Municipales au Brésil : un test pour Bolsonaro avant la présidentielle de 2022

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Les Brésiliens élisent leurs maires dimanche. Au cœur des préoccupations, la question du chômage, mais aussi des moyens alloués à la santé alors que le pays est l'un des plus endeuillés au monde par la pandémie de Covid-19. Ce scrutin municipal est considéré comme un test électoral pour Jair Bolsonaro avant la présidentielle de 2022 où le chef de l'État remettra son mandat en jeu.

Les Brésiliens ont commencé à élire leurs maires dimanche 29 novembre lors du 2e tour des municipales où l'attention se fixe sur les deux plus grandes métropoles du pays, São Paulo et Rio, et quelques grandes villes telles Recife ou Porto Alegre qu'une gauche en rénovation espère remporter.

Les bureaux ont ouvert dès 7h (10h GMT), un horaire prioritaire pour les personnes âgées et à risque, dans le cadre d'un strict protocole sanitaire contre le coronavirus qui a fait plus de 172 000 morts en huit mois au Brésil.

La pandémie a bousculé le calendrier électoral, avec un report de six semaines du scrutin, et la campagne a été essentiellement menée sur les réseaux sociaux.

Pour ce 2e tour de vote, électronique et obligatoire, 38 millions de Brésiliens doivent élire pour quatre ans les maires et conseillers municipaux de 57 villes, dont 18 capitales d'État sur les 26 que compte le Brésil.

À São Paulo, capitale économique et plus grande métropole du pays avec 12,5 millions d'habitants, le maire sortant âgé de 40 ans Bruno Covas, du PSDB (centre droit), est favori, selon l'institut Datafolha, avec 55 % des intentions de vote devant Guilherme Boulos (45 %), du Parti socialisme et liberté (Psol).

Guilherme Boulos, incarnation à 38 ans d'une gauche rénovée, a vu l'annonce vendredi de sa contamination par le Covid-19 le priver d'un dernier débat à forte audience sur TV Globo contre Bruno Covas, alors que leur écart de voix se réduisait.

La mise en quarantaine de celui qui est perçu comme un possible successeur de l'ex-président Lula, leader historique de la gauche brésilienne, l'empêche d'aller voter à ces municipales décidément atypiques.

À Rio de Janeiro, la messe est dite pour le maire sortant et ex-pasteur évangélique Marcelo Crivella, promis à une défaite cinglante dans la "Ville merveilleuse" de 6,7 millions d'habitants avec 32 % des voix contre 68 % à l'ancien maire Eduardo Paes (2009-2016), du parti DEM (centre droit), selon Datafolha.

Bolsonaro en difficulté

La ville de Recife (nord-est) offre une joute en forme de déchirements familiaux entre cousins et tenants de la jeune garde progressiste : João Campos, 26 ans, du Parti socialiste brésilien (PSB, centre gauche), est opposé à Marilia Arraes, 36 ans, du Parti des Travailleurs (PT, gauche).

Un dernier sondage place à stricte égalité ces deux petits-enfants de l'ancien gouverneur du Pernambouc, Miguel Arraes.

Porto Alegre (sud) s'annonce également très serré : Manuela d'Avila, jeune elle aussi, 39 ans, s'est qualifiée pour le 2e tour sous l'étiquette du Parti communiste du Brésil, alliée au PT de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva. Elle est dans un mouchoir de poche avec le candidat centriste Sebastião Melo.

Ces municipales, premier test électoral à mi-mandat pour Jair Bolsonaro, vont donner des indications sur l'état des forces avant la présidentielle de 2022 où le chef de l'État d'extrême droite remettra son mandat en jeu.

Il a enregistré un revers au 1er tour du 15 novembre : la majorité des candidats qu'il avait soutenu ont échoué et les partis traditionnels du centre et du centre droit ont été ragaillardis.

Sans parti depuis un an, après une errance qui l'a vu s'affilier successivement à neuf formations politiques, Jair Bolsonaro "n'est pas en grande forme pour 2022", estime le politologue David Fleischer, de l'université de Brasilia.

Chômage record

Si Jair Bolsonaro avait été facilement élu en se présentant comme un candidat antisystème en dépit de ses vingt-sept années de députation, le message du 1er tour semble avoir été qu'il "n'est pas le phénomène que les gens ont imaginé", estime Michael Mohallem, de la Fondation Getulio Vargas. "Si cette impression se confirme, il aura du mal à être réélu" en 2022.

Ce scrutin intervient alors que le plus grand pays d'Amérique latine voit arriver une deuxième vague de coronavirus, et que l'épidémie l'a plongé dans la récession et a propulsé le chômage à un niveau record, avec plus de 14 millions de sans-emploi.

Les villes sont confrontées au manque de moyens dans la santé – particulièrement criant avec la pandémie actuelle – l'éducation, les transports publics ou le logement, mais aussi à l'endettement, la corruption et la violence.

La plupart des bureaux ferment à 17h (20h GMT), les résultats sont attendus quelques heures plus tard.

Avec AFP