. Mais coup de théâtre : selon La Provence, Gérard Bismuth, adjoint au défunt maire, ainsi que la fille de Roland Povinelli et des “hauts fonctionnaires” ont fait pression pour une fusion avec la liste menée par l’adversaire du défunt, Monique Robineau, qui fait donc office d’héritière politique. De quoi déclencher la colère d’une partie des colistiers du candidat décédé, mais pas seulement. Renaud Muselier, le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a assuré que cette fusion vaudrait à Monique Robineau son exclusion du parti Les Républicains.

Des plaintes à tour de bras à Longueau

Les plaintes entre candidats pleuvent depuis quelques semaines, dans cette commune de la Somme, limitrophe d’Amiens. Nathalie Marchand, candidate PCF, et un de ses colistiers ont porté plainte pour “diffamation publique et injures raciales” contre un autre candidat à l’élection, Pascal Ourdouillé (DVG), à la fin du mois de mai, rapporte Le Courrier Picard.

En cause, un faux compte Facebook avec le nom et la photo de Nathalie Marchand, comprenant de nombreux commentaires injurieux. Pour la candidate, son opposant, arrivé en tête avec seulement quelques voix d’écart, était le responsable.

Une accusation qu’il a démentie et à laquelle il a répondue en... déposant lui aussi une plainte, contre Nathalie Marchand et son colistier, pour “diffamation publique”. Toutes ont été classées sans suite selon France 3.

À Morlaix, les procurations au cœur des préoccupations

Dans la ville bretonne de Morlaix, les procurations pour le second tour des municipales sont au cœur des préoccupations depuis que le Canard Enchaîné a mis en lumière une situation qui pose question. Le 24 juin, l’hebdomadaire a rapporté que des adjoints de la mairie démarchaient par téléphone des personnes - probablement âgées - pour leur faire signer des procurations, en raison du coronavirus. Sauf que l’une des “déléguée tiers” d’officiers de police judiciaire, chargée de récupérer les documents signés, notamment dans les Ehpad, est une colistière de la maire sortante et candidate à sa réélection, Agnès Le Brun. Au premier tour, cette dernière est arrivée en seconde position, à seulement 41 voix du socialiste Jean-Paul Vermot, précise Le Télégramme.

La principale intéressée a répondu qu’elle était dans son bon droit, même si elle a reconnu qu’elle profitait de son passage pour distribuer un tract de sa liste. Comme le précise Ouest-France, c’est tout à fait légal car la loi interdit que cette démarche soit faite par le maire ou des adjoints, mais pas par des colistiers.

L’information du Canard Enchaîné a dû tout de même en gêner certains, car la version papier du quotidien était introuvable le jour de sa sortie, un groupe ayant acheté tous les exemplaires des marchands de journaux de la commune, selon Le Télégramme.

Menaces de mort au Raincy

La campagne des municipales n’est pas un long fleuve tranquille au Raincy (Seine-Saint-Denis). Comme le rapporte Le Parisien, le candidat LR Pierre-Marie Salle et deux colistiers ont porté plainte pour “menaces de mort”, entre le 20 et 23 juin, après avoir reçu dans leur boite aux lettres des balles de 9mm. La tête de liste a également reçu un appel téléphonique malveillant et une de ses colistières a été menacée, par le soutien d’une liste adverse, de voir des “photos compromettantes” dévoilées.

Cette ambiance délétère ne date pas uniquement de cette campagne du deuxième tour. Au début de l’année, une autre candidate, Claire Gizard, avait déposé une main courante après avoir reçu une lettre de menace anonyme.

Depuis, la campagne est aussi passée par des insultes sur les réseaux sociaux et des faux profils Facebook. Voilà qui promet une bonne ambiance dans les bureaux de vote, ce dimanche 28 juin.

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