Municipales: LREM noue des alliances à géométrie invariable

Après le gouvernement dirigé par Edouard Philippe venu des rangs de la droite, les alliances aux municipales du parti LREM de Stanislas Guérini confirment la fin du "et de droite et de gauche". (Photo: GEORGES GOBET via Getty Images)

POLITIQUE - Les jours se suivent et se ressemblent à La République en Marche en amont du second tour des élections municipales. Avant la clôture officielle du dépôt des listes ce mardi à 18 heures, plusieurs candidats portant les couleurs du parti présidentiel ont noué des alliances avec la droite.  

Mais une fois l’accord scellé, tous ne sont pas logés à la même enseigne. Gérard Collomb, qui s’est allié avec Laurent Wauquiez à Lyon pour faire barrage aux écolos, a été sanctionné par LREM, qui lui a retiré l’investiture. À Bordeaux en revanche, où le candidat LREM Thomas Cazenave a fait alliance avec le sortant Nicolas Florian, le parti macroniste a validé cette union, considérant que le candidat LR venait d’une droite juppéiste, autrement plus fréquentable que celle avec laquelle Gérard Collomb s’entend à Lyon. Idem à Tours où le marcheur Benoist Pierre a fusionné avec le maire sortant Christophe Bouchet (UDI/LR).

Ce mardi 2 juin, c’est à Paris qu’une fusion s’opère entre LR et LREM. Dans le 5e arrondissement, la candidate LREM (issue de la droite) Florence Berthout a fait alliance avec le parti de la rue Vaugirard pour faire battre Anne Hidalgo, s’exposant donc à une perte de l’investiture LREM. A Strasbourg aussi, LREM a fusionné avec la droite pour tenter de l’emporter; il est en de même à Clermont-Ferrand. Si les sanctions envers ceux qui s’engagent avec LR sont à géométrie variable au sein du parti macroniste, la tendance à pencher à droite reste constante. 

Contexte électoral

Car même avant ces mains tendues à l’occasion du deuxième tour, le parti présidentiel avait majoritairement apporté son soutien à des sortants de droite, à l’image de Christian Estrosi à Nice, Jean-Luc Moudenc à Toulouse ou Christophe Béchu à Angers. De quoi placer La République en Marche dans une situation délicate, l’obligeant aujourd’hui à justifier qui à droite mérite (ou non) l’onction du parti présidentiel. “Il y a un monde entre la droite Wauquiez et la droite Juppé”, justifiait sur Twitter la députée des Yvelines Aurore Bergé, elle-même ancienne LR, pour justifier la différence de traitement entre Thomas Cazenave et Gérard Collomb.

Un argument qui n’empêche pas le parti du “nouveau monde” de passer dorénavant pour celui du statu-quo. “LR et LREM organisent une coalition anti-climat pour bloquer les écologistes à Lyon et Bordeaux”, a taclé le patron d’EELV Julien Bayou, dont le parti a créé la surprise dans plusieurs grandes villes et qui est la cible directe de plusieurs de ces alliances.

Pour Sacha Houlié, député LREM de la Vienne, cette situation est moins due à une orientation politique de sa formation qu’à un contexte électoral hérité des précédentes élections. “En 2014, la droite avait conquis de nombreuses collectivités et les élections municipales accordent systématiquement une prime au sortant. À partir du moment où il était question pour nous de gagner en représentativité dans ces collectivités, on a été mécaniquement emmenés à parler avec la droite qui n’est pas réactionnaire”, observe l’élu auprès du HuffPost, lui-même issu de la gauche. Au-delà de la carte électorale, le député pictavien juge que les élus et candidats de droite se sont montrés “moins sectaires” que les socialistes et écologistes, “obligés d’être dans une forme de radicalité pour se démarquer”.

“La droite sale” 

De quoi parasiter le message du parti? “Franchement, dans ma circonscription, personne ne me parle de ces histoires d’alliances”, assure le député LREM d’Ille-et-Vilaine Gaël le Bohec. “Nous sommes un parti de rassemblement, il est donc logique qu’on puisse travailler avec des maires sortants dont le travail est reconnu sur le terrain”, ajoute-t-il. N’en déplaise à l’élu breton, la position du parti désarçonne aussi ses alliés, à l’image de François Bayrou qui a jugé “brutale et infondée” la sanction prononcée à l’encontre de Gérard Collomb. Chez les électeurs LREM, cette stratégie peine également à faire l’unanimité. Selon un sondage YouGov pour Le HuffPost, les sympathisants macronistes sont nettement divisés sur le sujet: 43% sont favorables à ces alliances et 37% les désapprouvent. 

Reste qu’à force de ménager la droite, aucune alliance n’a été scellée avec la gauche, ce qui aurait pu en entraver les négociations entre les macronistes et les candidats LR. “Il y avait un espoir à Aix-en-Provence, mais Yannick Jadot est personnellement intervenu pour faire capoter l’histoire”, regrette un cadre LREM. 

Résultat, des alliances qui se font parfois dans le dos de la direction, à l’image de l’accord conclu ce mardi à Paris entre Florence Berthout, candidate soutenue par LREM au premier tour, et Rachida Dati. “Je condamne fermement cet accord de boutiquier, destiné à sauver des places, si loin des valeurs que nous avons portées”, déplore sur Twitter le député de Paris Hugues Renson, en commentant cette alliance qui passe particulièrement mal au sein du parti.

″Ça leur apprendra d’avoir nommé Paul Midy directeur de campagne d’Agnès Buzyn. Un mec qui vient de la droite, de la droite sale même. C’est lui qui a privilégié la droite dans les investitures parisiennes et qui a empêché tout rapprochement avec Cédric Villani”, grince un ténor de la majorité, qui estime que l’intéressé “devra répondre de son échec devant les instances du parti”. Voilà qui promet des discussions animées chez les marcheurs au lendemain du 28 juin. 

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