Municipales : les enjeux dans les grandes villes avant le second tour

Le deuxième tour des municipales devrait avoir lieu le 28 juin, si la situation sanitaire le permet, soit plus de trois mois après la date prévue.

La politique fait peu à peu son retour dans la vie des Français, notamment depuis l’annonce de la date du second tour des municipales. Retour sur les principaux enjeux dans les grandes villes, deux mois après le premier tour.

La politique est passée au second plan ces dernières semaines. Mais, après de nombreuses discussions avec le comité scientifique, le gouvernement a finalement décidé de la date du second tour des élections municipales. Elles auront lieu le 28 juin prochain, comme l’a annoncé le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, ce 27 mai. Un scrutin qui pourra cependant être annulé et reporté une fois encore si la situation sanitaire se dégrade à nouveau d’ici là.

En attendant, dans les près de 5 000 communes où le maire n’a pas été élu dès le premier tour, les concurrents encore en lice avaient jusqu’au 2 juin pour déposer leurs candidatures. La campagne démarrera officiellement le 15 juin. Tour d’horizon des enjeux du second tour dans les grandes villes.

Paris

Dans la capitale, la maire sortante PS, Anne Hidalgo, est arrivée en tête avec 30% des suffrages. Elle a très rapidement tendu la main à l’écologiste David Belliard, qui pouvait encore maintenir sa propre candidature avec un score de 11%. Les Verts ont finalement choisi de se rallier à la gauche.

L’édile n’avait pas non plus fermé la porte à un rapprochement avec le dissident LREM Cédric Villani, qui n’a pas réussi à passer le premier tour, mais qui peut se maintenir dans le XIVe arrondissement. C’est d’ailleurs ce qu’il a décidé de faire, comme le rapporte le Figaro, faute d’avoir trouvé un accord avec les candidates encore en lice.

La principale rivale de la maire sortante est la LR Rachida Dati, arrivée deuxième de la course avec 22% des voix. Elle est suivie par l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui a récolté 17% des suffrages. Celle qui a remplacé au pied levé Benjamin Griveaux à la tête de la liste LREM a hésité plusieurs jours avant d’annoncer qu’elle poursuivait bel et bien dans la coure, comme le rapporte Le Parisien. Durant ses tergiversations, une alliance locale avait déjà commencé à se former entre les listes LR et LREM, dans le Ve arrondissement de Paris, selon Le Monde. La candidate LREM Florence Berthout a décidé de soutenir Rachida Dati.

Ailleurs, les deux listes resteront dans la course puisque l’ancienne ministre de la Santé a refusé de se ranger derrière la droite.

Lyon

La capitale des Gaules a ceci de particulier qu’elle élit à la fois le maire et le président de la métropole. Or, cette année, les deux campagnes ont été très intimement liées car le maire sortant, Gérard Collomb, a choisi de ne pas se présenter à sa propre réélection et de briguer, à la place, la tête de la métropole. Son petit protégé, l’ancien gymnaste Yann Cucherat, investi par LREM, n’est arrivé que troisième à l’issue du premier tour des municipales avec 15% des voix. Il est devancé par le candidat LR Etienne Blanc (17%), mais surtout par l’écologiste Grégory Doucet en tête avec 28,5% des voix. Un résultat qui fait de la ville l’une des plus belles victoires d’EELV. Même si rien n’est acquis.

Le maire sortant, qui entend encore peser sur l’élection municipale même s’il ne s’y présente pas, a appelé à un rassemblement de la liste LREM avec la droite afin de faire barrage aux écologistes - qui s’en sortent également très bien au niveau de la métropole, puisqu’ils sont en tête dans huit des 14 circonscriptions.

Pour ce faire, il a même renoncé à se présenter au deuxième tour à la métropole de Lyon, au profit du candidat LR François-Noël Buffet. En échange de quoi, la droite a retiré son candidat à la maire, Etienne Blanc, pour soutenir Yann Cucherat. Des décisions qui n’ont pas du tout plu à la République en marche. Le parti présidentiel a choisi de retirer au maire sortant de Lyon et à son poulain leur investiture.

De leur côté, les verts, menés par Grégory Doucet pour la ville et Bruno Bernard pour la métropole, ont réussi à récupérer le soutien de la gauche, dont les candidats n’avaient pas pu se qualifier pour le second tour.

Marseille

Le premier tour a été très serré à Marseille. L’ancienne EELV à la tête d’une liste d’union de la gauche, Michèle Rubirola, s’est imposée avec 23,4% des voix. Elle est talonnée par la LR Martine Vassal (22,3%) qui avait le soutien du maire sortant Jean-Claude Gaudin. Le candidat du Rassemblement national, Stéphane Ravier, a obtenu près de 20% des voix et Bruno Gilles, dissident LR, pouvait également se maintenir grâce à ses 10,6%.

Selon 20 Minutes, Renaud Muselier, le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, avait appelé à un vaste rassemblement de la droite - en excluant le RN - afin de bloquer la gauche. Un appel resté sans réponse dans la plupart des secteurs de la ville. La cité phocéenne va donc assister à des quadrangulaires dans plusieurs arrondissements.

Et cette configuration pourrait sourire à Michèle Rubirola, qui avait déjà reçu, mi-mai, le soutien de Sébastien Barles, le candidat investi par Europe Écologie-Les Verts qui avait obtenu 8,9% des votes. Une décision à l’époque jugée comme “individuelle” par le parti politique. Mais EELV a finalement choisi d’apporter son soutien à la candidate en tête, selon France inter. Des fusions entre la gauche et les verts ont donc pu avoir lieu dans six des huit secteurs de la ville.

Bordeaux

À Bordeaux, la situation est inédite : c’est la première fois, en 75 ans, que la ville a besoin d’un second tour pour élire son maire. Et quel second tour, puisqu’il s’agira probablement d’une quadrangulaire. Les résultats du premier tour étaient particulièrement serrés. Le candidat de droite, Nicolas Florian - qui a succédé à Alain Juppé lorsqu’il a rejoint le Conseil Constitutionnel - et l’écologiste Pierre Hurmic sont au coude à coude, avec respectivement 34,5% et 34,3% des voix. Thomas Cazenave (LREM) et Philippe Poutou (NPA) se sont eux aussi qualifiés pour le second tour avec 12,7% et 11,8%.

La veille de la date limite du dépôt des candidatures, Thomas Cazenave a choisi de se ranger derrière le LR Nicolas Florian, comme le rapporte Le Monde. Les discussions auraient même commencé durant le confinement, précise le quotidien, qui ajoute que ce mariage aurait été arrangé par... Édouard Philippe.

Les Bordelais auront donc à choisir entre trois candidats. Et le sport pourrait bien s’inviter dans la campagne à venir, voire même jouer des tours à Nicolas Florian. Le club de football de la ville, les Girondins de Bordeaux, traverse une crise très grave - notamment financière - et la gestion par le propriétaire (le fonds d’investissement américain King Street) est très critiquée. Or, le candidat de la droite, qui a repris les rênes de la mairie lorsqu’Alain Juppé a rejoint le Conseil Constitutionnel, était adjoint aux finances de la ville lorsque le club a été racheté par ce fonds d’investissement. C’est d’ailleurs lui qui avait validé la transaction à l’époque, rappelle 20 Minutes. De quoi lui porter préjudice ?

Lille

La maire sortante, Martine Aubry, est arrivée en tête du premier tour dans cette ville socialiste depuis un siècle, avec presque 30% des voix. L’écologiste Stéphane Baly a récolté 24,5% des suffrages et Violette Spillebout (LREM) 17,5%.

Et si un rassemblement entre la gauche et les verts semblait logique, il n’a finalement pas eu lieu. Comme l’a expliqué Stéphane Baly au micro de BFMTV, la maire PS sortante aurait décidé d’aller seule au second tour, refusant même de le rencontrer. Les tensions entre les deux partis se seraient cristallisées atour du nombre de place sur une liste de rassemblement, selon 20 Minutes.

La ville, historiquement à gauche, accueillera donc une triangulaire qui laisse relativement peu de chance à la candidate LREM.

Toulouse

Dans la ville rose, le maire sortant (LR), Jean-Luc Moudenc, est arrivé en tête avec 36% des voix. Il est suivi par l’écologiste Antoine Maurice (27,5%) et la socialiste Nadia Pellefigue (18,5%). Dès le soir du premier tour, le candidat vert avait trouvé un accord avec Pierre Cohen, maire de la ville entre 2008 et 2014 qui avait obtenu un score de 5,6%.

Après plusieurs jours de négociations, la gauche a finalement décidé de rejoindre la liste Archipel citoyen, derrière Antoine Maurice. Mais cette alliance est particulière puisqu’elle se fera sans Nadia Pellefigue, précise la Dépêche. La candidate socialiste, soutenue par le Parti radical de gauche et le PCF, avait accepté de se ranger derrière le candidat écologiste à condition d’obtenir la place de présidente de la métropole, expliquait Le Figaro. Une exigence mal perçue, selon France Bleu.

Finalement, la socialiste a autorisé ses colistiers à se rallier à la liste d’Antoine Maurice, mais elle a refusé d’y participer, rapporte Le Monde. La ville rose accueillera donc un duel le 28 juin.

Montpellier

Le premier tour avait été marqué par un nombre de listes impressionnant (14!), avec à leur tête certains profils atypiques, comme le vidéaste Rémi Gaillard ou le milliardaire Mohed Altrad. La campagne entre les deux tours risque de ne pas être de tout repos. Trois candidats pouvaient se maintenir : le maire sortant Philippe Saurel, arrivé en tête avec 19% des votes, le socialiste Michaël Delafosse (16,6%) et Mohed Altrad (13,3%).

Le jeu des alliances avait démarré tôt, puisque Michaël Delafosse a rapidement obtenu le soutien de la candidate EELV Coralie Mantion, qui avait obtenu 7,4% des voix, selon le site Actu.fr. Mais les négociations se sont surtout achevées avec une grosse surprise.

Trois des candidats qui n’ont pas réussi à passer le premier tour - Rémi Gaillard, Clothilde Ollier et Alenka Doulain - avaient décidé de former une alliance, comme le rapporte France 3, afin de faire un pacte avec l’un des candidats encore en lice. Ayant rapporté à eux trois 26% des voix, ils espéraient bien peser dans la balance. Et ils ont réussi leur coup en signant un accord avec l’industriel milliardaire Mohed Altrad : le chef d’entreprise a promis de céder sa place de maire à Alenka Doulain au cours de son mandat, selon Midi Libre.

Nice

Le suspens n’est pas vraiment insoutenable à Nice, puisque le maire sortant, Christian Estrosi, a obtenu 48,6% des votes, ratant de peu une victoire dès le premier tour. Il est suivi, de loin, par la candidate RN Marie-Christine Arnautu (21%) et l’écologiste Patrick Allemand (17,8%). Ce dernier n’a pas obtenu le soutien du parti socialiste pour le second tour, qui a même appelé à voter blanc, rapporte Nice Matin.

Il faut tout de même souligner que l’abstention a été énorme, puisque moins de 30% électeurs se sont déplacés pour le premier tour. Le vote du 28 juin fera-t-il mieux ? C’est peut-être là que réside le véritable mystère.

Strasbourg

Strasbourg représente une des autres belles victoires des écologistes au premier tour des municipales. La candidate EELV Jeanne Barseghian est arrivée en tête avec 27,8% des voix. Trois autres candidats se suivent dans un mouchoir de poche : Alain Fontanel (LREM) avec 19,8%, Catherine Trautmann (PS) également avec 19,8% et Jean-Philippe Vetter (LR) avec 18,2%.

Des discussions avaient rapidement eu lieu, comme le rapporte 20 Minutes, car une alliance entre les Verts et le PS aurait garanti, presque à coup sûr, à Jeanne Barseghian la victoire. Mais les deux têtes de liste n’ont pas réussi à s’entendre. Jeanne Barseghian et Catherine Trautmann feront donc cavaliers seuls.

En face, une alliance surprise s’est décidée entre les candidats LREM et LR, seulement 15 minutes avant l’heure limite du dépôt des listes, a précisé 20 Minutes. Ce n’était pourtant pas gagnée puisque Jean-Philippe Vetter avait toujours dit qu’il irait “seul jusqu’au bout”, rappelle le quotidien.

Des situations qui promettent une belle campagne du second tour, même si elle sera particulière en raison des restrictions liées au Covid-19.

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